Article publié le 30 avril 2007
Les médicaments sauvent des vies, bien sûr, mais leur surconsommation du fait de la politique insidieuse des labos est aussi un gros problème de santé publique...
Chaque année en France, les maladies iatrogènes, c’est-à-dire provoquées par les médicaments, sont responsable de 5% à 10% de la totalité des hospitalisations soit 140 000 par an dont plus de 13 000 décès. C’est beaucoup plus que les accidents de la route (dont d’ailleurs de 8 à 15% seraient dus à la prise de médicaments : la prise d’un somnifère équivaut par exemple, dix heures plus tard, à un taux d’alcoolémie de 0,5/0,8 gramme) mais qui s’en préoccupe ?
Pas le gouvernement en tout cas qui vient de relayer aux oubliettes, à partir de la rentrée prochaine, l’enseignement sur les risques médicamenteux . « La moitié de ces accidents médicamenteux est évitable, mais il faut apprendre aux médecins à mieux prescrire » souligne pourtant Patrice Queneau, professeur en thérapeutique au CHU de Saint-Etienne et membre de l’Académie nationale de médecine.
Mais peut-être conviendrait-il de s’interroger, avant tout, sur la spécificité nationale qui fait de nous les champions d’Europe de la consommation de médicaments : en moyenne, cinquante boites ou flacons par an et par habitant ! Cela fait une boîte de médicaments par semaine, soit deux ou trois fois plus que nos voisins européens ! Deux fois plus par exemple que les Italiens qui ont pourtant, une espérance de vie supérieure à la nôtre ! Passé 75 ans, les Français prendraient même 5 à 6 médicaments différents par jour ! Pas étonnant que ce soit ensuite l’hécatombe... même s’il sera plus aisé d’accuser la canicule...
Mais pourquoi une telle surconsommation ? Le facteur principal tient à la puissance des lobbies pharmaceutiques en France et au fait qu’ils verrouillent la formation des médecins. La contribution publique à la formation continue des médecins ne s’élève en effet qu’à 70 millions d’euros par an, contre 300 à 600 millions d’euros côté labos !
« Les laboratoires assurent 80% du financement des agences chargées d’autoriser la commercialisation des médicaments. Ces mêmes laboratoires financent 98% de la formation continue des médecins, et les campagnes de promotion les ciblant ne sont pas sans effet sur leurs prescriptions. Conséquence, extraite du rapport [« Médicament : restaurer la confiance » publié par le Sénat] : « Lors de 74% des visites médicales, les effets indésirables du produit sont passés sous silence. » précise Samia Dechir, dans le magazine Marianne. (24 juin 2006)
Mais l’attitude des consommateurs est également en cause. Selon le Pr Claude Béraud, « 50% des patients qui consultent leur généraliste présentent des symptômes sans rapport avec une maladie. Il en va de même pour 30% des patients s’adressant aux spécialistes. » Bref, on va chez le médecin alors qu’on n’est pas vraiment malade. Et qu’attendons-nous ensuite du médecin ? Des médicaments pardi, sans réaliser que ces derniers affaibliront notre système immunitaire et, à terme, risquent de nous rendre vraiment malades ! Comme le précise le Pr Béraud, « les traitements médicamenteux échoueront régulièrement s’ils se substituent à une véritable écoute du patient. »
Le serment d’Hippocrate demande aux médecins de conseiller à leurs patients « le régime de vie capable de les soulager » et d’écarter d’eux « tout ce qui peut leur être contraire ou nuisible » On en est donc loin mais comment pouvons-nous exiger une médecine de qualité sans rémunérer correctement les professionnels ? Et comment réduire la consommation de médicaments sans responsabiliser financièrement les malades ? Ces solutions de bon sens sont évidemment combattus par les labos : le statut quo leur est beaucoup plus profitable ! Est-ce aussi la raison pour laquelle les politiques s’expriment rarement sur le sujet ?
Le Mendiant
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Sources :
Gélules de crise, Téléobs N°2209, 10 mars2007, Marco Mosca, p. 35
Prendre des médicaments : le meilleur chemin vers l’hôpital, Pratiques de Santé N°54, 22 juillet 2006, Alexandre Imbert, p.2
Accidents médicamenteux : Un arrêté qui fait mal, Le Point N°1797, 22 février 2007, Chritophe Labbé et Olivia Recasens, p.50
Jean
de Kervasdoué : « Il faut tailler dans nos dépenses de santé », Capital
N°183, Décembre 2006, propos recueillis par Anne Rosencher, p. 92
Lobby pharmaceutique : Emprise continue, Que Choisir N°444, Janvier 2007, p.5
Les médicaments sans tabou. Pièges, mensonges et vérités, Pr Claude Béraud, Librio, E.J.L., 2005
L’Aromathérapie, Dr Jean Valnet , Ed. Maloine / Livre de Poche, 1964.
Thèmes
Félicitations pour cette mise en relief de la collusion entre la médecine et l’industrie pharmaceutique.
Une étude défavorable aux intérêts des laboratoires ne peut quasiment plus être publiée.
Les revues médicales sont soumises aux contraintes économiques et rémunérer les ’comités de lecture’, compte tenu des émoluments des experts légitimes à juger, est hors de propos. Ce sont donc les laboratoires qui rémunèrent d’une façon ou d’une autre les experts - notamment provenant du secteur public hospitalo-universitaire - chargés de statuer sur la qualité d’une recherche.
Devinez donc ce qu’il s’ensuit : ces experts sont ’obligés’ par leurs financeurs. Pas étonnant dans ces conditions qu’une grande majorité des études publiées reconnues scientifiquement soient plus conformes aux intérêts économiques de l’industrie que des autres parties prenantes (Assurance Maladie, Mutuelles et patients). Pauvre science bien gangrénée par l’argent facile des laboratoires petits et grands.
De la même façon les experts de l’AFSSAPS qui en France étudient les nouveautés - plus ou moins innovantes - sortant les laboratoires ne sont pas rémunérés par l’administration de la santé : ils sont censés être "bénévoles". Autant dire qu’il n’y aurait que des naïfs à faire le boulot, naïfs et peut-être aussi incompétents.
Donc ces experts se font ’subventionner’ par les fabricants, en un conflit d’intérêt qui ressemble à de la corruption. Il en est de même aux Etats-Unis, où la toute puissante Food & Drug Administration s’exonère des coûts des études qu’elle produit, à plus de 50% (chiffres 2006).
Le système n’est pas prêt de s’arrêter. Il suffit aux laboratoires d’innonder les autorités de demandes de mise sur la marché pour que celles-ci soient dans l’obligation, pour ne pas être accusées de freiner les développements et les programmes de recherche, de faire appel à des palanquées d’experts. Rémunérés par elle.
Le résultat est que l’on ne peut plus faire aveuglément confiance à cette médecine de coquins/copains. Un nombre croissant de médecins refusent de recevoir les commerciaux des laboratoires.
La solution ? Plus de transparence et exiger des ’experts’ qu’ils déclarent leurs conflits d’intérêt et soient lourdement et publiquement pénalisés s’ils ne le font pas.
Et puis développer les informations indépendantes de l’industrie. En France il s’agit essentiellement de la Revue Prescrire http://www.prescrire.org/ (financée par ses seuls abonnés). Signalons aussi l’existence d’une association pour une formation médicale indépendante, nommée Formindep, très active. La partie n’est pas gagnée !
"mais qui s’en préoccupe ? " Le Conseil National de l’Ordre de Pharmaciens en tous cas : Le Dossier Pharmaceutique est présenté comme l’outil permettant de lutter contre la iatrogènie (voir le dernier salon Phamagora où il était en démonstration sur plusieurs stands). Une phase pilote sur quelques département va démarrer à l’automne avant sa généralisation à toute la France. On ne peut pas dire que personne ne se préoccupe du problème.
Oui bien sûr, tout le monde est d’accord, en particulier les médecins, qui contrairement à ce que l’on dit le savent bien,mais..... Qui est prêt à renoncer aux sirops contre la toux, aux vitamines, aux mucolytiques, aux médicaments "pour la circulation cérébrale", à se traiter quand il a le nez qui coule, une infection virale hors un peu de paracetamol, au somnifère, qu’il prend depuis des années, à la DHEA qu’on a "obligé" les médecins à prescrire, malgré leurs réticences, tant le pacte du bon docteur Faust nous tente, et les médias ont fait battre tambour.... C’est comme les crèmes pour les rides ; on sait bien que ça ne marche pas mais on traineraît en place de grève ceux qui proposeraient de ne plus les distribuer... Les médecins sont pris dans une chaîne ; ce n’est ni à leur charge, ni à leur décharge, mais "c’est comme ça" et c’est ainsi qu’il faut comprendre les choses. L’homme est ainsi fait qu’il toujours eu des doutes sur la bave de crapaud, la cendre de chimère, et le suc de Mandragore, mais qu’il n’a jamais osé s’en passer. Alors, les médecins ... oui, bien sur, les labos... certainement (quels coupables commodes ; on peut les éreinter avec la bénédiction de tous, et sans risques), mais l’homme, L’homme et ses contradictions, l’homme et ses incohérences, son irrationnalité, l’homme, pour qui le coupable est toujours l’autre, ce non soi responsable de tout, puisque le mauvais objet est toujours exterieur...... qui est le constituant même de cette société que l’on accuse de tout ; L’homme dans tout ça ; enfin nous tous quoi ! Et si nous sortions du registre de la dénonciation (Hmmm ! que c’est bon !), de l’imprécation (aaaahhh ça soulage), pour aller vers celui de la construction... (aie, ça fait plus mal !)
Pas du tout d’accord avec diafoirus qui noie le poisson avec maestria : nous sommes tous responsables, donc, c’est pas la faute au "corps médical" ,ni aux lobbies etc. Si on observe les choses avec un peu de recule, il faut bien constater que l’on vit dans une société technicienne, qui pense que le technique règle tous les problèmes, même ceux qui sont créés par la technique, il ya un véritable culte de la solution technique magique – le médicament, l’intervention chirurgicale – mais toute cette Idéologie (appelons les choses par leur nom) est violemment promue et défendue par les médecins, pharmaciens, professeurs et les médias dominants. Il est follement amusant de comparer les émissions "Santé" de France-Télévision (en particulier F2 et F5), la télévision officielle de la pensée officielle et celles de Direct 8, orientées vers l’écologie et la santé naturelle, c’est vraiment hallucinant de voir à quel point la censure et la propagande sont présentes en France en matière d’hygiène, de bien-être et de santé.
> Alex
Intéressante cette remarque sur la liberté de parole sur les chaines privées et la langue de bois sur les chaines publiques. Je serais Michel Cymes je me ferais du souci. Il ne fait pas bon contester les affirmations du marketing de l’industrie du médicament.
Les chaines publiques relayent complaisamment la position institutionnelle, qui n’est pas exempte de corruption indirecte, même au plus haut niveau de l’Etat (et notoirement aux USA aussi).
Un facteur important provient de ce que les professeurs du système hospitalo-universitaire, en manque de fonds, sont conciliants avec la générosité intéressée de l’industrie et en perdent leur autonomie de pensée et de parole.
Les experts de l’AFSSAPS et même certains responsables de la HAS seraient bien inspirés à déclarer leurs revenus annexes provenant de l’industrie : organisation de colloques, conférences, expertises, etc. Cela peut se chiffrer en centaine de milliers d’euros par an, comme cela a été révélé dans le cas du Dr Rozenbaum, patron d’une société pseudo-savante de promotion des traitements pour la ménopause, traitements cancérogénes comme on l’a découvert. Voir : unairneuf.blogs.psychologies.com/billets/2007/02/index.html
Vous dites : "Selon le Pr Claude Béraud, 50% des patients qui consultent leur généraliste présentent des symptômes sans rapport avec une maladie. Il en va de même pour 30% des patients s’adressant aux spécialistes. Bref, on va chez le médecin alors qu’on n’est pas vraiment malade."
Je me permets de contester un peu ces deux affirmations, qui me paraissent un peu légères. Si un patient présente des symptômes gênants ou douloureux, il est forcément souffrant. Quant à relier ces symptômes avec une maladie déterminée (par exemple : la varicelle, ou une insuffisance cardiaque droite), là, c’est une autre affaire. Faire un diagnostic, ce n’est pas évident, il y a plein de patients sur qui aucun diagnostic précis n’est fait. Et pas parce que c’est compliqué, tout simplement parce que la souffrance humaine ne recouvre pas toutes les catégories d’affections listées par la médecine.
Je pense surtout aux affections psychosomatiques, induites par la souffrance psychologique, qui deviennent une dominante de notre société, qu’on étiquette rapidement sous la rubrique "malaises imaginaires", ou au contraire "dépression". Dans le premier cas, on laisse le patient à l’abandon la plupart du temps (avec un vague anxiolytique ou un inducteur du sommeil), dans l’autre, on lui prescrit illico un antidépresseur. Dans tous les cas, l’industrie pharmaceutique a gagné, et le patient n’est pas pris en compte réellement, sa souffrance est juste atténuée (et encore...).
Notre société, aidée par cette industrie, a fini par adopter l’équivalence symptôme = maladie = médicament. A ce compte, tout devient occasion de prescrire : deuil, difficultés au travail, problèmes de couple, plus besoin de chercher, la pilule miracle est là pour aller plus vite.
Ajoutez à cela la peur des responsabilités, aiguisée par le nombre croissant de recours devant les juridictions compétentes (Ordre, tribunaux, etc.), et nous avons le résultat : cette folie prescriptrice, qui conduit à un tel nombre de médicaments en circulation, qu’il est impossible de prédire les effets secondaires et les interactions.
Dès lors, l’enjeu des discussions devient un jeu de dupes : "mieux prescrire" contre "mal prescrire", et pas "pourquoi prescrire ?". Même la seule (et excellente) revue consacrée aux traitements et rigoureusement indépendante de l’industrie pharmaceutique s’appelle "Prescrire", et ne parle que de la prescription de médicaments.
Et voilà, on néglige du coup : la prévention, l’hygiène (les infections nosocomiales tueraient environ 9000 personnes par an en France !), la diététique et l’alimentation saine, les psychothérapies ou les méthodes de développement personnel, la qualité des conditions de travail, bref, tout ce qui permettrait d’éviter... nos chères petites pilules.
Seule une approche intégrée et systémique permettra d’y voir clair dans ce problème.
N’oublions pas que les médicaments sauvent plus de vies qu’ils n’en gâchent. Deuxième remarque il existe en médecine ce que l’on appelle les aléas thérapeutiques qui sont des effets secondaires sans fautes du praticien. Un exemple : vous n’avez jamais eu d’antibiotique et lorsque l’on vous donne une pénicilline pour la première fois vous faites un choc allergique... comment savoir préalablement que vous étiez allergique ? Il faudrait tester sur chacun d’entre nous les 4500 substances disponible dans la pharmacopée : impossible. En ce qui concerne la corruption généralisée dont seraient l’objet les praticiens par les firmes pharmaceutiques, cela dois être un équivalent du "tous pourris"... Les sondages démontrent que les médecins sont appréciés par 90% des gens contre 20% pour les hommes de justice, et moins de 20% pour les politiciens et les journalistes. Si les médecins étaient tous corrompus et préscrivaient des médicaments juste pour de l’enrichissement personnel, cela se saurait. Serait-ce un fantasme ? probable.
La plupart des médecins généralistes sont des personnes dévouées et honnêtes et c’est pour cela qu’ils sont appréciés. La question posée par l’article est relative à l’information dont disposent les médecins, information cadenassée par Big Pharma.
Samedi à Cannes, Michael Moore, Grand Prix 2004, présentera son nouveau documentaire SICKO, qui révèle les magouilles au plus haut niveau (le film a failli être mis sous embargo par l’administration Bush, c’est dire...). Sicko est un jeu de mot sur ‘psycho’ et veut dire ‘dérangé’, ‘cinglé’.
Voir : http://lucdussart.spaces.live.com/b...
C’est la puissance financière des pharmaciens qui pollue la capacité des médecins à prescrire correctement : on leur cache la vérité, cf. les milliers de morts du Vioxx.
Dans le temps le médecin prescrivait et le pharmacien exécutait. On peut avoir le sentiment que maintenant la médecine exécute ce que la pharmacie a décidé qu’il était dans son intérêt économique de promouvoir. Cette médecine dépendante est malade et nous rend malade.












