NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Plan Solaire Méditerranéen, l'ambiguïté nucléaire française

Article publié le 29 avril 2009

Je crois beaucoup au Plan Solaire Méditerranéen, une utopie concrète qui fait sens face aux enjeux énergétiques et sociaux d’une grande région baignée de soleil au Sud de l’Europe. Le Plan Solaire Méditerranéen (PSM) qui vise à fournir une énergie propre génératrice de paix, est donc fondamentalement une bonne initiative, malheureusement mise à mal par la France.

La France, à la manœuvre pour lancer l’Union Pour la Méditerranée (UPM) dont le PSM est une déclinaison concrète, joue un rôle ambigu qui n’en fini pas d’inquiéter nos partenaires euro-méditerranéens.

Sa gouvernance du PSM est déplorable car elle concentre toute l’information sur les projets en cours de labellisation, sans la partager avec les autres états membres de l’UE, ni avec la Commission Européenne, ni avec les organisations professionnelles concernées. Sa «  short list » de projets estampillés PSM relève quasiment du secret, tout comme la procédure et les critères de sélection. Cette gouvernance exclusive du PSM, marque de fabrique de Sarkozy, suscite un très fort mécontentement sur le manque de transparence, de la part de nos amis européens. Ça grogne à Berlin, Madrid et Vienne, où les enjeux industriels et commerciaux sont importants pour le secteur solaire. A Bruxelles, on prépare feuilles de route et « master plans », pour contrer l’hégémonie française.

La carte des 1ers projets « énergie renouvelables » qui seraient retenus par le PSM (IAP 2009-2010 with 10 GW of projects) :

Ce sentiment que tout ce qui concerne le PSM se décide à Paris (en liaison avec le Caire, l’Egypte étant co-président de l’UPM), ne serait pas si désastreux, si ce gouvernement n’était pas par ailleurs, le grand VRP de l’énergie nucléaire.

La France fidèle à son atom’cratie, ne voudrait-elle utiliser le PSM pour faire du green washing atomique ? En tout cas, son dossier de presse du PSM mentionne « la construction de capacités additionnelles d’électricité bas carbone, et notamment solaire, d’une puissance totale de 20 Gigawatt à l’horizon 2020 ». Cette « électricité bas carbone » ressemble à une fenêtre pour faire entrer l’électricité nucléaire dans le PSM. Des GW qui font rêver nos technocrates atomiques. Combien d’EPR, avec le PSM en alibi dans leurs rêves ?

En tous cas, le lobby de l’atome peut compter sur le gouvernement Sarkozy, qui ne ménage pas ses efforts pour vendre le nucléaire français. Ainsi, François Fillon en visite la semaine dernière (23 et 24 avril) en Tunisie, a signé huit accords de coopération franco-tunisiens, dont deux sur le nucléaire et aucun sur le solaire. Si le gouvernement français voudrait exporter son « Autorité de Sureté Nucléaire » pour accélérer la construction de centrales nucléaires au Maghreb, il n’a pas encore compris que l’enjeu industriel solaire était énorme.

A force de vanter l’énergie nucléaire comme priorité diplomatique, la France décrédibilise son engagement pour le Plan Solaire Méditerranéen. Elle désoriente ses interlocuteurs du Sud, qui attendent de l’Europe des transferts de technologies solaires capables de répondre à leurs besoins d’énergie actuels et futurs, plutôt que des centrales chères et dangereuses, longues à construire et à qualifier, qui font tant de tort à l’Iran qui voudrait se doter du nucléaire (civil et militaire).

Si Fillon est revenu heureux d’avoir placé deux accords pour le nucléaire civil aux retombées virtuelles pour notre économie, il pourra méditer sur les annonces du PDG de la STEG - Société Tunisienne de l’Electricité et du Gaz - M. Othman Ben Arfa, sur les trois projets d’investissement dans l’énergie solaire que va faire la société d’Etat. Le 21 avril soit quelques jours avant le passage de la caravane nucléaire française, la STEG officialisait :

- La réalisation et la mise en service d’ici 2014, de la première centrale thermo-solaire en Tunisie. Cette centrale aura une capacité de 25 mégawatts. 

- l’installation et la gestion sur la période 2011-2014, de 10 MW d’installations photovoltaïques sur 5.000 logements résidentiels (2 kW/maison).

La construction d’un bâtiment pilote de la STEG, économe en énergie et utilisant le solaire.

Alors que les toits tunisiens pourraient en 10 ans, se garnir en plus des traditionnelles paraboles, de panneaux solaires pour l’eau chaude et l’électricité. Que des centrales thermo-solaires vont pouvoir alimenter les besoins électriques du pays, en base et pas seulement en pointe. Que cela représente des retombées industrielles et sociales gigantesques. Et surtout, que c’est l’essence même du Plan Solaire Méditerranéen, la France est en retard d’une époque avec sa priorité diplomatique nucléaire. Son ambiguïté nucléaire entache sa crédibilité solaire.

Thèmes

Energie Politique Nucléaire Solaire

Bookmark and Share
39 votes

commentaires
votez :
par faxtronic (IP:xxx.xx3.127.45) le 30 avril 2009 à 15H44

Dites,je me trompe ou vous n aimez pas le nucleaire ??

votez :
par Croa (IP:xxx.xx4.248.46) le 30 avril 2009 à 15H45

L’auteur a écrit : « Que des centrales thermo-solaires vont pouvoir alimenter les besoins électriques du pays, en base et pas seulement en pointe. »

Une explication est nécessaire si nous voulons que le lecteur lamda y pige quelque chose ! ;-)

En effet, le photovoltaïque ne produit que lorsque le soleil est là. Celui-ci présente toutefois l’avantage d’une production répartie (micro-centrales très nombreuses) donc avec peu de pertes en lignes.

Le thermo-solaire peut en effet lui être complémentaire. Ces centrales, plus grosses mais pouvant faire l’objet d’une répartition régionale, peuvent être à accumulation et donc produire la nuit. La chaudière solaire transforme pendant la journée la chaleur reçue du soleil en eau surchauffée. Cette eau à très haute pression est accumulée dans d’énormes réservoirs hautement isolés appelés "accumulateurs de vapeur" (bien que contenant de l’eau surchauffée !) On prélève la vapeur nécessaire aux turbo-alternateurs la nuit en partie haute des accumulateurs de vapeur.

L’ensemble constitue bien une alimentation de base parfaitement apte à remplacer le nucléaire au moins dans les régions bien ensoleillées, CQFD.

votez :
par Pierrot (IP:xxx.xx1.23.48) le 30 avril 2009 à 16H01

Bonjour, Je ne commprend pas pourquoi certains opposent le nucléaire à l’énergie solaire (thermique, à concentration ou photovoltaïque).

A titre d’exemple le CEA (impliqué dans le nucléaire) est un acteur majeur au sein de l’organismes INES (plusieurs centaines de chercheurs) et est en pointe sur la recherche concernant l’énergie photovoltaïque (micro couche de 1 micromètre d’épaisseur de silicium ultra pur, semi conducteurs organiques etc...).

L’énergie nucléaire est l’énergie de base, mature et industrielle pour la production d’électricité. Durable, peu chère, sûre, n’émettant pas de gaz à effet de serre en fonctionnement et économique.

L’énergie solaire est en cours de recherche et développement pour le futur (quelques décennies au mieux). Elle n’émet pas de gaz à effet de serre , est renouvelable mais présente ACTUELLEMENT quelques inconvénients : aléas météo, diluée, cher et ne représente que moins de 0,01 % de la production d’électricité nationale française.

Ce sera certainement un contributeur majeur des énergies de demain, sous réserve que les axes de recherche débouchent sur une industrialisation.

Bonne journée.

votez :
par Héloïm Sinclair (IP:xxx.xx3.214.242) le 1er mai 2009 à 14H22

Cher Pierrot,

Petit rappel historique : c’est la décision de développer massivement l’énergie nucléaire en France, qui y a fait avorter le dvt de l’énergie solaire. Le lobby du nucléaire s’y est employé, et s’y emploie encore...

Donc, le 1er opposant au solaire en France, a été et est encore, notre technocratie atomique (politique, administration, et grands corps). Je ne suis qu’un modeste citoyen qui interroge cette doxa.

Pour l’INES, l’institut national de l’énergie solaire, il me paraît bien étrange (colbertiste ?) de concentrer tous les moyens ou presque sur la recherche solaire dans les mains du CEA, Commissariat à l’Energie Atomique. Un outil scientifique brillant, certes, mais lié par essence aux intérêts du nucléaire. Le discours officiel au CEA est plus de moyens pour la recherche (pour eux), il sera toujours temps de développer le marché solaire plus tard... Résultat, notre tissu industriel solaire est anémié en regard du secteur allemand.

Votre exemple des 0,01 % de contribution du photovoltaïque est symptomatique. C’est à cause de nos technocrates atomiques que la France à une contribution solaire si marginale. A cause des mêmes qu’elle ne vise que 1% en 2020 d’électricité solaire pour la consommation d’élec, tandis que nos voisins vise 4, 6 ou 10 %. Et encore, nous avons la chance d’avoir eu le Grenelle de l’Envt, avant la France ne visait que 0,1 % pour 2020 !!

L’énergie nucléaire en base de notre demande, c’est le modèle français, qui n’est pas forcément exportable aux autres pays, du Maghreb ou d’ailleurs. C’est une technologie trop dangereuse.

Je prétends qu’il vaut mieux installer plus de 3 GW de solaire à concentration d’ici 5 ans, que d’installer 2 EPR. Cela ira plus vite et sera moins cher, et surtout immensément moins dangereux que le risque nucléaire (prolifération, attentats, déchets, ...). La technologie est mature, en 15 à 20 ans, elle deviendra la source principale de production d’électricité. Ne vous en déplaise, cher pierrot, ce n’est pas une échéance d’un lointain futur. Et cela rend caduque le choix nucléaire au Maghreb.

Les technologies solaires n’attendront pas quelques décennies pour se développer massivement, quoi qu’en pense notre élite de l’atom’cratie. Elles sont en cours d’industrialisation massive partout dans le monde, et notre priorité diplomatique nucléaire paraîtra bien ridicule et obsolète, quand les entreprises solaires allemandes, américaines, espagnoles, israéliennes, japonaises, ... règneront sur le marché de l’énergie au Maghreb.

votez :
par Pierrot (IP:xxx.xx1.23.48) le 6 mai 2009 à 18H44

à Héloïm Sinclair,

L’INES est considéré comme un des laboratoires de recherche les plus en pointe et performant dans le monde.

Dans un article récent du journal LE MONDE, les experts et industriels de l’énergie solaire thermique, à concentration et photovoltaïque affirmait que ce développement était lié aux progrès (meilleur rendement : actuel 20 % au mieux, moindre côut : limitation de la quantité de silicium mono ou polycristallin, autres semi conducteur : polymères dopés etc.)

Je pense que le journaliste a raison. L’énergie solaire doit et progressera.

Bonne journée.

votez :
par Internaute (IP:xxx.xx3.125.198) le 30 avril 2009 à 17H24

Le nucléaire c’est l’avenir. Voilà une énergie propre, trés dense ce qui économise la pollution due aux approvisionnements et parfaitement sans danger.

L’accident de l’île de 5kms et celui de Tchernobyl n’ont pratiquement pas pollué ni causé de dégâts à long terme sur les populations. Tchernobyl n’a causé que 200 cancers de la tyroïde sur une population de plusieurs millions et encore parceque les mesures appropriées (contrôle de la consommation de lait) n’ont pas été prises au bon moment. Je sais, cela ternit un peu les clichés des anti-nucléaires.

http://fr.rian.ru/analysis/20090427...

votez :
par Degonde (IP:xxx.xx2.252.12) le 6 mai 2009 à 11H54

Commentaire d’Internaute : degré zero ; vraiment n’importe quoi !!

votez :
par karva (IP:xxx.xx1.56.59) le 13 mai 2009 à 17H07

Je suis tout à fait d’accord avec vous :

Le nucléaire, c’est l’avenir !

MAIS il faut toujours faire un effort pour bien informer : L’exemple peut en être justement Tchernobyl. Il y a et il y aura toujours des polémiques sur les victimes de Tchernobyl. Par exemple, on trouve des chiffres fantaisistes sur le nombre de "liquidateurs" victimes (on parle de dizaines de milliers).

MAIS on sait quand même des choses : on estime, et je crois que cela est difficile à discuter que quelque 4000 cancers de la thyroide se sont développés et se développeront chez des gens qui étaient des enfants au moment de l’accident. La raison en est la particulière sensibilité de cet âge à l’oide radioactif (les isotopes de l’iode en question disparaissent en quelques semaines).

Donc une bonne confiance dans l’intérêt d el’énergie nucléaire ne doit pas nous aveugler : il n’y arien de parfait, et il faut un bon contrôle et une bonne information.

C’EST COMME CELA QU’ON POURRA CONTRER LES OBSURANTISTES !

votez :
(IP:xxx.xx6.213.197) le 30 avril 2009 à 17H41

à l’auteur Je partage - et ce depuis très longtemps - votre avis sur ce sujet "maghrébin". D’autre part, je crains fort que contrairement à ce qui a été déclaré officiellement, la Tunisie serait incapable de payer une centrale nucléaire et que les accords passés pourraient concerner les...déchets nucléaires. Sachez que depuis peu la commercialisation de l’énergie solaire "individuelle" a débuté en Tunisie et que plusieurs fournisseurs installateurs ont pignon sur rue. Sachez également que l’énergie éolienne (elle existe déjà au Cap Bon) est également en voie d’extension. Alors le nucléaire, c’est à voir.

votez :
par Denis1 (IP:xxx.xx3.73.231) le 1er mai 2009 à 07H33

Il existe toute une panoplie de moyen de créé de l’énergie propre avec les systèmes des moteurs stearling, c’est pas très compliqué a mettre en place, il faudrait seulement un peut plus de volonté....

Les Auteurs deÉnergies
Pierre Yves - 1 articles
J. Yster - 11 articles
Pierre FG - 1 articles
Dynamicsauto - 37 articles
rcoutouly - 65 articles
lucazal - 3 articles
çaDérange - 299 articles
Mobilité durable - 178 articles