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Correns, le labo vivant de l'agriculture bio

Article publié le 23 octobre 2007

Correns, le labo vivant de l'agriculture bio

L’Europe s’apprête à durcir l’usage des pesticides et leur mise sur le marché.
En France, les terres de Correns s’en passent depuis dix ans ! Et ça marche.

Reportage
Correns (Var)
de notre envoyé spécial

Tu vois, même quand tu prends un bol d’air à Correns, c’est du bio ! » Au cœur du village, le store de l’épicerie laisse filtrer un parfum de sagacité. Peuchère ! C’est que l’évocation de la marque de fabrique locale stimule la verve de la clientèle de Marie-Ange. Sur les étals, une poignée de légumes difformes alimente les conversations : « Ils ne sont pas certifiés bio, mais je vous garantis qu’ils sont propres, sourit Marie-Ange. Je les achète à un jeune maraîcher. Pour moi, manger bio, c’est retrouver quelque chose qui allait de soi pour nos grands-parents, sans produits chimiques… »

Ce qui va de soi, aujourd’hui, pour l’économie locale de ce petit village de 800 âmes, n’était pourtant pas frappé du sceau de l’évidence. Voici dix ans, l’idée de convertir au bio ces terres argilo-calcaires du Var germe dans la tête de Michaël Latz. Élu maire, ce chef d’entreprise d’origine belge est confronté au dépeuplement de son village et à la chute vertigineuse de la production viticole locale. Agronome formé à Gembloux, le « mayeur entrepreneur » convainc ses ouailles. « Correns, premier village bio de France » est né. Une décennie plus tard, près de 95 % des surfaces agricoles sont passées au vert. Une cave coopérative, trois domaines, quatre-vingts viticulteurs, un projet de distillerie d’huiles aromatiques, des champs d’oliviers, un maraîcher, un céréalier, un chevrier… la saga organique souffre peu d’exceptions.

Du microscopique bureau de sa mairie, place Charles de Gaulle, l’homme savoure avec modestie la victoire des précurseurs. « Nous étions dans une impasse. Il fallait trouver un moyen d’en sortir et le bio a été accepté sans contraintes. Mais vous ne savez pas combien nous avons été victimes de pressions, évoque-t-il, en se grattant la barbe. On nous a pris pour des illuminés. Or, il n’y a pas plus rationnel que moi. Je pensais pouvoir résoudre les problèmes du monde avec des équations dans ma jeunesse ! »

Au cœur de son domaine, les plants de vigne cultivés sur 18 hectares sans adjonction de produits de synthèse enracinent les convictions de celui qui fut aussi patron… d’une entreprise phytosanitaire de 350 employés. « Il y a une disproportion entre la liberté de plus en plus ténue des paysans et la puissance financière des sociétés phyto, note Michaël Latz. Il est urgent de revenir à des fondamentaux face aux dérives techno-scientistes de l’agriculture. En ce sens, le bio est le poil à gratter du monde agricole… »

Ajoutez une dose de savoir-faire viticole à cette douce culture à rebrousse-poil dans un milieu conservateur et vous obtenez des cuvées reconnues au-delà des limites départementales. Car à Correns, les appellations Côtes de Provence et Côtes varoises cumulent désormais les médailles d’or. L’œnologue Emmanuel Gaujal a mis sa science viticole au service de la localité. Figure de proue, le château Miraval est sans doute un des plus beaux vignobles de Provence. Ici, le raisin est encore vendangé à la main.

Au petit matin de cette fin septembre, une troupe de vendangeurs s’active sur les coteaux dans une certaine allégresse. Parcourant les allées, Emmanuel Gaujal apprécie la teneur en sucre du raisin : « Il n’y a plus eu de pluie depuis plusieurs mois, note ce vieux routier de la vigne. Cela donnera un vin concentré. Ce qui est fantastique, c’est son état sanitaire. Aucune pourriture ! Je n’ai jamais vu cela en 35 ans de métier… »

Terreau fertile, le bio a également enraciné la jeunesse au village, dont la démographie a crû de 20 % en dix ans. Certains, comme Fabien Mistre, sont devenus viticulteurs comme leur père, évitant de devoir vendre l’âme du terroir aux promoteurs. À 28 ans, Fabien, cheville ouvrière de la société coopérative locale, n’a pas la mémoire d’une saison aussi aride que 2007. Depuis l’aube, l’homme arpente le domaine des Aspras du haut de sa vendangeuse mécanique. Dans un fracas poussiéreux, la machine s’immobilise entre les rafles. Fourbu, Fabien contemple le fruit de son labeur.

« La récolte ne sera pas exceptionnelle, explique-t-il. On n’apporte pas de compléments azotés, juste du fumier de mouton après les vendanges. Cela restructure le sol, mais les rendements sont près de 20 % plus faibles. Et avec la sécheresse, cela n’arrangera rien. Mais nous demeurons compétitifs. Nous sommes passés de moins de 6.000 hectolitres il y a une dizaine d’années à 8.000 hectolitres. Nos vins sont demandés dans les pays nordiques… Notre force, c’est la qualité. Même si les vins sont un peu plus chers, tous les carnets de commandes sont pleins. »

Maître de chais du domaine, Robert Nourisson nuance : « La qualité intrinsèque d’un vin n’a pas de rapport immédiat avec la manière dont la vigne est cultivée, remarque-t-il. Soyons de bon compte, il y a de très mauvais vins bio. Et puis, nous avons peut-être moins de mérite qu’en région pluvieuse… »

À cette évocation, Michaël Latz fait la moue. Pour le maire socialiste, il s’agit avant tout d’un état d’esprit, au-delà des contraintes économiques de départ. « On a poussé la logique tellement loin que le sol n’en peut plus. Je connais bien vos régions du Nord et les grandes cultures céréalières. Il est urgent que l’État et la chose publique se réapproprient le savoir de l’agriculture (…). L’agriculture raisonnée vendue par les lobbies phytopharmaceutiques est un piège à cons qui ne répond pas aux besoins des agriculteurs d’être maîtres de leur destin. »

Même si le passage à une agriculture bio, soutenu par les aides européennes, fut difficile les cinq premières années, les agriculteurs de Correns ne souhaiteraient pour rien au monde faire machine arrière. D’autant plus, précise Fabien Mistre, que le bio les prémunit… de certains ravages. « On se limite à traiter la vigne avec du cuivre et du soufre, poursuit-il. Comme l’humus revit, il y a davantage de biodiversité. Et cela nous prémunit contre le ver de la grappe. Je cultive en bio sur une autre commune à côté de vignes infestées et traitées avec des produits chimiques. Hormis quelques attaques, mes vignes sont indemnes ! »

Dans ce labo vivant de l’écologie, les chasseurs ne sont pas les derniers à témoigner des bienfaits du bio. Fermée pendant des années, la chasse au perdreau est à nouveau autorisée à Correns. Lapins et lièvres prolifèrent entre les pieds de vignes : « La chasse est une tradition ancestrale, comme le bio, expose Alain Jauffret, président de la société de chasse locale, à l’accent chantant. Depuis qu’il n’y a plus de pesticides on voit des escargots, des sauterelles et des insectes qui avaient disparu et dont le petit gibier et les oiseaux sont friands… C’est magnifique ! »

Exigeante et moderne, la culture bio serait autant une façon de faire que de penser l’économie locale selon les nombreux interlocuteurs rencontrés à Correns. Une étape, en somme, pour revivifier la ruralité de manière soutenable.

Une poignée d’irréductibles, cependant, n’a pas franchi le cap du bio. C’est le cas de Jean-Charles Gautier, qui vient de racheter des serres à l’entrée du village : « Le maire m’en a parlé, concède ce maraîcher au milieu de cultures de melon. J’y viendrai peut-être. Mais pour le moment, j’ai trop de problèmes de parasites. Regardez, j’ai perdu près de 30 % de mes récoltes à cause du taupin… »

Philippe Vincent, de son côté, ne souscrira pas au bio. « Je n’aime pas cette démarche, c’est stalinien ! tranche ce jeune viticulteur. Avant, j’étais à la coopérative. On m’a obligé d’aller porter ma vendange à dix kilomètres, à Le Val. Le bio, ce n’est pas la petite maison dans la prairie, hein ! » Avançant des motifs économiques pour justifier ses choix, ce vigneron préfère le modèle de « l’agriculture raisonnée  », qui suppose une limitation des doses d’herbicides : « Les cultures sont supposées être bio, mais elles utilisent le cuivre, dit-il. Et puis, le procédé de vinification du vin bio reste traditionnel. Il est basé sur l’usage de la caséine. Pour moi, le bio, c’est hypocrite… »

Plus haut, sur la colline, un homme semble dénué d’états d’âme. À 43 ans, Philippe Cambon vient de se lancer dans un élevage de chèvres et la fabrication de fromage bio. Même si les temps sont encore durs, Philippe se dit confiant en l’avenir. Autant que le maire, qui aimerait voir d’autres communes de France ou de Belgique imiter les chemins tracés par son petit village de Provence : « Il faut agir sans dogme ni excès de contrainte, conclut Michaël Latz. Tout le monde parle de développement durable. Ici, on l’applique au quotidien et c’est bénéfique à l’économie. Certains citadins en quête d’images d’Epinal nous imaginent avec des sabots et des chapeaux de paille. Ils sont déçus ! Correns ressemble à n’importe quel village… »

Soudain, un moteur vrombit. Dans l’antre de Marie-Ange, on sourit. «  Ah ! l’air pur de Correns. Tu as senti l’odeur ? Eh bien, ce moteur, il tourne avec de l’huile de friture. C’est pas bio, ça ? »

Thèmes

Ecologie Agriculture Bio

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commentaires
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(IP:xxx.xx7.181.25) le 23 octobre 2007 à 18H14

Une question, en quoi l’ajout de caseine pourrait aller a l’encontre du bio et donc etre hypocrite ?

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par cyril (IP:xxx.xx2.127.10) le 14 janvier 2008 à 15H49

la caseine ne viens pas a l encontre du bio, si bien que l appelation culture bio n aurai pas pu nous etre attribuée

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par philippe vincent (IP:xxx.xx6.167.17) le 10 février 2008 à 09H44

bien sur que non la caseine ne viens pas a l encontre du bio mais utiliser de la caseine qui est issue de lait non biologique oui.( il n’existe pas de la caseine issue de lait biologique)

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