Deuxième round du Giec. Cette fois-ci l’accord a été plus difficile à obtenir entre les experts. Logique, en février, ils ne parlaient que de science. Conclure que le réchauffement est à 90% dû à l’activité humaine et que les températures vont augmenter de 1,8 à 4°C n’implique rien de stratégique. Alors que cette fois-ci, il s’agissait de se mettre d’accord sur les impacts de ce réchauffement. Et là, les intérêts des puissants repris le dessus, avec des tentatives de dilution des conclusions.
L’Arabie saoudite a voulu préserver ses intérêts d’exportateur de pétrole tandis que Pékin voulait éviter des mesures trop strictes qui risqueraient de freiner sa croissance économique, la Russie et, dans une moindre mesure, les Etats-Unis, leur emboîtant le pas. Cela s’est traduit par le retrait du résumé de tableaux établissant le lien entre l’utilisation d’énergie fossile et le réchauffement climatique et par l’introduction de quelques éléments de doute quant à son impact sur les systèmes naturels. Des chiffres sortis du résumé mais toujours présents dans le rapport complet. Manoeuvres dérisoires et inutiles.
Comme
en février dernier, pas de scoop, juste une peinture un peu plus
apocalyptique de l’avenir. L’élévation des températures moyennes du
globe provoquera une forte baisse des rendements des récoltes en
Afrique et donc davantage de famines, (au delà d’une augmentation de
2°C de la température, les régions tempérées seront aussi concernées),
un recul des glaciers en Himalaya, des épisodes de canicule répétés aux
Etats-Unis et en Europe et des dégâts sur la Grande Barrière de corail
d’Australie. Les régions qui souffriront le plus sont l’Arctique, par
la fonte des glaces, l’Afrique sub-saharienne victime de sécheresse,
les petites îles englouties par la montée des eaux et les deltas
asiatiques géants inondés en Asie ainsi que les régions côtières. Des
milliards de personnes seront affectées, principalement les plus
pauvres. Sans oublier les conflits potentiels notamment autour de
l’accès à l’eau douce. Comme d’habitude, les ONG appellent à une
réponse rapide et efficace de la part des gouvernements. Comme
d’habitude, après une petite frayeur, la vie (et la campagne
présidentielle) reprendra son court. Les rapports du Giec c’est comme
un bon film catastrophe : on se fait peur mais c’est sans conséquence.
Pourquoi
tant de résistances au changement ? Hervé Kempf dans son dernier livre,
Comment les riches détruisent la planète, l’explique de manière très
convaincante. La prospérité est mesuré par des indicateurs purement
économiques qui n’intègrent pas les coûts environnementaux, les élites
dirigeantes sont incultes en matière de science et d’écologie, les
classes riches vivent coupées du monde, à l’abri du contact direct avec
la société et se reproduisent entres elles par transmission de
patrimoine, de réseaux.... La crise écologique ne peut donc être
dissociée de la crise sociale et sont toutes les deux des conséquences
d’un système qui n’a pour objectif que le maintien des privilèges des
classes dirigeantes. Le problème n’est pas tant le fait d’accumuler la
richesse que le fait de ne porter aucun projet. La classe dirigeante
mondiale actuelle « n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune
parole. [...] Après avoir triomphé du soviétisme, l’idéologie
capitaliste de sait plus que s’autocélébrer ».
Pourquoi est-ce si grave que les riches n’aient aucun projet ? Kempf remet à l’ordre du jour les travaux d’un économiste peu connu du XIXè siècle, Thorstein Veblen, qui postule que la possession de la richesse est un moyen de se distinguer des autres, cette volonté de se comparer à autrui étant un moteur puissant de la vie économique. Autrement dit la classe supérieure définit le mode de vie de son époque à savoir actuellement consommation matérielle excessive, gaspillage. Et comme elle détient le pouvoir économique et politique, elle est un obstacle sérieux au changement.
Pour soulager la biosphère, il faut donc diminuer la croissance matérielle des hyper-riches, ils doivent montrer l’exemple, afin que tous les habitants de la planète acceptent les modifications indispensables. Le problème c’est que les riches n’ont pas l’intention de se laisser faire et ripostent par des attaques incessantes contre la démocratie, leur ennemie. Elle « est antinomique avec les buts recherchés par l’oligarchie : elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l’examen rationnel des décisions. Elle est donc de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes. »
Certes il y a urgence, le changement de cap doit se faire dans les dix ans, certes les obstacles nombreux (culte de la croissance, foi sans limite dans le progrès technologique, croyance en la fatalité du chômage, association de l’Europe aux Etats-Unis) mais l’auteur garde un peu d’optimisme. De plus en plus de personnes comprennent la situation et s’engagent dans ce combat. « L’esprit de liberté et de solidarité se réveille. » A lire durant cette période électorale, vous comprendrez mieux le monde qui vous entoure.
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