Article publié le 28 mars 2007
En toute discrétion, un arrêté ministériel du 3 mai 2005, signé de la plume du ministre délégué à l’industrie de l’époque, Patrick Devedjian, a autorisé deux cimentiers, Lafarge et Italcementi, à effectuer à 5 Km des plages du Morbihan une recherche de... sable. "Autant
l’on comprend qu’il faille rechercher des gisements de pétrole ou de
minerais, autant rechercher du sable dans une baie sableuse constitue
une absurdité intellectuelle", se gaussent les Verts de Bretagne,
mais l’affaire n’est pas comique du tout : cette recherche est le
préalable à l’extraction de 600 000 tonnes de sable, étalée sur une
durée de trente ans. Rappelons que le stock de sable actuellement
existant a été fabriqué à la fin du quatrième millénaire et qu’il est
susceptible de tarissement. Et de fait, c’est la raréfaction des
ressources des carrières terrestres qui incite les cimentiers à
l’extraire en mer. Seulement voilà : la zone concernée est une immense
frayère où se côtoient bars, merluchons, lançons, sardines, coquillages
et bien d’autres espèces, et donc un important secteur de pêche. Le
phytoplancton pourrait également être menacé. Autre problème, les
plages de la région subissent déjà un important dégraissement naturel,
qui risque bien d’être considérablement amplifié par l’extraction d’un
tel volume de sable à 5 Km des côtes : "lorsque l’on creuse sur une
plage ou en mer un trou, la mer comble automatiquement ce trou par
aspiration du sable environnant, il est évident que le cordon dunaire
du grand Site sera sinistré, voire appelé à disparaître, expliquent les Verts. Veut-on
à terme être contraints de construire des dunes de béton pour éviter la
destruction du cordon dunaire, aspiré par cette extraction
industrielle, dunes construites, aux frais du contribuable, avec le
sable même qui leur aura été retiré ?", interrogent-ils. Pour
couronner le tout, à moins de trois milles de la zone d’extraction
prévue se trouve un site déclaré par Bruxelles d’intérêt communautaire
: des ilôts de la baie de Quiberon, protégée au titre de son classement
Natura 2000. Ajoutons enfin que toute l’affaire a été décidé entre le
gouvernement UMP et les deux multinationales sans aucune consultation
des élus locaux. Exemplaire de la façon dont on se moque totalement de
l’environnement et des populations quand il s’agit de faire du business. Contre cette scandaleuse politique du fait accompli est né un collectif, joliment baptisé "Le peuple des dunes", qui
fédère
quelque 150 associations locales de défense de l’environnement ! A son
initiative, dimanche dernier, une manifestation bien peu médiatisée a
pourtant réuni sur la plage d’Erdeven près de 10 000 personnes...
Ostréiculteurs, pêcheurs, agriculteurs, plaisanciers et touristes,
drapeaux bretons au vent, y ont cotoyé les élus ceints de leur écharpe
tricolore et même Dominique Voynet, candidate des
Verts à la présidentielle, au son des binious et bombardes du bagad de
Locoal-Mendon, orchestre réputé en Bretagne.
Prise de conscience citoyenne
"Le combat que nous menons aujourd’hui se gagne sur trois terrains, politique, scientifique et juridique : Jean Grésy, co-fondateur du "peuple des dunes", a pris la parole pour prononcer un discours des plus vibrants. Sur
le terrain scientifique, vous avez entendu s’exprimer Yves Lebahy et
Pierre Mollo (géographe et enseignant chercheur, Ndlr) qui, avec
conviction, vous ont énoncé tous les risques d’un tel projet
d’extraction de sable en mer. Sur le plan politique, vous pouvez
observer qu’un grand nombre d’élus, femmes et hommes, sont parmi nous
aujourd’hui et la présence d’une candidate aux élections
présidentielles témoigne de la dimension nationale de cette
manifestation. (...) Sur le plan juridique enfin, un recours
administratif a été introduit par l’association de sauvegarde et de
protection du littoral de la presqu’île de Gâvres, voici plus de 18
mois. Le tribunal administratif de Rennes ne s’est pas encore prononcé
à ce jour. En effet, une seule issue s’offre à nous si nous voulons
sauver le cordon dunaire, l’application par les pouvoirs publics du principe de précaution, a-t-il poursuivi. Car
les textes sont là qui permettraient de protéger un tel patrimoine de
l’humanité et de nous défendre contre ce pillage (...). La France a
pourtant signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer,
ainsi que la convention Ospar qui énonce l’obligation pour tous les
Etats de protéger et de préserver le
milieu
marin et d’appliquer le principe de précaution. A ce titre, les Etats
doivent s’engager à prendre des mesures de prévention dès lors qu’il y
a des motifs raisonnable de s’inquiéter, c’est-à-dire lorsqu’une
activité est susceptible de nuire aux ressources biologiques et aux
écosystèmes marins et cela même s’il n’y a pas de rapport de causalité
entre l’action et ses effets. La France a aussi adhéré au traité
instituant la communauté européenne qui rappelle que « les
exigences de la protection de l’environnement doivent être intégrées
dans la définition et la mise en œuvre des politiques (...) afin de
promouvoir le développement durable » et que ces politiques doivent
être fondées sur les principes de précaution et d’action préventive.
Même affirmation dans la jurisprudence de la cour de justice de la
communauté européenne pour laquelle il n’est pas nécessaire désormais
de rapporter la preuve de l’existence d’un dommage potentiel, mais
seulement du risque éventuel de ce dernier, pour justifier de
l’application immédiate du principe de précaution. Et lorsqu’il existe
une incertitude, l’autorité compétente devra refuser l’autorisation.
(...) Alors pourquoi tant de complaisance de la part des pouvoirs
publics à seconder les projets de multinationales qui, malgré des
chiffres d’affaire colossaux, profitent de la mondialisation pour
justifier leurs pratiques et les masquent de surcroît sous une image
trompeuse d’industriels soucieux de développement durable ?" Le discours s’est achevé avec des accents lyriques qui ont enflammé les manifestants : "Ici,
ce soir, se brise le projet d’extraction de sable. Celui-ci devait
conduire dans le plus grand secret, sans concertation des citoyens,
sans consultation des élus, sans étude d’impact préalable, à
transformer une région préservée en un vaste bassin industriel où tous
les pêcheurs, ostréiculteurs, plaisanciers n’auraient plus leur place.
Ici, ce soir, émerge la prise de conscience citoyenne face aux
décisions des pouvoirs publics. La décision prise depuis Paris par un
éphémère ministre de l’industrie est relayée sur place par l’autorité
sous-préfectorale. Cette dernière, au lieu de s’attacher à des missions
de service public, c’est-à-dire à la prise en compte de l’intérêt
général des populations locales, préfère prendre le parti de deux
multinationales. Ici, ce soir, est né un mouvement citoyen issu de la
société civile, sans attaches partisanes, mû uniquement par le désir de
préserver la nature et l’environnement. Ce mouvement prend naissance là
même où, voici 30 ans, un projet de défiguration du site par la
construction d’une centrale nucléaire a été mis en échec par la
mobilisation des hommes de progrès. Ici, ce soir, se forge l’espérance
: nous n’étions au début qu’une petite poignée d’hommes libres et
résolus. « j’ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ une troupe de marins, d’ouvriers, de paysans ».
Ils ont été rejoints ici par des femmes et des enfants, par des actifs
et des retraités. Ce n’est plus une troupe. C’est un peuple debout qui
se lève et qui marche. C’est un peuple fort de la conviction qu’il a de
la légitimité de ce combat. Ce peuple, c’est le peuple des dunes." Une cause qui mérite d’évidence d’être soutenue.
Thèmes
Fermez les yeux, dormez bien les enfants, le petit marchand de sable va passer...
On manque d’humour sur naturavox ?
Malgré 2 référendum donnant plus de 96% contre l’incinérateur de Gaudin , il sera construit au mépris de la population de ouest provence . Le business passe toujours avant :-((
Quelque soit l’endroit où l’on aurait voulu mettre cet incinérateur, la population locale aurait été contre.
Mais par contre, ces même gens ne sont pas contre, le fait d’augmenter leurs déchets.
C’est juste de l’hypocrisie, on sait qu’on en a besoin, mais pas chez nous.
Apprenez que ce sont les déchets de Marseille mais que les Marseillais veulent faire l’incinérateur ailleurs, justement !
Merci Olivier, mais pour info, le peuple des dunes n’est pas une initiative des verts mais un collectif de plusieurs associations. Dominique Voynet était là, avec Nicolas Hulot.
Il faudrait également insister sur le fait que de nouveaux matériaux existent, que le bâtiment ne va pas s’arrêter parce qu’on ne fabrique plus de parpaings (ça devrait d’ailleurs être interdit).
Info importante : en marge de votre article, c’est la photo de Devdjian qui apparaît.......
Chère Marie Pierre, je n’ai pas dit que le Peuple des dunes était une initiative des Verts, et j’ai précisé qu’il fédérait 150 associations. Simplement les Verts de Bretagne ont pris position sur le sujet et fait des déclarations pertinentes que j’ai souhaité reprendre.
Concernant Devedjian, il était ministre délégué à l’industrie et c’est lui qui a signé l’arrêté du 3 mai 2005 d’où tout est parti. C’est aussi dans l’article, que vous n’avez donc manifestement pas lu. C’est vrai qu’il était long, mais le passage sur Devedjian est au tout début ;-)
ainsi le pretexte ecologique remplace le progres. Ne touchons plus à rien, ne prelevons pas de sable, detruisons les OGM, refusons tout progrès.. Bové est sans doute le plus réactionnaire des français qui veulent nous isoler et nous faire faire un bon dans le passé.. ras le bol de la pensée unique et des élucubrations non scientifiques.
Patrick : mieux vaut un bon dans le passé qu’un mauvais dans l’avenir !
Pour ce qui concerne votre commentaire je trouve malséant d’opposer progrès et écologie : les écolos ne souhaitent pas le retour à la bougie, ils ne veulent plus de nucléaire, ce n’est pas pareil !
A l’heure où de nombreux chercheurs, en Europe et ailleurs, se cassent la tête pour inventer de nouveaux matériaux "écolos" (chimiquement neutres, recyclables...) c’est de continuer de bétonner qui est rétrogade !
Alors, bien sûr, il y a le fric, incontounable fric qui justifie toutes les conneries : si c’est ça que vous défendez, alors, salut !
"les écolos ne souhaitent pas le retour à la bougie, ils ne veulent plus de nucléaire, ce n’est pas pareil !"
Cette assertion est fausse. Je me sens profondément écolo. Pourtant je ne veux pas la fin du nucléaire. Ce n’est pas ma priorité en tout cas. Concentrons-nous avant tout sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
@ Patrick : ... tout de suite une prise de position extreme.
Le problème n’est pas qu’un refus d’une extraction de sable. On peut s’opposer à ce projet sans pour autant être taxé d’ultra-ecolo s’opposant à des ultra-libéraux dont la seul motivation est l’appat du gain au détriment du bien commun. Comme souligné plus haut, il existe d’autres méthodes de construction...
P 49-107-65 : vous avez (un peu) raison, sortir du nécléaire est un objectif à plus long terme, et que la réduction des gaz à effet de serre est plus urgente, sauf qu’on a le droit (et le devoir) de promouvoir la recherche de sources d’énergies mons polluantes. Ma remarque entre bougies et nucléaire était une "caricature". Encore que je suppose que vous vous n’appréciriez pas que l’on enterre des résidus de centrales sous vos fenêtres...
A l’attention des animateurs d’AV : suis-je "interdit" de droit vote de commentaires ?
Mr Devedjian est un parfait exemple d’homme politique médiocre et "carpette", prenant ses décisions pour satisfaire l’un, ou l’autre, des lobbies qui le lui demandent.
Qui peut croire qu’il prendra un jour une mesure favorable aux citoyens et non à ses mentors ?
Encore un phénomène "Not in my garden", des matériaux de construction, il en faut, forcément, si on les prévève à coté de chez vous, ça vous pose problème, cela serait tellement mieux qu’ils soient prélevès chez les autres...
C’est "not in my backyard", le nom du syndrôme, pas "not in my garden". Même que son petit surnom c’est "nimby".
Et comme l’a dit quelqu’un d’autre, il y a d’autres types de matériaux de construction.
La politique du "Il en faut forcément" nous mène droit au mur. Du pétrole, il en faut forcément aussi. Ben oui mais on en a un stock limité, pas de chance. Quand il n’y en aura plus, il en faudra encore forcément, et alors on fera quoi ? Et quand on aura épuisé les ressources halieutiques parce qu’il fallait forcément pratiquer la surpêche et aller bousiller les zones côtières pour prélever du sable dont on avait forcément besoin pour construire des autoroutes qu’il fallait forcément avoir pour pouvoir accomplir notre destin de petit lemming du 21è siècle, on fera quoi ?
Détruisez vos ornières s’il-vous-plaît.
Merci Olivier pour cet article intéressant, et @ Marie-Pierre pour ses précisions.
Il y a également un autre article actuellement sur ce même sujet sur le site.
Je félicite les morbihannais pour leur rapidité de réaction ! Je souhaite de tout coeur que leur cri de colère soit entendu et compris avant qu’il ne soit trop tard...
Bonjour Clairette,
Effectivement, dans le Morbihan, nous sommes assez exaspérés de recevoir des galettes de fuel, toutes sortes de merdes industrielles (bien qu’en ce moment, ce sont les sacs de cocaïne qui flottent).
Il y a l’extraction de sable en catimini qui se profile, mais il y a aussi les rejets de boues qui seront balancés autour de Groix. Tout ce coin est une zone bénie par les pêcheurs qui font leur maximum pour préserver les espèces. Faut pas que les intérêts des industriels tuent la mer.
Je soutiens sans réserve le contenu de cet article et cette association.
je relance ma question explication !
le commerce existe depuis sumer et des millions de marchandises transites de part le monde .... qui vous empêche d’achete un peu de sable du sahara par exemple .... vous en avez les moyens !
le peuple des dunes sert uniquement a resseré un lien social pour des gens qui ne voit pas plus loin que le bout de leur nez .... le comprendre ne suffit pas
Pour le pétrole c’est même pas un probléme cherchez a détruire vos certitudes sinon même ceux qui pensent quand faisant des petites manif que ca va sauver quoi que ce soit autant se mettre deux crayons dans les yeux !
Le pétrole on sait en fabriquer ! mais c’est pas pour autant qu’ont doit continuer a s’en servir ...
vives les cons qui pensent qu’ils n’ont pas la tête dans le sable
"Faut pas que les intérêts des industriels tuent la mer".
Soyez tranquilles, les pêcheurs s’en chargent déjà...










