Article publié le 7 février 2008
Parfois, les idées qui nous semblent géniales posent davantage de
problèmes qu’elles n’en règlent. Les biocarburants sont à ranger dans
cette catégorie. Plus nous en consommerons, plus le coût des aliments
risque d’augmenter. Pire, une bonne partie des productions agricoles
destinées à nous nourrir risque d’être diversifiée vers cet or vert
tant convoité sans pour autant régler les problèmes environnementaux.
L’augmentation du prix du pétrole est telle que les énergies
alternatives, plus chères à produire, peuvent le concurrencer. Or il se
trouve que, pour ce moment, une large part de ces énergies devenues
plus compétitives est produite à partir de la biomasse.
Les investissements mondiaux dans la bioénergie ont atteint, en 2007,
des niveaux records : plus de 21 milliards de dollars US selon le
Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) (Record Financing For Biofuels, Not Food).
La Banque interaméricaine de développement a investi 3 milliards de
dollars dans des projets de production de biocarburant au Brésil l’an
passé. La Banque mondiale disposait pour sa part de 10 milliards de
dollars pour de tels projets. En comparaison, elle n’a consacré qu’un
milliard à des projets de production agricole, tandis que les fonds
pour soutenir de tels projets sont en baisse constante (3,4 milliards
de dollars en 2004, selon les derniers chiffres disponibles).
Les « agrocarburants », comme les appellent les groupes qui demandent un
moratoire sur leur production, sont une menace à la sécurité
alimentaire, sans compter le tort causé par les fertilisants, les
herbicides et les pesticides aux forêts et aux cours d’eau, ainsi que
la disparition des petits producteurs terriens (Appel de l’Afrique à un moratoire sur les développements d’agrocarburant).
David Fridley, du Lawrence Berkeley National Laboratory, est loin
d’être convaincu du bien-fondé de la décision récente du gouvernement
américain d’encourager la production d’énergie dite verte, en
particulier l’éthanol :
Fridley accordait en juin dernier une entrevue au titre évocateur, dans le cadre de l’émission Reality Report : The Myths of Biofuels. Je vous recommande fortement de l’écouter, car celui qui fait l’entrevue réussit le tour de force d’obtenir en 45 minutes un tour d’horizon complet de la production des biocarburants aux États-Unis et ailleurs dans le monde. L’impression qui s’en dégage est que les industriels et les investisseurs qui les soutiennent, avec l’appui financier des gouvernements, ont réussi à nous vendre leur salade.
Dans cette entrevue, nous apprenons que pour la première fois les États-Unis consacraient davantage de maïs à la production d’éthanol que la quantité totale de maïs qu’ils exportent dans le monde. Or, les États-Unis produisent 70% du maïs au monde. Nous apprenons aussi que l’Indonésie s’est lancé dans la plantation à grande échelle d’huile de palme destinée à produire du biodiesel, au point où ce pays court vers une catastrophe écologique tout en contribuant à augmenter considérablement la quantité de CO2 dans l’atmosphère.
Récipiendaire en 2007 d’un prix des Nations Unies pour son engagement citoyen, l’Institut Okland dénonçait en ces termes la géopolitique des agrocarburants lors d’une rencontre internationale en juin dernier :
La directrice de l’Institut, Anuradha Mittal, n’en revenait pas, lors d’un récent voyage dans son pays d’origine, l’Inde, de la superficie de terres agricoles enlevées des mains des plus pauvres (taken away from poor people) par les producteurs d’agrocarburant.the so called "biofuels" and the generation of energy through biomass as a whole, as promoted by governments, corporations, development agencies, the United Nations, financial international institutions and other agents interested in industrial production and international trade – does NOT change, but PERPETUATE the model of production and consumption of the modern, urban and industrial social, political and economic order.
Pour elle, les agrocarburants sont une fausse solution face au problème du réchauffement climatique qu’ils contribuent même, dans bien des cas, à aggraver.
Mais de quoi nous plaignons-nous. Le marché n’est-il pas la façon la plus efficace d’améliorer le sort de l’humanité ? Tout beigne dans l’huile.
Une remarque avant de mentionner des liens vers des informations complémentaires : évitez de parler de biocarburants, ceux-ci n’ont rien de "bio" au sens habituel. Ce sont des AGROcarburants, des carburants d’origine agricole.
Comme le montre cette étude : La pauvreté roule aux biocarburants L’objectif pour les sources d’énergie renouvelables pourrait s’avérer désastreux pour les gens défavorisées.
Ces autres dossiers le confirment :
La faim, la bagnole, le blé et nous de Fabrice Nicolino : les désastres provoqués par les agrocarburants
Mettez du sang dans votre moteur ! La tragédie des nécro-carburants de l’association Kokopelli
Et les agrocarburants sont devenus une des causes essentielles de la déforestation et de l’augmentation des émissions de CO2 qui en est la conséquence :
La palme du réchauffement synthèse en français de "Cooking the climate" (pdf)
Cooking the climate en anglais (La palme du réchauffement)(pdf)
Enfin, la solution prônée par certains d’augmenter le nombre de réacteurs nucléaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne doit pas faire illusion ni cacher la réalité : Electricité, nucléaire et CO2
Doubler le nombre de réacteurs nucléaires dans le monde ne ferait que réduire de 4% les émissions de gaz à effet de serre, alors que remplacer tous les réacteurs nucléaires par des centrales au gaz contribuerait sept fois moins que la déforestation à l’augmentation des gaz à effet de serre.
Car la déforestation, en bonne partie pour produire des agrocarburants, produit autant de CO2 que TOUS les combustibles fossiles utilisés pour la production d’électricité dans le monde, 17 à 18% des gaz à effet de serre.
Pour le premier lien, lire ... " Comme le montre cette étude : La pauvreté roule aux biocarburants L’objectif pour les sources d’énergie renouvelables pourrait s’avérer désastreux pour les gens défavorisées. " (pdf)
Biocarburant, agrocarburant, ... Le choix des mots n’est pas anodin.
Bien sûr, biocarburant, ça fait penser à Bio, comme le label ; mais étymologiquement, ça veut seulement dire "vie", et donc des carburants d’origine "vivante". Rien de choquant dans cette interprétation. Après, il y aura toujours un ou deux malins pour ergoter que les premiers carburants étaient déjà d’origine biologique, et que le pétrole lui-même est d’origine biologique. A juste titre. Et puis il ne faut pas se voiler la face : les industriel trouvent un clair intérêt dans la confusion entre les acceptions étymologique et contemporaine du préfixe "bio"...
Alors, faut-il dire "agrocarburant" ? Parfois, ça peut être juste, mais cela sous-entend que les carburants sont d’origines agricole. Or, tous les "biocarburants" ne sont pas d’origine agricole : certains sont produits de manières purement industrielle. Aujourd’hui, le mot est employé de manière très minoritaire dans les institutions, et est surtout employé dans les organisations militantes.
J’aime bien aussi l’expression "nécrocarburant" employée par Dominique Guillet, mais je doute qu’elle soit pérenne...
Alors, quel mot utiliser ? A ma connaissance, aucun mot ne désigne à la fois de manière neutre et exhaustive ce dont il est question. Je proposerais bien "phyto-carburant", mais on trouvera bien un laboratoire qui produira des carburants à base de résidus de liposuccions...
Le choix de "biocarburants" dans le titre n’est pas innocent. La grande majorité des internautes vont chercher ce terme dans leur engin de recherche. En lisant, je crois qu’ils comprennent que, au bout du compte, le terme agrocarburants est plus approprié pour les carburants produits dans cette filière. En anglais, on trouve souvent "Biofuels" http://tinyurl.com/3437ce
une remarque essentielle que d’autres commentateurs vous ont fait, et qui est essentielle :
ce ne sont pas des "bio" carburants,
ils sont seulement "agro" carburants,
le bio n’a rien avoir avec çà, et l’utilisation de cette appelation est seulement le fait de petits malins de la com, qui espèrent nous faire avaler cette pillule.
les agro carburants vont etre à l’origine d’une famine dans les pays ou ils sont mis en place.
déforestation,
augmentation du prix des légumes,
pour un résultat écologique plus que contestable.












