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Circulaire

Article publié le 25 février 2009

Circulaire

Il n’y a pas que les boulevards qui soient circulaires, il y a aussi l’économie.

Les boulevards circulaires sont les remparts des villes modernes. Le mot même de boulevard, qui désigne à l’origine le terre-plein derrière un rempart où l’on amenait les canons, fait référence à un ouvrage défensif. Il s’agit de contenir l’envahisseur, de l’empêcher de passer, de le tenir hors les murs. L’ennemi[1] des villes serait-il l’automobile, que le circulaire a vocation à faire tourner en rond autour de la ville comme les indiens des westerns autour des diligences ? Nos remparts sont bien poreux, si on en juge par le nombre d’automobiles dans les murs[2], les petites rues comme les grandes avenues. Peut mieux faire !

Circulaire désigne aussi un outil. Oublions ici la scie, pourtant bien commode, pour nous concentrer sur la circulaire administrative. Celle signée du chef et qui nous dit comment il faut faire. C’est bien connu, l’administration croule sous le poids des circulaires, toujours plus nombreuses, souvent contradictoires. Sans doute parce que les intentions écrites dans des textes « supérieurs », décrets et lois, ne sont pas si clairs, et qu’il convient de les décrypter. Il faut des guides de lecture, des modes d’emploi[3]. D’ailleurs, l’almanach Vermot a fait des petits en la matière, il y a des livres qui disent non pas s’il faut tailler aujourd’hui, ou bien biner, mais quel papier il faut remplir, quel formulaire il faut adresser et à qui. La transparence, un des piliers de la bonne gouvernance, n’est pas au rendez-vous, sans parler des tonnes de papier utilisées en pure perte. La circulaire, à consommer avec modération.

Après ces escarmouches, entrons dans le vif de notre sujet : l’économie circulaire. De quoi s’agit-il ? C’est le contraire de l’économie linéaire, celle où tous les matières premières, prélevées sur les stocks que la planète nous offre, courre tout droit vers la décharge, après un usage exprès. C’est le retour à une économie traditionnelle, où tout se transforme, comme chacun sait. Une économie où l’Homme se situe sur un circuit pour y trouver ce dont il a besoin, mais sans interrompre pour autant la boucle[4] où il s’insère. L’agriculture[5] traditionnelle illustre parfaitement ce principe, que l’on tente aujourd’hui d’appliquer à l’industrie, à partir du principe que les déchets des uns sont les matières premières des autres. Ce sont des parcs éco industriels, comme on dit savamment, qui regroupent des activités complémentaires. Après quelques essais en France (notamment à Dunkerque) et en Europe, cette politique semble se développer en Chine, où le gouvernement en a fait un axe stratégique.

Le parc éco industriel est la Rolls Royce de l’économie circulaire, il y a aussi les petites cylindrées.

De nombreuses industries jadis consommatrices d’eau vivent aujourd’hui en autarcie, ou presque. L’eau est récupérée après usage, décantée, filtrée, etc. et recyclée, avec juste quelques pertes à la marge dans ces différentes étapes. Il faut dire que les pouvoirs publics ont mis la pression sur ces industries, pour éviter des pollutions massives, car l’eau usée était ensuite renvoyée à la rivière. De nombreuses usines de composants du bâtiment récupèrent et recycles leurs propres déchets, les chutes de matériaux notamment. Le compostage de déchets organiques se développe, pour rendre à la terre les matières qu’elle a produites : c’est une petite boucle, mais les petites boucles font les grandes économies de matières. Elles ont aussi un avantage, celui de montrer comment ça marche, de permettre à chacun de visualiser le cycle de la nature, qui produit d’autant plus qu’on lui rend.

L’ONU reprend cette démarche à son compte et souhaite la promouvoir à grande échelle. Elle propose un new deal écologique mondial, en interpellant les pays du G20[6]. Plus de deux milliards de tonnes de déchets sont produits (si on ose dire) dans le monde, qui feraient une bonne ressource, s’ils étaient recyclés, ou réemployés directement, c’est encore mieux. Il faut y ajouter les eaux usées, chargées de matières et d’énergie, dont une partie pourrait être circularisée. Et la chaleur perdue, le chauffage intempestif des lampes, les vapeurs d’eau qui s’envolent au dessus des grandes usines et des centrales nucléaires, sans parler de l’eau de refroidissement.

Bref, il y a des richesses à récupérer un peu partout et à réinjecter dans l’économie. Les boucles seront simples ou formeront des volutes complexes, on trouvera de nombreux cas de figure. L’important est de se mettre à la recherche de ces cycles. Ils sont à portée de main mais il faut des mettre en évidence, rapprocher des acteurs qui se connaissent mal, se garantir contre des défaillances. Le déstockage massif et bon marché de ressources nous a mal habitués. Il nous a rendu de fiers services, mais il nous a fait perdre le réflexe de réalimenter la source à laquelle nous puisons. Le linéaire a chassé le circulaire. Il faut le faire revenir au galop !

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[6] A l’occasion de la réunion du conseil d’administration du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) à Nairobi (16 au 20 février)

Thèmes

Développement durable Economie

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