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Fabriquer du pétrole, c'est possible !

Article publié le 19 mars 2012

Pour ceux et celles qui veulent pouvoir continuer à gaspiller l’énergie sans compter...

Fabriquer du pétrole, c'est possible !
Comme à priori de départ, on peut dire que l’énergie abondante et peu onéreuse est un élément central de nos sociétés dites modernes. Elle est véritablement le sang de nos avancées technologiques, et les régions du monde qu’elle n’irrigue pas à foison sont qualifiées d’archaïques. Elle nous permet d’obtenir une qualité de vie inégalée auparavant, et ceux qui y ont désormais largement accès ne vaudraient en être privés pour rien au monde. La possibilité d’un retour à la bougie en raison de notre goût immodéré pour celle-ci n’est donc qu’une fable pour faire peur aux jeunes enfants qui oublieraient d’éteindre la lumière avant de partir à l’école.
À titre personnel, j’aime chauffer ma chambre afin d’obtenir un délicieux climat tropical en plein hiver, laisser mon ordinateur perpétuellement allumé rien que par flemme de l’éteindre puis de le rallumer ensuite, ou encore, prendre l’avion pour découvrir d’exotiques contrées à l’autre bout du monde. Cependant, j’adore me promener dans la forêt après une bonne averse orageuse, je déteste voir des détritus sur le sol, j’approuve l’idée d’une agriculture sans produits chimiques, mais aussi, je suis très sceptique vis-à-vis du nucléaire et intimement persuadé que s’en débarrasser ne peut pas être une mauvaise chose.
En bref, j’aime mon confort, j’aime la nature, mais je ne veux pas sacrifier le premier pour sauvegarder le second : les économies d’énergie, très peu pour moi !
 
Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant qu’en ce début de siècle, la majorité de notre énergie provient d’une ressource nommée pétrole : c’est un hydrocarbure existant en quantité limitée sur notre bonne vieille planète mais qui offre d’immenses possibilités de valorisation industrielle. Lorsque l’on parle de la géopolitique du pétrole, il est un point particulier qui n’aura échappé à personne : l’or noir commence tout doucettement à se faire rare, et envisager une alternative pourrait ne pas être totalement inutile.
Les scientifiques et les industriels se sont penchés sur cette problématique et ont découvert un nombre absolument incroyable de procédés permettant d’échapper à une pénurie d’énergie. Toutefois, la plupart sont onéreux et techniquement difficiles à mettre en œuvre. Saluons quant même les lendemains qui chantent que nous promettent les cellules photovoltaïques à base de nanotubes mis en place par des virus. Les progrès dans ce domaine sont rapides mais manquent d’investissements.
Après tout, le plus simple ne serait-il pas de continuer à utiliser du pétrole. Il est généralement liquide, ce qui est une caractéristique essentielle pour les transports, simple à stocker et à transporter, mais aussi incontournable dans l’industrie chimique en raison des caractéristiques très spécifiques des hydrocarbures. Pouvoir continuer à utiliser du pétrole jusqu’à ne plus savoir quoi en faire est donc nécessaire à la préservation de ce que l’on peut appeler notre modernité ou notre décadence, cela dépend des points de vue.
 
Et bien justement, on sait désormais fabriquer du pétrole. Ce que la Nature a mis des millions d’années à effectuer, l’Homme sait le faire en moins d’une semaine. Cette innovation technologique majeure est permise grâce aux récentes connaissances acquises sur les micro-algues.
Certains de ces minuscules organismes possèdent l’étonnante propriété de produire de l’huile, qui peut ensuite être transformée en pétrole par craquage. Ce nom barbare désigne le processus de séparation, grâce à la chaleur et la pression, d’une molécule organique en d’autres éléments de taille plus restreinte.
Alors, comment se passe la culture de ces micro-algues ? Et bien c’est plutôt simple. Les éléments nécessaires sont de l’eau de mer, du dioxyde de carbone, de la luminosité, et quelques nutriments divers et variés. Il s’agit de placer ces petites plantes miraculeuses dans de longs tubes verticaux installés en extérieur et orientés de manière à optimiser l’exposition solaire de l’ensemble. Le gaz carbonique injecté dans le liquide vert saturé en algues provient généralement d’usines en rejetant en quantités astronomiques, ce qui a le mérite de réutiliser quelque chose communément qualifié de polluant. En à peu près trois jours, les micro-algues arrivent à maturité, gorgées de lipides et prêtes à être récoltées.
La grosse difficulté consiste à séparer la biomasse de l’eau. On procède actuellement à l’aide de solutions chimiques, mais des méthodes recourant à l’électrolyse existent également. Les végétaux ainsi récupérés sont pressés afin d’en extraire la substance huileuse, puis cette dernière est traitée afin d’en faire du pétrole tout à fait conventionnel. Celui-ci est on ne peut plus classique, mais dispose en outre de l’avantage de ne pas posséder de soufre, ce qui est très avantageux puisque les raffineries ont l’obligation légale de l’éliminer pour des raisons sanitaires.
Transformer de l’huile en pétrole est un processus énergivore, mais cependant largement bénéficiaire : on produit plus d’énergie que l’on n’en consomme. Cette méthode n’est donc pas une vue de l’esprit. Il est possible de fabriquer des hydrocarbures de manière rapide et reproductible à l’infini : l’eau de mer, le dioxyde de carbone, et les rayons solaires n’étant pas des ressources épuisables à l’échelle humaine.
Il existe de plus un autre intérêt à l’usage des micro-algues : elles rejettent autant de gaz carbonique durant leur combustion sous forme de pétrole qu’elles n’en ont absorbées pendant leur croissance. Le cycle du carbone est par conséquent en circuit fermé. En des temps d’interrogations majeures sur les dérèglements du climat, c’est un bon point en faveur d’une énergie durable et respectueuse des générations futures.
Il existe théoriquement un obstacle à la production industrielle de pétrole végétal : l’ensoleillement. Il est aléatoire et peu constant. Cependant, des inventeurs de génie ont trouvé une parade. Certaines micro-algues productrices d’huile peuvent se passer de lumière, c’est à dire du phénomène de photosynthèse, si on leur fournit un substitut. Or, il se trouve que les sucres de la culture betteravière font très bien l’affaire. Il en va de même pour à peu près toutes les plantes cultivées par l’Homme pour son alimentation. Cela offre en plus l’opportunité de valoriser la masse considérable de déchets agricoles que produisent les campagnes.
Élever des algues dans l’obscurité permet également de passer d’une logique d’étalement, avec des tubes soumis à l’impératif d’une exposition solaire maximale, à une production en volume. Installer d’immenses cuves dans les caves des bâtiments est tout à fait envisageable. Et puis, même dans le cas d’une structure dans des hangars, le gain de place reste énorme.
Enfin, le dernier élément prouvant l’intérêt que représente la mise en culture de ces micro-algues sont les récents partenariats qu’Exxon et Total ont montés avec de petites entreprises travaillant sur le sujet. Pour rentabiliser la production industrielle de pétrole, elles envisagent d’extraire les précieux omégas de l’huile pour les revendre ensuite au secteur pharmaceutique. La perspective de fournir les élevages piscicoles en nourriture afin de recycler les restes encombrants de biomasse est aussi très sérieusement étudiée.
Étant donnée la rapacité légendaire des sociétés transnationales citées précédemment, il suffit pour s’en convaincre de se souvenir des nombreux désastres écologiques dont elles sont responsables en raison de leurs négligences imputables à une volonté de comprimer les coûts, on peut supposer qu’il s’agit là d’une bonne affaire. Elles n’investissent pas pour faire acte de philanthropie mais pour réaliser du chiffre dans une filière industrielle prometteuse.
 
Il n’est pas impossible d’imaginer que le monde dans lequel nous vivons actuellement ne changera que peu au cours des prochaines décennies en restant centré sur le gaspillage d’une énergie présente pour tous à bas prix. Dans le cas possible d’un pétrole éternel, sans incidence sur le climat, productible partout, la révolution écologique tant promise ne restera alors qu’un projet mort-né.
Cela serait-il profitable à l’humanité ? À vous de me le dire !
N’hésitez pas à me faire part de vos critiques et de vos interrogations.
 
 
Thèmes

Agrocarburants Energies renouvelables Pétrole Energies fossiles Catastrophe écologique

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commentaires
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par Hervé (IP:xxx.xx1.57.113) le 19 mars 2012 à 21H42

Excellent papier. Vous souhaitez être critiqués mais vous n’avez pas laissé grand place !

Reste à voir l’ampleur exacte des installations nécessaires et diverses consommations au bon fonctionnement de ces systèmes biologiques pour voir si les ordres de grandeurs sont réalistes.

Reste aussi et surtout a appréhender leur dangerosité. (D’une certaine manière un microbe ayant muté peut être bien plus dévastateur sur l’environnement qu’une bombe H...)car au final, pour suivre la logique des couts... ce sont des lacs ou mer intérieures qui risquent d’être exploités. D’ou une certaine forme d’inquiétude tout de même.

Mais cette piste a de bonne chances d’aboutir, plus que la voiture électrique ou l’avion solaire...

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par Edouard33 (IP:xxx.xx3.63.133) le 20 mars 2012 à 01H55

Merci beaucoup pour votre commentaire, cela m’a fait très plaisir. Mais pour compléter mes propos, je pense que ce procédé possède un véritable avenir dans des petites îles lointaines et isolées telles La Réunion, la Martinique, ou la Guadeloupe. Tout d’abord, elles sont localisées dans des régions ensoleillées, par conséquent propices à la culture des micro-algues en extérieur. Ensuite, en raison d’une agriculture fortement orientée vers la canne à sucre, elles possèdent des quantités phénoménales de résidus inexploités. Or, ces derniers peuvent servir de nutriments de substitution dans le cas d’une production industrielle effectuée dans l’obscurité d’un hangar. Enfin, dans ces confettis de France éparpillés au milieu de la mer, les hydrocarbures classiques coûtent une véritable fortune en raison des difficultés logistiques et de la petitesse du marché local. Pour toutes ces raisons, la concurrence entre le pétrole fossile et son équivalent végétal me semble tout à fait envisageable dans ces microcosmes insulaires très spécifiques. Dans le cas d’une réussite économique et environnementale, j’espère que nos politiques auront l’intelligence de développer rapidement cette filière afin qu’elle puisse profiter au plus grand nombre.

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(IP:xxx.xx8.207.164) le 22 mars 2012 à 22H53

Pauvre innocent, si fabriquer du pétrole rentable était possible on l’aurait déjà fait.

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par Veste Moncler Pas Cher" (IP:xxx.xx2.223.130) le 1er janvier 2013 à 05H07

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