Les accords de Kyoto en instituant un marché des gaz à effet de serre ont créé pour les pays riches un droit à polluer. Certains se sont engouffrés dans ces nouveaux business. On est étonné de trouver le Vatican mêlé à ce qui semble une grave dérive alors que, au cours de la messe de minuit de Noël, Benoît XVI a exprimé sa préoccupation devant "les conditions dans lesquelles se trouve aujourd’hui la terre, en raison de l’utilisation abusive des ressources et de leur exploitation égoïste et sans aucune précaution".
Le photographe Yann Arthus-Bertrand, grand arpenteur et donc pollueur de planète, soutient les propositions de droit à polluer pour les particuliers qui consistent à compenser les émissions de CO2 en faisant en contrepartie un don à une association. Ainsi on peut, par exemple, prendre l’avion quelques heures, larguer à soi seul une demie tonne de carbone et garder la conscience tranquille en versant cinq dollars à un de ces organismes gestionnaires de carbone. Ce système qui découle des accords de Kyoto a beaucoup de succès et il est en train de se mettre en place sur une grande échelle et bien sûr des pragmatiques et petits malins cherchent à en tirer les ficelles.
Cela me fait furieusement penser aux indulgences de l’église catholique. Le système des indulgences consistait à accorder des jours de purgatoire de moins aux pêcheurs que nous sommes. Une prière devant une croix bien située pouvait ainsi valoir trois jours d’indulgence, un don substantiel à la paroisse plusieurs semaines, la construction d’une chapelle pouvait rapporter des années de purgatoire en moins. Ce système très répandu au moyen age, critiqué par la réforme et notamment par Luther, a été modifié par le concile Vatican II. A l’occasion du jubilé de l’an 2000, la Pénitencerie apostolique (sic) a jugé bon de rappeler les conditions d’acquisition de l’indulgence. Dans tous les cas - indulgence plénière ou partielle - le fidèle doit être en « état de grâce »...
Revenons à nos moutons de carbone. Connaissez-vous Planktos ? Selon leur site : « Planktos, Inc est un organisme à but lucratif basé à San Francisco qui compte également des bureaux en Europe et Colombie Britannique. Notre intérêt primaire est la restauration d’habitats endommagés océaniques et terrestres. Nous générons des crédits de carbone via des projets de reboisement européen et par le dépôt océanique de fer, ce qui a pour effet de stimuler les blooms planctoniques. »
Cette entreprise, à but lucratif avoué a trouvé un moyen de promotion fabuleux : elle donne des droits de polluer au Vatican. Le Vatican annonçait donc en juillet 2007, qu’il était "heureux et fier" d’être le premier état souverain neutre en termes d’émissions de carbone dans le monde. Grâce à la bienveillante générosité de Planktos-KlimaFa, les émissions de CO2 du Vatican seront compensées par une forêt... en Hongrie. Ouf ! St-Pierre au ciel est bien soulagé, sa basilique pourra continuer d’être chauffée ainsi que Saint Jean de Latran dont notre président vient d’être fait cardinal ! Les dimensions de la plantation seront déterminées par l’utilisation énergétique du Vatican en 2007. Donc quelques arbres de plus pour la visite de Sarko.
Non seulement le Vatican transpose la faux-culterie des indulgences dans le domaine de la destruction de la planète mais en plus il le fait à travers une société qui utilise des méthodes d’apprenti-sorcier. En effet, va pour le reboisement en Europe, mais l’ensemencement des mers avec de la poudre de fer pour doper la photosynthèse, spécialité de Planktos, est très très contestée. Le GIEC et des ONG de l’environnement dénoncent ce procédé comme dangereux. Le remède pourrait largement aggraver le mal. Voir Science actualités et Agribionet.
En plus Planktos cherche en Europe des autorisations que les Etats-Unis lui refusent.
Alors si vous êtes catholique et avez le souci de léguer une planète saine à vos enfants, s’il vous plaît, expliquez à ces vieillards, qui ont choisi la stérilité, qu’on ne peut pas faire n’importe quoi pour se donner bonne conscience et atteindre le paradis.
Liens :
- Vidéo de Planktos
- Article de Science actualités : Bientôt du fer dans les océans
- Article du courrier : Des forêts de plancton contre le CO2, le pari contre-nature d’une firme écolo
- Photos : Son Éminence le Cardinal Paul Poupard accepte la donation des mains de George Russ, directeur de Planktos/KlimaFa : Boursica !
- Le Vatican : CNA
et merci à sugus pour son article et son autorisation d’utilisation
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Et pourtant...
Dans son homélie de Noël, Benoît XVI a dénoncé les désastres écologiques dont l’homme est responsable par son « égoïsme » et qui, selon lui, mettent en danger la création. Il y a un an déjà, il avait commencé à développer un concept nouveau, celui « d’écologie de la paix ».
à l’école, on m’avait appris que le CO2, c’était bon pour les plantes pour faire de la photosynthèse. :-/
Les théories passent, la grenouille reste. :-)
Désolé "mouche du coche" mais votre commentaire est un peu nase. Il serait bon que vous vous informiez un peu de ce qui se passe autour de vous. Le réchauffement climatique, ça ne vous dit rien ? Dommage !
Hum. Mon commentaire est un peu nase ? :-/
Pas si sûr. :-) La mode du CO2 comme bon pour la planète va revenir. En voici les prémisses.
je suis membre d’une association environnementale et j’aimerais savoir comment je peux faire ( déclaration sur l’honneur, inscription dans l’objet social, ..) pour recevoir des subsides de tous les pollueurs "carbone" qui veulent compenser leurs pollutions par un don financier. Laissez message par messagerie privée, via Agoravox.
merci de votre réponse.
Donnez votre numéro de compte, envoyez un RIB à AgoraVox. Les versements suivront.
Blague à part, c’est une bonne question de savoir comment on fait pour toucher les subsides. Peut-être qu’il faut d’abord réduire les gaz à effet de serre. A la réflexion, j’ai planté un arbre, je ne sais pas si j’y ai droit ? Bref... à creuser.
Très bon rapprochement avec les indulgences, je n’avais effectivement jamais fait le lien entre le prix d’ "être autorisé à polluer" et le prix du rachat du pardon. Sur les permis de pollution, je vous suggère ce lien. Cordialement. http://www.contre-pouvoir.be/conten...
Merci pour le lien. Ceci dit la mise en place d’un marché n’est peut-être pas complètement idiot quand cela peut ralentir la consommation.
Pour les indulgences, cela m’est venu lorsqu’une copine un peu imprégnée de son éducation catho m’a fait l’éloge de la méthode Arthus-Bertrand, une approche "bénévole" en plus !
Fabriquer de l’humus, ça aide à stocker le CO2, non ? Donc si on chie dans des toilettes sèches, on génère du crédit de carbone.
Une idée me vient : on pourrait créer une boîte qui achète la litière des utilisateurs de toilettes sèches, et qui serait financée par les entreprises génératrices de CO2. La litière récoltée pourrait être transformée en humus, et peut-être même revendue après ! Et on ne compte même pas les économies d’eau !
Excellent le rapprochement avec l’indulgence.
Pourquoi ne pas faire quelque chose lorsq’uon peut le racheter/se le faire pardonner/l’effacer ?
Trop forts ces chrétiens !
On a commencé par l’indulgene, pui on a eu le permis à points, et maintenant les compensation de la pollution...
Pourra-t-on bientôt "compenser" d’autres actes égoistes et délétères ? Quand pourra-t-on violer et compenser ? Quand pourra-t-on tuer et compenser ? etc.
La morale au-niveau zéro !
On lui dit a Arthus-Bertrand qu’il exsiste des (vrais) écologistes qui ne sentent pas oligés de faire le tour du monde en hélicoptère ?
Très bon article. La compensation carbone ne devrait être que l’ultime recours. On nous fait croire que grâce à ce mécanisme, on "équilibre " son bilan carbone (voir le buzz autours de la voiture "neutre" en CO2), et qu’on réglera l’effet de serre en plantant des arbres. Outre le fait qu’on trompe le public sur les ordres de grandeur (on n’a tout simplement pas assez de surfaces à boiser pour compenser significativement les rejets de GES), c’est une façon de reporter le problème sur les pays en développement. Il s’agit juste de donner bonne conscience pour éviter au consommateur la remise en question de son mode de vie.
un extrait d’un article du journal la croix du 11 decembre 2007 : "Pour Benoit XVI il est urgent que l’humanité s’inquiète de l’équilibre écologique. Mais cela doit se faire avec prudence, sans précipitations idéologiques vers des conclusions hâtives"
http://www.la-croix.com/article/ind...
Et le pape évoquait l’origine du réchauffement climatique.
Le pape n’est certe pas le plus qualifié pour parler de science mais cet article reste interessant car il confirme la censure de la presse française sur les idées dissidentes.
Je voudrais mettre un bémol à mon commentaire sur la censure car l’information est tout de même présente dans le journal la croix mais absente sur l’ensemble de nos autres quotidiens (figaro/libe/express/...ect)
J’arrive un peu tard pour applaudir à l’image des indulgences...
Cordialement
Le furtif
Le pape a aussi dénoncé les prophètes de malheur qui nous annoncent l’apocalypse à cause du réchauffement climatique. Il dénonce également ceux qui mettent la nature en dessus de l’homme :
’The Pope condemns the climate change prophets of doom’ : http://www.dailymail.co.uk/pages/li...
C’est toujours mieux d’attendre le salut d’une méthode catholique que confier l’avenir de la France à une voyante. Quoique si l’on découvre une planète habitée à quinze milliards d’années lumières, et si par malheur, on constate que c’est la nôtre juste avant le Btg Bang, Non seulement on apprendrait que la vie avait atteint le même point, mais qu’elle est à l’origine de celui-çi...C’est probablement ce que pense tout le monde puisqu’au bout du compte, chacun vit un peu comme si tout allait s’arrêter demain, et donc ne s’embroussecaille pas la vie avec des peccadilles.
Comme la chanson d’ Obispo, " si tu devais morir demain, moi, je t’aimerais..." Et pourquoi pas tout de suite ? Hein, et pourquoi pas tout de suite... ? En fait, il faut peut-être s’attendre à ce que le paradis ne soit, finaolement qu’une île isolée sur la quelle ont échoués quelques centaines de voiliers. N’apportant plus que dix mille mètres par personne, ça fait beaucoup de monde au mètre carré, mais , même à un euro par personne, cà fait six cent euros du mètre. Mettez m’en deuplexes de quarente deux par cinquante. et au dernier étage. Mercii et meilleurs voeux à tous.
"C’est probablement ce que pense tout le monde puisqu’au bout du compte, chacun vit un peu comme si tout allait s’arrêter demain, et donc ne s’embroussecaille pas la vie avec des peccadilles."
Ou vivre éternellement... Un peccadille, petit péché, est un mot bien choisi ici.
Je travaille avec Yann Arthus-Bertrand et je crois que l’auteur de l’article a confondu "compensation carbone" et "droits à polluer". Le programme Action Carbone créé il y a un an par l’association GoodPlanet ne s’inscrit pas dans le cadre du protocole de Kyoto (comme les quotas d’émissions, le marché des permis d’émission négociables ou le mécanisme de développement propre qui sont peu ou prou une manière de privatiser l’atmosphère). Ce que propose Action Carbone (www.actioncarbone.org), c’est de créer, grâce à des contributions volontaires, un flux financier, en direction (au profit) des populations des pays du Sud, qui est investi dans le domaine des énergies renouvelables ou de la maîtrise de l’énergie. Celui qui donne à Action Carbone n’a rien acheté. Il ne s’agit pas d’une activité lucrative, nous ne spéculons pas comme d’autres, à la baisse ou à la hausse, sur le prix de la tonne de carbone. Il n’y a pas de profits. Donner à Action Carbone, c’est comme donner à Action contre la faim. En donnant, on finance la lutte contre le faim dans le monde. Qui peut croire que c’est pour se faire pardonner d’être obèse ou pour avoir le droit de continuer à trop manger... En matière de lutte contre le changement climatique, le mieux est bien entendu de réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre. Une tonne de CO2 évitée est de loin préférable à une tonne de CO2 compensée. Et cette compensation-là ne vaut pas absolution. Il n’y a pas de morale là dedans ni pardon à obtenir. La comparaison avec les indulgences à ses limites. Par contre, votre analyse des dérives possibles (avec le cas de la société Planktos) est pertinente mais pourquoi y avoir mêlé Yann Arthus-Bertrand ?
Olivier, merci pour votre commentaire.
Je reconnais que j’ai fait un amalgame entre Action Carbonne et les Permis d’émission mis en place par Kyoto. Je l’ai fait volontairement parce que je trouve que les deux démarches ont quelque chose de bien proche et qui est du niveau de l’achat d’indulgence pour nos péchés de pollueurs. Je trouve même la démarche « volontaire » encore un peu plus jésuite sauf, et je vous en donne acte, elle n’induit pas de profit.
Vous dites : « En donnant, on finance la lutte contre le faim dans le monde. Qui peut croire que c’est pour se faire pardonner d’être obèse ou pour avoir le droit de continuer à trop manger... » Personnellement je le crois. On donne largement pour se donner bonne conscience. Ceci n’empêche pas le don mais il ne faut pas être dupe.
J’espère qu’en disant cela, je ne vous blesse pas d’autant que vous avez une phrase qui sauve « En matière de lutte contre le changement climatique, le mieux est bien entendu de réduire ses propres émissions de gaz à effet de serre. Une tonne de CO2 évitée est de loin préférable à une tonne de CO2 compensée. Et cette compensation-là ne vaut pas absolution. »










