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S'enfoncer dans le marais poitevin

Article publié le 11 juillet 2007

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15 ans, l’âge du Gamin. Six mois avant sa naissance, j’ai exploré le marais poitevin. Cette terre mêlée d’eau des confins niortais fascine en ce qu’elle n’est ni sol, ni rivière, mais zone grise et mouvante d’où sourd, des profondeurs, ce gaz mystérieux qu’un rien enflamme lorsqu’une grosse bulle vient crever en surface. Paysage de bois et de prés, d’eau morte et de courants profonds, de brumes à la brune et de lune argentée, il s’agit d’un lieu d’ailleurs, mi figue mi raisin, mi chair mi poisson. Les grenouilles y voisinent avec les vaches et les tapis de lentilles d’eau ressemblent à s’y méprendre à ces pelouses d’herbe tondue alentour.

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Nous avons exploré le marais en kayak de mer, cet engin de toile et de bois souple dans lequel on tient à deux et avec les bagages. Le Nautiraid est démontable, étanche et léger. Il permet de se faufiler partout, bien mieux que ces barques à fonds plats, traditionnels moyens indigènes, qui servent aujourd’hui à parquer les touristes sur quelques canaux connus. Nous allons vagabonder là quatre jours, explorant les canaux ignorés ou stagnants, campant le soir sur les prés, près des vaches placides qui viennent au matin, curieuses comme de vieilles chattes, brouter l’herbe au ras des tentes.

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Nous partons d’Arçais, village pittoresque et tranquille, pour aller droit dans le marais mouillé. Nous empruntons les rivières Lay, Vendée, Autise et Sèvre Niortaise, les chenaux des Cinq-Abbés ou l’Achenal-le-Roi, les rigoles et les conches, d’Arçais à Coulon, Maillezais, Marrans, Chaillé, Courçon, et retour à Arçais. La terre y devient boue, cette vase argileuse nommée ici ” bri “, puis colore l’eau de rivière ; gorgée de limon, elle nourrit le végétal amant de l’eau et les bêtes des marais y prolifèrent. En cet univers, nous passons comme des sirènes, corps d’homme sur jambes de poisson, bras souples actionnant les pagaies tandis que le bas glisse, immobile, sur l’onde sombre.

L’eau est douce et glauque, elle coule paresseusement dans les chenaux fréquentés, reste immobile dans les conches, vite couverte du vert cru des lentilles d’eau ou de ces petites plantes à feuilles serrées, d’un vert mat, épaisses, gonflées aux nitrates lessivés des champs cultivés en amont. Dans ces conches où nul ne passe plus jamais, condamnées par le mouvement du marais comme par la pollution des engrais, combien de fois nous sommes-nous faufilés sur nos légers kayaks qui fendaient l’eau lourde de végétaux !

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Le marais est le domaine du vert. La couleur repose l’oeil, vivifie l’esprit et rend joyeux, par on ne sait quelle secrète correspondance entre sève et sang, entre feuille et chair, entre tiges et bras. L’eau est ici amie, amniotique appelant le bain (midi et soir), sournoise aussi car elle charrie en ses profondeurs des branches pointues et des débris pourrissants que l’orteil effleure, sur le fond, sans envie d’y entrer plus avant.

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Ici, la verdure est charnue et vigoureuse, tout comme les vaches et les gens que l’on croise sur les ponts, aux rares endroits ouverts. Les aulnes plantent leurs racines profond au bord de l’eau ; les saules laissent pleurer leurs branches dorées aux larmes vert amande, les frênes écartent leurs doigts, comme pour protéger les plantes plus petites qui croissent à leur ombre : ficaires aux feuilles en écu, iris jaunes comme des étoiles dans un ciel vert, angéliques aux feuilles aiguës et aux larges ombelles, grande consoude et tant d’autres végétaux des marais.

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Les peupliers balancent leurs silhouettes graciles comme un rang de jeunes filles prêtes pour la danse. C’est une symphonie de nuances ; les verts s’étalonnent entre jaune et bleu, du plus clair au plus sombre, du plus mat au plus brillant. Le vert est lumineux ou virginal, selon qu’il tire vers le doré du soir ou vers le bleuté de l’aube. Le vert est jeunesse, il incite à l’amour. Charnel, éclatant, satiné, le végétal est femme ; frais, transparent, vigoureux, il est mâle. Il rappelle la chair, il célèbre la santé, il est souple et charpenté comme un corps.

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Jeunesse viride des plantes alentour, jeunesse agile des animaux du lieu : hérons cendrés au long bec, colvert au cou émeraude, vives poules d’eau parmi les herbes de la rive, vifs martin-pêcheurs aux ailes d’or, cygnes majestueux en vol, le cou tendu, loutre discrète qui se faufile sous la rive, carpe qui saute, goujon qui file, et cet l’alevin qu’un coup de pagaie a livré, tout tortillant, sur le flanc du kayak.

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Jeunesse humaine sur les bots, dans ce marais abandonné des producteurs et laissé au jeu : gosses court vêtus pêchant à la ligne en silence ou jouant aux sauvages en se coulant parmi les herbes ; gamin avant l’âge de raison qui courut vers nous, fasciné par ces kayaks semblables à de petits Nautilus, qu’il n’avait jamais vus ; adolescent fier et réfléchi, en bottes et jean, torse nu, mouchoir rouge de Cholet autour du cou, fils grave de maraîchin sans doute, galérant sur sa plate qui refusait obstinément d’aller plus vite, bien qu’il forçât sur la pigouille.

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L’eau, la terre, les pantes, les êtres - le marais comblé du golfe des Pictaves est un étrange microcosme qui fait voir la vie autrement. Une fois, ma pelle a recueilli sur les herbes en suspension une minuscule rainette ; elle me regardait fixement de ses yeux d’or, immobile comme un basilic. Mystère du marais ?

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47 votes

commentaires
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par clairette (IP:xxx.xx8.179.137) le 11 juillet 2007 à 14H10

@ Argoul,

Très lyrique et romantique description du marais poitevin, flore et faune, ou plutôt du peu qui en reste... sauvé au dernier moment (il y a une quinzaine d’années) des ambitions de cultivateurs avides d’y pratiquer la culture généralisée et subventionnée du maïs !

Depuis, les habitants, dont vous êtes si je comprends bien, se félicitent de cette manne que représente l’exploitation touristique des maigres canaux préservés et découvrent eux-mêmes, avec des yeux émerveillés, la beauté de leur coin de terre (ou d’eau) ancestral !

Et c’est pour cela que j’apprécie d’autant plus de pouvoir encore m’y promener, en toutes saisons.... quoique tout simplement en barque...

En espérant vous rencontrer bientôt au fil de l’eau !

Cordialement.

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par jcm (IP:xxx.xx5.26.56) le 11 juillet 2007 à 14H35

Oh que c’est mignon vu comme ça !!!

J’y habite et suis dans "la nature" au moins 2 heures par jour chaque jour de l’année.

Un marais de plus en plus dévasté par une agriculture agressive : de cela vous ne parlez pas !!!

Une gestion des eaux très basse afin de favoriser / permettre certaines cultures avec des dommages irréparables (affaissement de certains secteurs), probablement...

Sans parler de proliférations de diverses algues (dont la jussie) et de raréfaction de grenouilles et insectes...

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par clairette (IP:xxx.xx8.179.137) le 11 juillet 2007 à 15H01

@ jcm :

Vos propos, moins édulcorés que les miens, reflètent toutefois davantage la réalité (affligeante) de ce qui nous reste de ce merveilleux endroit ! Et la pollution agricole est toujours aussi présente !

Alors à ce train-là qu’en subsistera-t-il dans 20 ans ? Rien que des photos à faire voir à nos petits-enfants...

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par herbe (IP:xxx.xx0.170.87) le 11 juillet 2007 à 21H06

Que c’est beau !

Mais avec les précédents commentaires, on réalise que cette beauté est fragile et menacée !

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par Le furtif (IP:xxx.xx3.252.18) le 11 juillet 2007 à 23H04

Coulon, La garette, Arçais, Maillé, Maillezais et retour Damvix, Le Mazeau, Coulon. Sans jamais quitté nos plates ou la rive. A la sauvage.

Deux plates, des poulies et des cordes, la tête du gars d’Irleau réfléchissant au prix qu’il allait nous faire payer les deux pigouilles pelées sous nos yeux.

Les grand-mères ayant généreusement accepté de jouer leur rôle social.Huit jeunes adultes ont subi les rigueurs d’un été torride en bateau sur les conches et la Sèvre. Hé oui 1976 année de grande sécheresse, les conches étaient bien basses , certaines à sec.La lentille rendait nos rames inutiles. Nous avons dû tirer façon chaland quand la rive le permettait.Le grand canal qui ramène à Maillé depuis Arçais avec le vent contre. La galère. Découvrir l’abbaye de Mallezais depuis les plates. Le double toit de la petite canadienne comme voile au retour sur la Sèvre.Le passage des écluses.L’éclusier fier de nous apprendre que c’était un droit et que nous l’avions comme tout citoyen.Les poules d’eau et les cygnes sauvages....A la fin au restaurant de l’amiral à Coulon__ qui nous avait loué les barques/plates__ un engagement solennel : Ne jamais en parler.

L’un d’entre nous n’a pas tenu sa langue . La fin des années 70 a vu cette fucking d’invention : le tourisme vert. Les canoës et les camping cars se sont multipliés, les petites masures abandonnées se sont vendues au prix du diamant, les ponts se sont multipliés les tracteurs ont pu passer partout.Depuis encore plus que les aménageurs de territoire les cultivateurs de Maïs sont venus détruire ce qui existait depuis mille ans. Toute cette eau qui irriguait genéreusement les vaisseaux de la Venise Verte s’est tarie. Asséchés, les conches se sont envasées définitivement,l’engrais des maïs empoisonne ce qui reste...

Qu’elle était verte ma vallée.

Le furtif

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par faxtronic (IP:xxx.xx3.127.82) le 12 juillet 2007 à 12H22

Oui mais bon, la campagne francaise n’est pas uniquement un parc de loisir pour urbains ou neo-ruraux en manque de verdure. Il y en des gens qui en vivent, et donc faut pas opposer systematiquement les mechants cultivateurs et les gentilles grenouilles. C’est comme dans les reserves africaines, ce n’est pas en foutant des baffes au berger que vous l’empecherait de prendre l’espace vital et l’ ivoire des elephants. Un nombre infime de ruraux reels tirent profit des chants des grenouilles et du gazouillement des oiseaux, et il faut bien vivre. Et le ble ou le mais cela rapport plus evidement, et c’est normal, on ne vie pas d’ amour et d’eau fraiche dans ce pays, a moins d’etre chomeur (qui vit de la compassion de son prochain). L’agriculteur aussi adore les grenouilles, et l’ air frais, d’autant plus que c’est son univers, neamoins il lui faut vivre, et donc polluer pour vivre bien. A moins que vous subventionnez les agriculteurs a tranformer le pays en jardin public (c’ est cher) ou que vous l’associez massivement au profit du tourisme, il est tres malsain, idiot et contre-productif de le diaboliser et de lui opposer les grenouilles du Poitou.

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par clairette (IP:xxx.xx8.212.26) le 12 juillet 2007 à 13H49

@ Faxtronic :

Comme l’exprime jcm, plus savamment que moi, il est fort regrettable que ce soit le maïs, roi des pollueurs, qui soit justement si richement subventionné depuis 20 ans par l’Union Européenne !

Mais effectivement, pourquoi subventionner la reinette (dont la cuisse n’est même pas goûteuse au palais) et juste pour préserver la faune et la flore ?

Ce ne sera certainement pas le cheval de bataille de notre ministre de l’écologie, environnement etc... heim J-L B ?

Quoique, il faudra bien commencer un jour à regarder tout en bas de l’échelle (ah, elle est bien bonne celle-là... je me surprends moi-même) !

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par jcm (IP:xxx.xx0.68.234) le 12 juillet 2007 à 12H54

@ Faxtronic

J’aime bien ce "L’agriculteur aussi adore les grenouilles, et l’ air frais, d’autant plus que c’est son univers, neamoins il lui faut vivre, et donc polluer pour vivre bien." !!!

Allons-y donc !!!

A grand renfort de bromure de méthyle (catastrophique pur la couche d’ozone en particulier) et autres produits qui en fin de compte nous tuent afin que les agriculteurs puissent vivre !!!

Pendant ce temps la Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire, FAO, (Rome, 3 - 5 mai 2007) se conclut ainsi :

- L’agriculture biologique peut contribuer à la sécurité alimentaire, mais sa capacité à affirmer son rôle dépend en grande partie de l’existence d’une véritable volonté politique.

- L’agriculture biologique peut atténuer les effets des nouveaux problèmes, comme les changements climatiques, grâce à des mesures comme la fixation améliorée du carbone du sol. Elle propose également des solutions pratiques en matière d’adaptation aux effets des changements climatiques.

- L’agriculture biologique permet de renforcer la sécurité hydrique dans plusieurs domaines : qualité de l’eau potable, diminution des besoins en irrigation des sols biologiques et augmentation des rendements dans des conditions de stress hydrique dû à la variabilité climatique.

- L’agriculture biologique permet de protéger l’agrobiodiversité et d’en garantir une utilisation durable.

- L’agriculture biologique renforce la suffisance nutritionnelle, grâce à une diversification accrue des aliments biologiques, qui sont plus riches en micronutriments.

- L’agriculture biologique stimule le développement rural, en créant des revenus et des emplois dans des zones où les populations n’ont d’autre choix que de recourir à la maind’oeuvre, aux ressources et aux connaissances locales.

- Il est indispensable d’établir un réseau international axé sur la recherche biologique et sur une vulgarisation rationnelle, afin de poursuivre la mise en valeur de l’agriculture biologique. Une partie plus importante des ressources publiques devrait être consacrée aux sciences agroécologiques.

- La sécurité alimentaire est étroitement liée aux politiques agricoles qui déterminent les choix en matière d’exportation et d’importation. L’agriculture biologique établit un lien entre les objectifs économiques et les objectifs environnementaux et sociaux, mais sa mise en valeur ne peut se poursuivre si les mêmes règles ne sont pas appliquées à tous, grâce à des interventions appropriées de politique générale.

- La sécurité alimentaire n’est pas uniquement un sujet de préoccupation pour les pays en développement, car la crise des combustibles fossiles, les changements climatiques et d’autres faiblesses de la chaîne alimentaire sont également susceptibles de mettre en danger les zones ne souffrant pas d’insécurité. .

(texte que j’ai reçu en abonné à la liste de diffusion du MDRGF)

Probablement ces gens de la FAO sont pour vous des idiots contre productifs !!!

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par faxtronic (IP:xxx.xx3.127.82) le 12 juillet 2007 à 17H39

tatata

L’agriculture biologique est marginal et trop subventionnee. Je suis pour ma part pour un arret des subventions a l’agriculture extensif et plutot une subvention pour la protection du patrimoine naturel. Neanmoins il faut faire avec la realite. La seule agriculture qui rapporte a grande echelle est l’extensive non biologique (le reste est marginal, moi meme etant ecologiste (velo, legumes du coin, isolation, panneau thermique)), donc cela sera ainsi, meme si il y a une infinite d’ecolos qui ralent. Seul le marche decide dans notre monde, malgres les gesticulations. Donc il faut que l’agriculture trouve un attrait financier a la protection de la grenouille, comme il faut trouver au berger kenyan un attrait a la protection de l’elephant. Et quelle est la valeur ajoutee de la grenouille : le tourisme vert.

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par faxtronic (IP:xxx.xx3.127.82) le 12 juillet 2007 à 17H40

erratum :

L’ agriculture biologique est marginal, et l’agriculture est trop subventionnee

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par faxtronic (IP:xxx.xx3.127.82) le 12 juillet 2007 à 17H42

Et tes gars de la FAO, ils travaillent pour eux. les prendre pour des messie est la preuve d’un cretinisme avance.


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