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Après les biocarburants, les biocarburants (sans polémique)

Article publié le 28 janvier 2009

Les biocarburants, d’abord encensés, ont ensuite été décriés. Mais il existe bien d’autres biocarburants que ceux que l’on connaît, et ceux-là ont un avenir

Après les biocarburants, les biocarburants (sans polémique)

Un biocarburant est un carburant liquide issu de la transformation des matières végétales produites par l’agriculture (betterave, blé, mais, colza, tournesol, pomme de terre…). Les biocarburants sont assimilés à une source d’énergie renouvelable. Leur combustion ne produit que du CO2 et de la vapeur d’eau et pas ou peu d’oxydes azotés et soufrés (NOx, SOx).


Il existe deux filières de production de biocarburants : la filière de l’éthanol et la filière des esters :

• Incorporé dans les supercarburants, le bioéthanol est extrait de la betterave, de céréales, de pommes de terre ou de la biomasse, terme qui désigne ici un ensemble de déchets végétaux (paille, résidus de bois…). Les sucres contenus dans ces matières premières sont transformés en alcool par fermentation, processus qui dégage du gaz carbonique (CO2).

D’après Courrier international, qui a consacré à la question un dossier en mai 2007 sous le titre « Les biocarburants : l’arnaque  », le premier reproche à faire à ce biocarburant pointe les énormes quantités de végétaux nécessaires à sa fabrication, alors même que ces plantes sont normalement dévolues à l’alimentation humaine. Ainsi, pour faire le plein d’un gros 4x4, il faut 200 kg de maïs, soit assez de calories pour nourrir une personne une année durant... Or, la consommation mondiale de biocarburants ne cesse d’augmenter, encouragée par les Etats. Dans son discours sur l’état de L’Union de 2007, G. W. Bush a ainsi annoncé sa volonté de voir les biocarburants représenter 15% du carburant utilisé aux Etats-Unis. Cet engouement pour les biocarburants a donc été soupçonné de provoquer pour partie la flambée des prix alimentaires que nous subissons aujourd’hui, et se trouve au Coeur des débats actuels sur le sujet : ainsi, au sein du Parlement Européen, les agrocarburants suscitent un important débat entre les eurodéputés et les Etats membres de l’Union Européenne. Certains s’inquiètent de l’impact des biocarburants issus de culture vivrière sur l’environnement, d’autres veulent maintenir l’objectif de 10% d’énergie renouvelable dans les transports d’ici à 2020. Un compromis a été adopté  : d’ici 2015, 5% des carburants utilisés dans les états membres doivent provenir d’énergies renouvelables et de 10% d’ici 2020. En outre, seuls les agrocarburants permettant de réduire de 35 % les émissions de CO2 par rapport aux carburants traditionnels seront certifiés dans un premier temps. Les députés ont appelé la Commission à mettre en place un régime de sanctions à l’encontre des Etats membres qui ne respecteraient pas les objectifs communautaires. L’association Greenpeace a salué les mesures prises par les eurodéputés. D’après lemonde.fr, les eurodéputés sont « entrés dans le vif de la négociation du « paquet climat-énergie » mercredi 17 et jeudi 18 septembre.

La toute récente polémique en France suite à l’ouverture de l’usine du groupe Cargil, qui vient d’être implantée en Loire-Atlantique, illustre le retournement de l’opinion contre ces carburants naguère présentés comme la solution miracle à la crise de l’énergie.

Des solutions alternatives existent par ailleurs. Par exemple, celle de fabriquer du biocarburant à partir de plantes non comestibles, telle la Jatropha curcas (encore appelée Pourghère, Pignon d’Inde ou Médicinier, voir ici) qui est vénéneuse. Plante d’autant plus pratique qu’elle pousse presque sans soin et peut vivre 50 ans. Par ailleurs, la solution peut venir de l’éthanol cellulosique. Cette sorte d’éthanol est produite grâce à toute sorte de matière végétale, comme les tiges de maïs, la paille de blé, les copeaux et la sciure de bois, etc. Malheureusement, le développement de cette filière est pour le moment entravé par les coûts de fabrication plus élevés.

Une autre option, qui consiste dans le recyclage des huiles alimentaires usagées, a le vent en poupe aujourd’hui : en témoigne le succès de l’association Roule ma Frite, qui propose de remplacer une partie du carburant des moteurs diesel par de la vieille huile de friture, et qui ne cesse de croître (250 à 450 adhésions en quelques mois).Toutefois, l’interdiction française d’utiliser l’huile recyclée comme énergie alternative persiste, motivée notamment par le caractère cancérigène de l’acrolyne, gaz dégagé lors de la combustion.

• Mélangés à du gazole, les esters méthyliques d’huile végétale (EMHV) sont obtenus à l’issue d’une réaction entre une huile végétale (notamment de colza ou de soja) et du méthanol, laquelle produit de la glycérine. En associant 1 tonne d’huile à 100 kg de méthanol, on obtient 1 tonne d’ester méthylique et 100 kg de glycérine. L’EMHV peut aussi être incorporé au fioul domestique. En Europe, il est appelé « biodiesel » ; en France, Sofiprotéol, l’établissement financier de la filière française des huiles et protéines végétales, a déposé la marque «  diester », contraction de diesel et ester. Ce terme est devenu commun pour désigner l’EMHV en France.

Toutefois, des scientifiques américains affirment que le biodiesel ne réduirait pas le réchauffement climatique : il serait au contraire responsable de davantage d’émissions de gaz à effet de serre que le diesel conventionnel.
Les chercheurs de SRI consulting, un centre de recherche pour l’industrie chimique, ont comparé les émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’ensemble du cycle de vie, de la production à la combustion par les véhicules. Les résultats montrent que la culture du colza destiné à faire du carburant produit autant, voire plus de GES que le diesel issu du pétrole. Celui-ci émet 85% de GES lors de sa combustion. Les émissions produites par le colza auraient lieu pour les 2/3 pendant la culture, lorsque les terres cultivées émettent de l’oxyde nitreux, 300 fois plus nocif que le CO2 du point de vue de l’effet de serre. Les chercheurs vont plus loin en affirmant que si les espaces dédiés au colza étaient utilisés pour faire pousser des arbres, ils absorberaient les 2/3 des émissions attribuées au diesel conventionnel.


Devant ces différents problèmes, les industriels ont développé des biocarburants dits de seconde génération  :

Cette nouvelle génération de biocarburant offre l’énorme avantage de pouvoir être produite en utilisant la totalité de la biomasse ligno-cellulosique (pailles, bois, déchets, …). Ces biocarburants offrent un gain de productivité d’au moins un facteur 2 par rapport aux biocarburants de 1ère génération et l’on estime que leur production annuelle, une fois optimisée, peut se situer au-delà de 15 Mtep (millions de tonnes équivalent pétrole par an), la France important chaque année 50 Mtep de pétrole environ pour le transport.


Deux pistes principales sont développées actuellement  :

La production de gazole et de kérosène par une méthode thermochimique (filière « Biomass to Liquid » ou BtL). Elle vise à produire un carburant liquide de synthèse à partir de la biomasse.

La deuxième filière vise à produire de l’éthanol à partir de plantes entières. Celles-ci sont hydrolysées par des microorganismes pour obtenir du sucre (glucose) qui est ensuite fermenté pour produire du bioéthanol.

D’autres recherches portent sur la transformation de micro-algues autotrophes en biocarburant. Ces microorganismes peuvent accumuler jusqu’à 50% de leur poids sec en acides gras. La culture de micro algues en serre présente l’avantage d’être moins consommateur de place et de contrôler complètement le cycle de l’azote et du phosphore et l’apport des éléments nutritifs.

Les premières estimations de bilan énergétique de ces nouveaux biocarburants montrent qu’il pourrait produire 3 à 4 unités d’énergie pour une unité consommée. Ces technologies sont encore au stade de la recherche et leur viabilité économique et écologique reste à étudier.

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Développement durable Agrocarburants Automobiles

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commentaires
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par olivier.naturavox (IP:xxx.xx8.203.157) le 28 janvier 2009 à 16H51

Bonjour,

Très bon article sur les biocarburants, il reste néanmoins que les meilleurs scénarii proposent comme vous l’exprimez, un rapport 1/4 unité d’énergie ce qui sous-entend une consommation d’énergie (pétrole) encore importante. A moins que cette énergie primaire puisse être d’origine renouvelable.

Si cette recherche est porteuse, prise sous un angle d’indépendance énergétique, il reste à évaluer l’impact écologique d’une industrialisation de ce procédé.

Reste la question économique qui gouverne toute entreprise et qui déterminera la viabilité à long terme. N’oublions pas que certains jouent les apprentis sorciers en répandant de la limaille de fer dans l’océan pour augmenter sa capacité à stoker du CO2 ! Mais quel impact sur les fonds marins et comme on parle en milliers de km², sur l’écosystème global ?

Olivier

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par Ecoloteky (IP:xxx.xx1.4.119) le 1er février 2009 à 17H04

Pour la limaille de fer (comme je l’appelle), je suis en train de rédiger un article dessus : les résultats sont pour l’instant très en dessous des espérances, et je vais vous dire : c’est tant mieux ! la chaîne alimentaire allait en être modifiée sans que l’on sache vraiment où ça partait... :-/

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(IP:xxx.xx1.196.141) le 28 janvier 2009 à 18H01

Il y a deux sortes d’agrocarburants : ceux produits dans le Nord et ceux produits dans le Sud.

Ceux produits dans le Nord ne sont que des moyens détournés de soutenir massivement des filières agricoles. Maïs aux Etats-Unis, maïs et betterave en France, colza pour le Diester. Les rendements énergétiques sont ridicules voire négatifs. Les gains en gaz à effet de serre pareil.

Pensez par exemple que la France utilise 67% de son colza pour faire du Diester très coûteux, mais devient ainsi déficitaire en huiles alimentaires. La France importe la moitié de ses besoins en huile alimentaire notamment sous forme d’huile de palme provenant de la destruction des forêts tropicales indonésiennes...

Dans le Sud, deux productions peuvent être intéressantes : la canne à sucre et le palmier à huile. Par contre les conditions sociales et environnementales sont souvent catastrophiques. De toute façon, il n’y aura jamais assez de terres pour fournir la planète.

Alors, pour justifier les énormes subventions englouties dans des filières inefficaces, on nous fait miroiter les carburants de seconde génération. Ceux qui utiliseront la cellulose de toute la plante sont loin d’être au point. En plus, si vous enlevez toute la paille d’un champ, il faudra compenser par d’autres apports, sinon votre sol sera vite infertile.

Quant au jatropha, si on veut de vrais rendements, il faudra irriguer, mettre des engrais, etc...

Bien sûr Monsanto, Syngenta et les autres vont bientôt nous sortir des plantes énergétiques modifiées génétiquement. Quant on voit ce que donne le soja GM en Amérique du sud, on ne peut que craindre ces fausses solutions pronées par les mêmes multinationales. Les mêmes causes auront les mêmes conséquences : exode rural massif, paupérisation des populations rurales, pollution massive par les pesticides, etc...

Les agrocarburants peuvent être des solutions locales, grâce à des micro projets menés par les gens du crû, pour eux-mêmes.

Les immenses monocultures que ce soit de soja, de jatropha, de palmier à huile ou de canne à sucre posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

Les agrocarburants de seconde génération sont une escroquerie destinée à nous faire accepter avec patience l’escroquerie des agrocarburants de première génération.

MH

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(IP:xxx.xx3.70.22) le 28 janvier 2009 à 22H18

Les agrocarburants de seconde génération sont une escroquerie. => Vous auriez dû arrêter votre phrase là. Et j’en sais qqchose, je travaille parfois sur un projet BtL "novateur" ...

Heureusement qu’on crévera de faim avant de désertifier toute la planète ...

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par Utopiste ? (IP:xxx.xx4.88.109) le 30 janvier 2009 à 14H18

Comment expliquer que l’on verse(l’europe) des primes à l’arrachage aux viticulteurs alors que l’on pourrait utiliser le raisin( qui sert à faire de l’alcool je crois) pour faire du "carburant" et permettre ainsi à ces mêmes viticulteurs de vivre de leur travail.Cela n’aurait aucune incidence sur les cultures vivrières. Suis-je un doux réveur ???

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par Olivier Daniélo (IP:xxx.xx9.18.136) le 5 février 2009 à 01H48

Dans l’article : "Des solutions alternatives existent par ailleurs. Par exemple, celle de fabriquer du biocarburant à partir de plantes non comestibles, telle la Jatropha curcas"

Mon avis : Hmm...Attention. Je donne mon point de vue dans ce billet : http://www.naturavox.fr/Quels-seron...

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par seik (IP:xxx.xx1.8.87) le 8 février 2009 à 11H13

l’armée Américaine s’intéresse aussi aux biocarburants , mais à base d’algues ; et apparemment ils ont les moyens ; http://energiesdelamer.blogspot.com...

c’est une autre voie dont on parle peu mais ou la compétition est féroce !!

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