Article publié le 2 mai 2007
Séduisants parce qu’ils ne participent guère à l’effet de serre, les agro-carburants sont-ils pour autant une si bonne solution ?
Avec l’augmentation du prix du pétrole et la prise de conscience du fait qu’il s’agit d’une ressource limitée et non-renouvelable, les carburants produits à partir de plantes sont brusquement devenus à la mode (avec quelques nuances toutefois, comme nous l’avons déjà indiqué).
Et, par un joli renversement linguistique, l’usage du terme ’biocarburant’ s’est répandu à grande vitesse, alors même qu’il s’agit de produire du carburant de manière on ne peut plus extensive et dévoreuse ... d’énergie.
Dans un intéressant article publié le 24 mars 2007 sur le sujet, Dominique Guillet explique ainsi : « Voyez avec nous le désastre. L’ usine de Goldfield transforme tous les ans 450 000 tonnes de maïs (pour produire 190 millions de litres d’éthanol) mais, pour ce faire, elle brûle tous les jours 300 tonnes de charbon (qui arrivent par camion de bien loin) et elle relâche benoîtement du CO2 dans l’atmosphère. (...) Tentons d’esquisser un bilan (provisoire) de la centrale de Goldfield dans l’Iowa. Pour produire 1 litre d’éthanol, il faut transformer 2,37 kilos de maïs, brûler 500 grammes de charbon et utiliser 4 litres d’eau. »
Dominique Guillet s’alarme de la tendance a appauvrir les sols et à espérer compenser par toujours plus d’intrants. « L’affaire est simple : toute biomasse qui est brûlée pour produire de l’éthanol pour les riches est de la biomasse qui ne retourne pas à la terre. Dans un milieu tempéré, il faut 500 ans à l’écosystème pour recréer 2,5 cm de sol, » rappelle-t-il, prédisant, avec Pierre Rabhi, un « tsunami alimentaire » quotidien si l’on va plus avant dans développement massif de la culture des agro-carburants.
On trouve comme un faible écho de ces terribles inquiétudes, dans la consultation lancée par la commission européenne et intitulée « la question des agro-carburants dans la nouvelle législation promouvant les énergies renouvelables ».
Le 10 janvier 2007, en effet, la commission européenne fixait l’objectif que 20% de l’énergie consommée dans chaque pays de l’Union soit d’origine renouvelable. Plus particulièrement pour les carburants, elle posait une contrainte d’utilisation d’au moins 10 % d’agro-carburants, accompagnant toutefois cet objectif de la définition d’un schéma de durabilité (sustainability scheme).
C’est sur ce dernier aspect que les européens sont invités à donner leur opinion via cette consultation, ouverte jusqu’au 4 juin 2007 et qui s’adresse aux autorités publiques, entreprises, organisations non gouvernementales et aux autres parties intéressées, qui sont invitées à répondre à quatre questions :
comment concevoir un système de viabilité à long terme des biocarburants ?
comment surveiller l’incidence globale des biocarburants sur l’utilisation des terres ?
comment encourager l’utilisation des biocarburants de deuxième génération ?
quelles sont les autres mesures nécessaires pour parvenir à une part de biocarburants de 10 % ?
Le document de consultation (.pdf de 53 Ko) n’est publié qu’en anglais, mais les réponses peuvent être rédigées dans n’importe quelle langue de l’Union. Elles doivent être envoyées à TREN-BIOFUELS-CONSULTATION@ec.europa.eu
Les quatre questions sont tournées de telle manière qu’elles tracent comme horizon incontournable le maintien ou l’augmentation de la consommation de carburant ... mais on n’est pas obligé de tomber dans le panneau.
Thèmes
Biodiversité Climat Changement climatique Transports Energie CO2 Bio Agrocarburants Automobiles Europe Pétrole
Bon article. Je suggère aux lecteurs d’aller sur le site de J.M Jancovici et de lire l’un de ses article sur les biocarburants afin d’avoir une approche très" énergétique" du problème. C’est clair et édifiant de l’absurdité de la démarche des probiocarburants. le site : www.manicore.com
léonard
bio n’est pas une marque déposée qui veut dire respectueuse de la nature ! on peut bien parler de biocarburant si l’on veut ! le terme agrocarburant reste neemmoins interressant
je pense que pour les décideur c’est clair,et çà doit l’etre pour chacun : les biocarburants sont là pour limiter (faiblement) la dependance au petrole importé et pas pour limiter le réchauffement global ! et la dégradation de l’envirronnement et l’augmentation des prix agricole semble moins important que les nouveaux débouchés pour le monde agricole !
Les biocarburants sont séduisants, à condition de ne pas regarder le bilan énergétique de leur production, ni la surface de terres cultivables à utiliser pour remplacer une partie seulement du pétrole utilisé à ce jour en France.
La situation est identique dans le reste du monde, sans doute pire dans les régions tropicales. Celles-ci permettent un meilleur bilan énergétique à court terme (en utilisant beaucoup de produits chimiques pétroliers), mais les sols de ces régions sont fragiles et deviendraient rapidement stériles, sans compter les ravages de la déforestation.
Lorsque l’on étudie la consommation de pétrole (carburants, engrais et autres produits pétrochimiques) utilisée pour produire l’équivalent en biocarburants, on constate qu’il faut, sur un hectare de culture, en tonne équivalent pétrole (tep) :
huile de colza : 0,50 tep consommée pour produire 1,37 tep = 0,87 tep à l’hectare,
huile de tournesol : 0,29 tep pour 1,06 tep = 0,77 tep / ha,
éthanol de betterave : 3,22 tep pour 3,98 tep = 0,76 tep / ha.
Pour produire l’équivalent des 49 millions de tonnes de pétrole consommées par les seuls transports (sans compter les autres usages) il faudrait utiliser dans le meilleur des cas (huile de colza) 56.400.000 hectares (564.000 km2) soit plus que la superficie de la France et 3,6 fois la superficie des terres cultivées en France.
A lire ici : La fin progressive du pétrole sans oublier que
à partir de 2007 ou 2008, la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus important,
nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans de celle d’aujourd’hui, car les réserves de pétrole ont été surestimées.
Il ne sert à rien de diaboliser les biocarburants, parce qu’il qu’ils ne peuvent à eux seuls solutionner la question du remplacement des carburant pétroliers.
Notre première réflexion doit être de nous interroger sur la pertinence de notre consommation effrénée et sur la maîtrise de la demande mondiale. A commencer par le niveau de population que la terre peut supporter. A cette population mondiale on doit aussi attacher un niveau de vie jugé minimal qui soit compatible avec les possibilités de production de l’écosystème mondial en relation avec le développement technologique et social.
La solution au développement (ou à la survie) ne peut être exclusivement technique, les biocarburants de seconde génération ne serviront à rien si l’on ne maitrise pas la demande.












