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Prix et pollutions : les limites du marché

Article publié le 20 avril 2007

Le but de cet article est de se pencher sur le rôle des mécanismes de marché dans la lutte contre la pollution et leur capacité ou incapacité à orienter notre consommation afin de générer moins de pollution. Particulièrement je me penche sur le prix du pétrole. Que représente ce prix, est-il adapté, prend-il en compte le coût écologique de notre consommation quand nous utilisons notre voiture ou achetons des produits qui ont transité dans des bateaux, camions ou avions.

Prix et pollutions : les limites du marché

Les prix comme signaux.

Dans une économie de marché, les prix jouent le rôle de signaux afin de permettre l’allocation des ressources. Par exemple, un prix élevé peut signifier qu’il y a peu de demande mais peut aussi signifier que l’offre est insuffisante par rapport à la demande ; elle est peut-être un signal d’entrée sur ce marché pour des offreurs afin de satisfaire cette demande ce qui entraîne par la suite une baisse des prix. De la même manière, notre attitude de consommateur est directement impactée par le prix des différents biens, particulièrement par leur prix relatif. Sur cette base, si nous regardons le pétrole, le prix devrait refléter sa relative rareté en fonction de la demande. Le marché du pétrole est loin d’être un marché concurrentiel car la présence de cartels éloigne le prix de son niveau ‘réel’. Il s’agit de plus d’un marché extrêmement volatile sur lequel les différentes situations politiques ou autres nouvelles peuvent avoir des effets exagérés que se soit à la hausse ou à la baisse. (de plus quand je remplis ma voiture d’essence, je paie, en plus, toute une série de taxes).

Externalités et consommation de pétrole

Maintenant, il existe dans la consommation de pétrole un phénomène d’externalité qui met notre planète en danger. En effet, il semble qu’un consensus est en train de se faire sur le fait que brûler de l’essence dans nos moteurs va empaqueter notre atmosphère et tendre à dérégler le climat dans des proportions qui pourraient être catastrophiques. Il y a donc un coût dans l’utilisation du pétrole, qui n’est pas pris en compte dans le prix qui n’est basé que sur des critères de coût d’extraction, de coût de recherche et prospection et bien sûr de rente de monopole cartel oblige.

Sens civique...et action sur les prix

La somme des décisions de consommations individuelles est au coeur de notre économie. Nous ne pouvons progresser vers moins de pollution que si ces décisions individuelles se portent sur des produits à plus faibles coûts écologiques. (Bien sûr nous pouvons imaginer une alternative plus dirigiste mais le but est ici d’analyser la situation dans un économie de marché). Une première approche porte directement sur notre préférence de consommateurs, sur notre décision : des efforts sont faits afin de sensibiliser la population sur l’impact écologique de notre consommation : incitation à utiliser des modes de chauffage diffèrents du fioul ou du gaz, à surveiller la provenance des produits consommés, à ne pas acheter des produits avec de l’emballage inutile... Je suis partisan de cette approche, elle utilise l’essence même d’une économie de marché car elle repose sur le libre-arbitre et la liberté de choix de chacun. Néanmoins, cette approche a un coût, car il faut sensibiliser les consommateurs, pour un résultat qui n’est pas toujours très évident et dépend du bon vouloir des chacun.

Le prix en tant que signal est imparfait du fait du phénomène d’externalité, du coût de la pollution qui est si difficile à matérialiser. Compte tenu de l’impact écologique, du coût écologique que représente la consommation de pétrole, soit de façon directe (faire le plein dans une station-service) soit de façon indirecte ( achat de produits qui ont été acheminés par la route, les airs ou par mer) le prix ne joue plus son rôle dans les décisions individuelles de consommation car il ne nous renseigne pas sur l’impact écologique de notre choix. Il ne prend pas en compte ce coût et ne nous incite pas dans notre acte de consommateur à privilégier un comportement qui tendrait a réduire cette facture écologique.

Le mécanisme de marche est imparfait. Le prix est sous-évalué. Le coût de l’utilisation, une fois le plein d’essence fait, n’existe pas. Ou plutôt, il existe, l’atmosphère est impactée, le climat également, mais il n’est pas reporté sur notre acte de consommation.

Pour prendre un exemple, des fraises produites à quelques kilomètres de l’endroit acheté pollue moins que si elles sont fabriquées en Espagne, au Maroc ou à l’autre bout du pays et transportées par la route en France. Je ne dis pas que leur prix devrait être moins cher, car je ne connais pas le coût de production (et ce n’est pas le but dans cet article), mais par contre le prix des fraises transportées par la route devrait inclure le coût écologique du transport. Notre décision de consommation serait plus juste car prise sur des bases correctes alors qu’à l’heure actuelle, elles sont biaisées. Si le prix prenait en compte le coût de pollution, il enverrait un message, un signal aux consommateurs les incitant indirectement à consommer plus de produits qui ont engendré moins de pollution. Libre à chacun de consommer une papaye importée par bateau mais que son prix reflète le coût de transport.

Quelles solutions ?

Ma réflexion se pose donc dans le cadre d’une économie décentralisée dite "de marché" : le marché ne prenant pas en compte ce coût, cette externalité de la consommation du pétrole, il est nécessaire de réfléchir à un mécanisme qui permettrait de refléter ce coût, de refléter le fait qu’utiliser du pétrole nous fait supporter un coût indirect énorme à moyen terme. Une intervention extérieure semble donc utile .... mais comment intervenir, comment évaluer le coût et comment le reporter au mieux ? L’avantage du marché est qu’il peut générer de façon décentralisée des indicateurs des signaux. Quand ils sont faux, il est très difficile d’avoir une décision centrale correcte sur le bon niveau et la bonne manière d’intervenir.

Une taxe pourrait jouer ce rôle. Mais comment l’appliquer de façon internationale, à quel niveau la fixer, que faire des sommes collectées ? Un système de droit à polluer individuel comme propose Nicolas Hulot pourrait aussi jouer un rôle de régulation, mais dans ce cas, comment fixer le niveau des droits..... Beaucoup de travail et réflexions en perspective mais l’enjeu est essentiel.

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