L’avion a survolé le majestueux fleuve,
avant de se poser sur la piste de Macapa, capitale de l’Etat le plus
septentrional du Brésil. Le vol de Cayenne a duré une heure seulement.
Nous retrouvons la chaleur moite à laquelle nous nous sommes vite
habitués en Guyane.
Nous sommes accueillis dans l’aéroport par l’ancien gouverneur de
l’Etat d’Amapa, João Capiberibe. Celui-ci est une "figure" de la
région, comme au dit au Brésil, car il a été le premier à s’intéresser
au développement durable en Amazonie, et surtout à l’appliquer avec des
programmes novateurs au cours des deux mandats qu’il a exercé de 1995 à
2002. Malheureusement, son œuvre a été en grande partie détruite par
les nouveaux pouvoirs. Mais il en reste de nombreuses pistes, à
explorer au plus vite si l’on veut que le l’Amazonie et ses populations
vivent en harmonie.
Le soir de notre arrivée, Capiberibe et ses proches avaient organisé
une grande fête pour nous sur la "marque de l’Equateur", une colonne
informe séparant symboliquement les hémisphères Nord et Sud. Danser au
son du rap local des quilombos et goûter aux tapas régionaux à cet
endroit emblématique nous livre cependant nos premières émotions de
convivialité brésilienne.


Les deux jours suivants ont été marqués par la Rencontre
franco-brésilienne sous l’Equateur, conférences et débats organisés par
la Fondation France Libertés - Danielle Mitterand - et du côté
brésilien par la Fondation João Mangabeira, dans lesquels s’affirment la volonté d’un dialogue Nord-Sud, autour de
l’impact de la crise, de la notion de développement durable et d’une nouvelle conception de la richesse.
Macapa est davantage une bourgade à la croisance désordonnée qu’une
ville pleine de charme. Tropisme culturel, les constructions de béton y
ignorent superbement le potentiel qu’offre la forêt toute proche en
terme d’éco-construction, voir de construction bioclimatique. L’air
conditionné règne brutalement dans les salles de réunion, les bureaux,
et les chambres d’hôtel, comme dans de nombreuses villes tropicales et
équatoriales. Mais c’est dans la délicieuse Posada Equinox, tenue par
un couple franco-brésilien, consul honoraire de France, que nous nous
retrouvons pour profiter un peu du bien-vivre brésilien, et de cette
gentillesse dont nous aurons bien du mal à nous défaire. Un grand
jardin flanqué d’un kiosque convivial qui abrite des tables et un coin
bar offre une fraîcheur bienvenue, et quelques attraits floraux pour
les colibris amazoniens. Ces jours riches en rencontres, en échanges,
nous confortent dans l’idée qu’un autre choix de société est possible.
Nous avons la chance de compter dans la
délégation un spécialiste des sols (podologue), Alain Ruellan, ancien
directeur de l’Institut de Recherche pour le Développement, qui a
travaillé en Amazonie, et nous explique les problématiques spécifiques
au développement durable dans cette région. Il apparait ainsi que les
activités dites extractivistes (noix du Brésil, fruits divers et latex)
sont parmi celles qui sont les plus soutenables, c’est-à-dire qu’elles
permettent à la fois de préserver les ressources naturelles et de faire
vivre, même modestement, les populations qui les pratiquent. Elles ont
cependant besoin d’appui, et surtout de circuits de commercialisation
équitables. L’ancien gouverneur de l’Amapa avait esquissé ce travail,
qui a été abandonné par le pouvoir actuel, amis des industries minières
et forestières. A ce stade, nous ne savons quelles organisations ont pu
lui donner suite.

Le documentaire "Amapa, le développement durable en Amazonie présente
l’action du Capiberibe comme gouverneur, à travers quelques unes de ses
principales actions. Vous pouvez lire mon compte-rendu de ce film sur
le site du festival "Autres Brésils".
Nous profitons d’un temps ensoleillé le dimanche suivant notre arrivée
pour visiter la forteresse de Macapa, construite au XVIIe par les
portugais sur le 8e modèle de Vauban. Situé devant la vaste Amazone, il
défendait la région et ses habitants des incursions françaises,
hollandaises et espagnoles. Des jeunes se baignent dans ce fleuve
tranquille, juste sous un ponton, sans doute sont-ils à l’abri des
effluves des eaux usées de la ville. Le fleuve est grand.
La délégation est ensuite invitée dans un restaurant où nous mangeons à
nouveau de la nourriture typique de l’Amazonie, une des meilleures du
Brésil : poissons fluviaux d’espèces différentes, tous aussi suculents
les uns que les autres, sauce au jus de manioc, feuilles à l’effet
légèrement anesthésiant sur la langue, sans compter d’inombrables jus
de fruits locaux. Le repas se termine en fête, avec des rythmes de
différentes régions, annonçant l’ambiance du Forum Social Mondial. Les
intellectuels brésiliens de la délégation manient aussi bien la
guitare, la clarinette et le chant que le verbe et le concept. Le mari
de Christina, députée d’origine quilombo élue avec le plus de voix du
pays, improvise une chanson de bienvenue émouvante.
Les échanges des jours précédents nous ont fait prendre conscience des dangers de la destruction de la foret amazonienne, et de l’importance que pourrait avoir le Forum Social Mondial de Belem pour construire de nouvelles solidarités permettant d’enrayer, ici comme ailleurs, les conséquences d’un mode de développement désastreux.
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Joli récit de vacances , moi et ma femme on est allés à Djerba .









