Article publié le 16 mars 2007
De retour du supermarché qui égaie la sortie est de Pau (64000), je jette un œil distrait sur le couvercle de la boite de 12 œufs frais qui figure parmi mes nombreuses emplettes. Elle vient de Villeneuve d’Ascq (59491). Ainsi donc, l’endroit en question se fourni à l’autre bout de la France. Afin que le consommateur béarnais puisse déguster des œufs frais « pondus du jour », un camion traverse la France du nord au sud, puis remonte vers le nord. Pour rentabiliser le voyage, il se peut d’ailleurs qu’il retourne « là-haut » chargé d’œufs du Béarn, certainement très appréciés des consommateurs nordistes ; toutefois, je n’ai pas poussé mes investigations jusqu’à vérifier cette hypothèse farfelue. Mais il y a pire... J’étais il y a peu à Lagos, capitale économique du Nigeria. La cervelle encore embrumée d’une nuit partiellement trop arrosée, le pot de marmelade d’ananas qui me nargue sur la table du petit déjeuner fini de me réveiller : il vient... du Danemark ! Je n’ai pas trouvé de statistique concernant la production ananassière du Danemark, mais s’ils s’y mettent à grande échelle, il est effectivement grand temps de s’occuper du réchauffement de la planète ! Le sucre servant à confectionner cette merveilleuse confiture viendrait-il par hasard du Danemark ? D’après les statistiques dont je dispose, le Danemark se situe au 23ème rang des pays producteur de betterave sucrière quand à sa production de canne à sucre, il n’apparaît nulle part. Le pot en verre peut-être alors est-il danois ? Ah non, ce doit être la fichue quantité d’énergie nécessaire qui est fournie par le gaz de la Baltique. Mais pourtant, le Nigeria ne produit-il pas en quantité du pétrole en brûlant à qui mieux le volume de gaz associé ? Alors, c’est le savoir faire ! Voila, c’est sûrement ça, seuls les Danois font de la bonne confiture ! Tenez, en parlant du Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, savez-vous qu’il est paradoxalement importateur de produits pétroliers ? Les capacités de raffinage du pays sont insuffisantes et le Nigeria importe en grande quantité gasoil et essence. Le pétrole est ainsi transporté sous forme de brut, avec les risques de marée noire associés, vers des pays raffineurs. Les produits raffinés sont ensuite chargés sur des bateaux qui naviguent en sens inverse. J’ai eu l’honneur de travailler pour une société qui vendait des produits chimiques à l’industrie pétrolière. La tendance était de remplacer les anciens produits par des composés toujours plus « verts », c’est-à-dire moins polluants. Préserver la nature est un thème porteur, même dans le marketing industriel et dans un secteur à la réputation désastreuse. Des tests cliniques et environnementaux poussés sont réalisés et certains produits sont aujourd’hui fort heureusement bannis pour certaines utilisations. Alors que nous vantions la faible toxicité des nouveaux composés chimiques, je m’inquiétais de savoir pourquoi, pour se rendre d’un pays de production A à un pays d’utilisation B, les produits faisaient des zigs et des zags à travers les océans accomplissant ainsi plusieurs fois le trajet nécessaire. Je découvris alors ce qu’on appellera pudiquement l’optimisation fiscale. Les différentes formes d’impositions des sociétés dans différents pays et les accords commerciaux en vigueur entre eux font que le moindre coût pour un produit fabriqué dans le pays A et consommé dans le pays B peut consister a le faire emballer dans un pays C puis le faire transiter par D, l’envoyer en E pour y modifier l’étiquetage puis l’acheminer à destination. A l’écoute des profits réalisés sur 2006 par les grandes compagnies pétrolière (plus de 113 milliards de dollars cumulés pour les 5 plus grosses compagnies privées), lorsque l’automobiliste observe médusé le défilement incontrôlé des chiffres à la pompe à essence, il a du mal a contenir sa colère. Dans se contexte, l’humanité continue à demander toujours plus de pétrole qui s’épuisera inéluctablement, à gaspiller une ressource précieuse au risque de dérégler pour toujours des équilibres écologiques fragiles. Qu’un pétrolier (l’auteur) s’inquiète de toutes ces questions portera sans doute certains à sourire. Mais moi qui connais les difficultés posées par la recherche, l’extraction, le transport du pétrole, qui sais la peine des travailleurs qui, sur des plateformes battues par des vents polaires ou au fin fond de jungles infestées dépensent leur vie misérable et leur énergie à approvisionner le monde en pétrole, j’ai souvent l’impression de donner de la confiture (puisqu’on parlait de confiture après tout) aux cochons.
Bonjour, Je trouve votre article très interressant parce qu’il montre bien la problématique actuelle : d’un côté beaucoup de poudre aux yeux pour faire "écolo" (ajout d’adjuvants, ...)et de l’autre le bon sens qui n’est pas respecté (manger des oeufs de poules nordiques quand on habite dans le sud). Pour ma part, il me semble (et sans vouloir "faire la morale" parce que ce que j’écris ci-dessous s’applique autant à moi qu’à quiconque) que la question de l’environnement ne se joue pas seulement au niveau des industriels mais bien aussi des consommateurs. En effet, c’est tout notre rapport à l’alimentation (et à son achat) qui serait à remettre en question, en fait. Pourquoi aller en voiture acheter vos produits alimentaires dans un "hyper"marché alors que le "petit"marché du quartier propose des fruits, légumes, oeufs... produits dans votre région. Cela demande aussi de consommer des produits de saison et de se rapprocher du cycle de la nature (combien de français connaissent la saison des légumes qu’ils mangent quuand ils savent trouver des aubergines en hiver dans leur supermarché ?). On parle beaucoup de la question écologique mais je suis personnellement pessimiste parce que je n’ai pas l’impression que les citoyens veulent vraiment s’investir pour améliorer les choses (choix des transports, choix des aliments, choix des produits ménagers, ...). C’est bien notre responsabilité de consommateur qui est également en cause et pas seulement celle des industriels. Il reste beaucoup de chemin à faire et mon avis est que la planète sera en très mauvais état quand nous déciderons (enfin ?)de vraiment réagir. Cordialement,
J’abonde dans votre sens : il ne sera pas possible d’avoir un mode de vie "respectueux" de l’environnement sans remettre en cause des choses qui ne relèvent pas de grands principes mais de la vie de tous les jours, ce qui est au demeurant beaucoup plus difficile. S’il est vrai qu’une prise de conscience est en marche en ce qui concerne les problèmes environnementaux, le risque consiste à se donner bonne conscicence en achetant quelques produits bio et en sortant la bicyclette une fois par semaine. Nous ne ferons pas l’économie d’un changement plus profond, les désordres à venir y veilleront si nous ne le faisons pas de notre propre volonté. En d’autres terme il y aura mutation de la société voulue, pensée et acceptéée ou imposées et subie par les évenements.
Votre article, très bel article devrais-je dire et le commentaire d’Alajuela m’ont fait pensé à cette question : Qui, de la poule ou l’œuf est arrivé le premier ?
Est-ce le consommateur ou l’industriel le premier responsable ?
Après tout, personne n’oblige le consommateur Français (riche) à consommer un œuf qui a traversé la France et qui laisse un arrière goût de pétrole dans la bouche (Ce choix est-il proposé au consommateur Nigérien ?).
Je rejoins Alajuela. En consommant différemment, nous pouvons agir. Par contre je reste optimiste, là aussi c’est une question de choix. Cdt
Ouai t’as raison jamesdu75, y a que le pognon qui compte. En plus j’aime pas les œufs et j’me vois pas au volant de ma BM avec un gilet bariolé en écoutant à fond de la flûte de pan.
Avant nous (moi le premier) n’étions pas conscient que notre mode de vie et de consommation pouvait avoir autant d’incidence sur le reste du monde.
Maintenant que l’information passe... rien ne change vraiment. Ou pas assez de perosnnes changent leur comporement pour que cela soit significatif.
@ rdaneel
Je ne crois pas que les choses ne changent pas. Peut-être en effet que cela ne va pas assez vite bien sûr. Mais chaque acte, même minime est une victoire.
Je suis un peu comme l’auteur de l’article, je bosse dans les énergies fossiles. Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai commencé à me former pour faire autre chose. Peut-être que l’auteur en fera de même. Quand on lit son article, on en est sûr. Cdt
Bonjour a tous,
Je suis fier de poster sur le 1er article Naturavox.
Pour en revenir a l’article. Il ne faut pas oublier notre passé et la technocratie de notre monde.
Si une central d’achat Carouf de Roubaix achete 5 cts d’€ l’Oeuf dans une cooperative de Roubaix, si on rajoute l’essence, le prix du transport (5 cts), l’Oeuf sera forcement a 10 cts.
Par contre si une coopérative de Carcassone le vend 3 cts et que l’on rajoute les 5 cts de transport. Il sera a 8 cts, ce qui se compte en millions. Donc ce sera rentable.
Pour un vendeur de textile chinois, le prix d’achat de laine venant du Perou payera sa laine mon chére et le transport sera plus long, mais au final il y gagnera.
Pour relativiser la chose. Si vous habitez a 200 km de l’allemange, votre BMW vous coutera 400 km d’essence plus cher que le vendeur d’a coté, mais aussi la voiture en elle même coutera peut être 30 % moins cher.
Ce n’est qu’une histoire de calcul et de pognon, ils s’en foutent de privilégié leurs region (et ils ont raison). On est la pour le pognon sinon on vous marche sur la geule.
Justement, j’ai lu un dossier sur le magasine Amerloc Time de cette semaine, qui dit que le Local surpassera le Bio... car vaut-il mieux consommer une pomme bio d’argentine, ou bien une non bio de son département ? point de vue environnemental évident dans ce cas là... comme quoi, les raccourcis en environnement ne sont pas chose facile (pour les industriels et les camions non plus remarquez... ;-)
Un petit article récent et documenté à lire ici La fin progressive du pétrole
A partir de 2007 ou 2008, la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus important, le pétrole conventionnel facile à extraire comme le pétrole dont l’extraction est difficile et très coûteuse.
Selon une estimation raisonnable, nous aurions une production limitée à 80 % dans 12 ans et à 50 % dans 20 ans de celle d’aujourd’hui, car les réserves de pétrole ont été surestimées.
Le nucléaire, les piles à combustible et les biocarburants sont des solutions illusoires (il faudrait 3 à 4 fois la surface agricole de la France pour remplacer le seul pétrole utilisé comme carburant).
La situation de l’agriculture et comment nourrir les populations sont des aspects méconnus de la disparition du pétrole, comme celui de la surpopulation.
La réalité s’impose enfin : consommer beaucoup moins d’énergie et se préparer à des réalités contraignantes, en changeant de façon radicale notre mode de vie, l’organisation du territoire (passer de l’exode rural à l’exode urbain), l’urbanisme, l’architecture, l’organisation économique et sociale.
A titre complémentaire, voir aussi ces deux débats Pétrole : c’est la fin et Corée du nord, pétrole, famine










