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Il est temps de ne plus oublier la Guinée dans nos préoccupations écologiques...

Article publié le 26 novembre 2013

Il est temps de ne plus oublier la Guinée dans nos préoccupations écologiques...

Mai et Juin 2012. Mon premier voyage en Afrique subsaharienne l'a été en Guinée, dite Guinée-Conakry. Quatre pays portent ce nom dans le monde. Trois en Afrique de l'Ouest : la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry, la Guinée équatoriale et une en Océanie : la Nouvelle-Guinée, le pays des Papous...

J'ai surtout prospecté une partie de la Haute Guinée et quelque peu la Guinée forestière. Cette rencontre avec ce pays et ses deux régions fut bien différente de celles d'une quelconque région du Maroc, pays que je connais le mieux. Et ce à de nombreux égards...

 Né en Afrique

Je suis né à Casablanca, sur le continent africain, mais enfant je ne réalisais pas encore être déjà en Afrique. L'absence d'une grande faune visible ou même d'une petite et moyenne faune abondante et diversifiée a retardé ma prise de conscience. Ce n'est, en effet, que plus tard, une fois devenu adulte et revenu à ma passion de jeunesse pour la faune africaine, que j'ai appris que le Maroc appartenait pleinement à l'Afrique. Un des derniers lions sauvages n'avait-il pas été abattu près de Taddert (versant nord de Tizi n'Tichka) en 1942 ? Le Guépard n'était-il pas encore une espèce relativement commune dans les années 50 et des traces de cette espèce n'ont-elles pas été repérées en 1994 dans le bas Drâa au sud-ouest d'Aouinet Torkoz ? Le Léopard, le Serval, le Caracal, le Ratel du Cap, la Hyène rayée, bien que très menacée et vivant sans doute ses dernières heures dans l'indifférence générale, ne sont-ils pas toujours des représentants de la faune marocaine ? Le Crocodile d'Afrique de l'Ouest (Crocodylus suchus) n'a t-il pas existé jusque dans les années 50 ? Et un long etc dénombrant un cortège d'espèces présentes toutes à la fois au Maroc et en Afrique subsaharienne, parfois jusqu'en Afrique du Sud !

 Guinée ! Guinée !

Certes, mais cette fois j'avais atterri dans un pays d'Afrique noire, un pays où une faune sauvage originelle ne manquerait pas d'être au rendez-vous...

 Guinée ! Guinée ! Enfin me voilà en Afrique noire, dans cette Afrique des grands félins, des hyènes, des hippopotames, des éléphants, des antilopes, des vautours, des crocodiles, des mambas, de la Vipère rhinocéros, du Python royal et de ce géant qu'est le Python de Sebae ! Cette Afrique aussi des cases, des boubous colorés, des rires, des hommes, mais aussi des femmes sans complexes inculqués et intériorisés. Là-bas, les Guinéens n'ont pas honte de leurs corps. Afrique mythique et pourtant bien réelle des fantasmes de mon enfance.

Ce fut l'occasion de rencontrer des représentants d'une faune subsaharienne, une faune des savanes arborées et parfois de forêts denses résiduelles... Mais, hélas cette faune est en danger. Des espèces ont d'ors et déjà disparu, d'autres sont en voie imminente de disparaître, nombre d'entre-elles sont menacées à terme. La déforestation pratiquée par les uns et les autres est l'une des causes. Une autre raison en est la chasse massive. Partout, tous les jours, déambulent des chasseurs armés d'un fusil. Jours et nuits !!! Des bandes d'enfants armés de frondes sillonnent les alentours des villages qui quadrillent la brousse. La pression démographique sur la faune est insoutenable. Pourtant les villageois doivent manger et leurs enfants avec eux...

Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique, écrit ceci : « Selon les Nations unies, la population africaine pourrait quadrupler au cours de ce siècle, passant de 856 millions d'habitants en 2010 à 3,3 milliards en 2100. C'est là une croissance trop rapide. Ce serait dévastateur pour ce continent qui sera alors le plus peuplé. Les famines vont se multiplier, la biodiversité sera anéantie et les mouvements de population vont devenir ingérables. Maîtriser les taux de fécondité, résoudre le problème du planning familial et celui du droit à l'avortement devient impératif. » (Voir : http://www.naturavox.fr/biodiversit...)

La faune sauvage, jadis très riche en Guinée appelée à juste titre le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest, va tout droit vers la catastrophe. Seules, ou presque, oh paradoxe ! des sociétés minières (surtout Rio Tinto) tirent la sonnette d'alarme. Elles installent des affiches appelant à ne pas manger les singes, à ne pas les maintenir captifs pour le plaisir parfaitement égoïste des villageois... Rio Tinto a du poids, elle embauche et finance des constructions d'infrastructures, dont il faut l'admettre le pays a grand besoin.

Nos si proches cousins, les chimpanzés, y sont en régression. Victimes du trafic d'espèces, mais aussi de cette pratique dans le fonds anthropophage [1] qui consiste à les manger. Une pratique, certes pas généralisée et en recul, mais néanmoins persistante.

Y a t-il encore des hyènes ? Elles semblent devenues rarissimes. Combien reste t-il d’hippopotames survivants ? Quel est le nombre de crocodiles restant ? Quel est l'avenir du Python de Seba et celui du Python royal ?

De nombreuses questions qui soulignent par le seul fait d'êtres posées que le problème est grand et qu'il y a urgence !

 Il est temps de ne plus oublier la Guinée dans nos préoccupations écologiques

Le temps est venu de trouver des solutions alternatives à la pratique systématique de l'agriculture sur brûlis (une agriculture extensive itinérante qui conduit notamment à une dégradation durable des sols), comme à celle de la chasse généralisée et de la consommation de viande de brousse. En Guinée, beaucoup d'animaux sauvages sont tués, le plus souvent pour être mangés. Ainsi, ai-je pu voir une fois une Vipère rhinocéros (Bitis rhinoceros) et une seconde fois une Vipère heurtante (Bitis arietans), chacune décapitée, lesquelles étaient destinées à être consommées. Il en va de même des pythons de Seba (Python sebae) et royal (Python regius), des varans du Nil (Varanus niloticus) et même du crocodile nain (Osteoleamus tetraspis), sans parler, évidemment, des ongulés et de nombreux oiseaux...

Le développement d'un authentique éco-tourisme, actuellement tout juste balbutiant, vraiment tourné vers la flore et la faune, et les écosystèmes, serait un des instruments financiers permettant, de par la création d'emplois directs et indirects induits par l'expansion de l'écotourisme, de sensibiliser au respect de la biodiversité les populations de Guinée qui verraient là enfin un héritage à protéger, plutôt qu'une manne réputée à tort gratuite et inépuisable. D'ailleurs les chasseurs, de leur propre avis, se rendent bien compte de la dégradation généralisée de l'état de la faune. Le pays est donc mur pour un tournant en la matière...

Il faudrait également, et ce impérativement, informer la population guinéenne sur ce fait que la grande majorité des serpents de Guinée sont inoffensifs. Expliquer également que les serpents venimeux que sont les cobras, mambas et vipères n'agressent pas ; que les geckos sont parfaitement inoffensifs, même s'ils - cas de figure extrêmement improbable - tombent dans la nourriture... Et un grand etc !

Ce devoir d'information et de sensibilisation devrait être essentiellement de la responsabilité d'un super ministère de l'environnement digne de ce nom, doté de moyens financiers importants, à la hauteur de sa vaste tache, éducative, certes, mais aussi tournée concrètement tant vers la création et la gestion (ou cogestion...) de vastes réserves, parcs nationaux et autres structures, que vers la mise en place de mécanismes juridiques et économiques à même d'assurer sa mission. Parmi les moyens éducatifs, je pense à la création d’info-kiosques dotés de posters explicatifs, essentiellement axés sur la sensibilisation au respect de l'ensemble de la faune, sans, il va de soi, exclure les serpents et autres mal-aimés ! Des brochures à des prix abordables par une grande partie de la population pourraient y être vendues et des exposés organisés...

En Guinée, beaucoup est à faire. Il faut commencer à ne pas oublier le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest.

 

Note : [1] L'Homme, le Bonobo et le Chimpanzé sont plus proches entre eux qu'ils ne le sont avec les autres primates, comme le Gorille dont la divergence remonte à environ 8 millions d'années. Ainsi des membres de l'académie des sciences des États-Unis proposent de classer chimpanzés et bonobos dans le genre Homo (cf. Wildman et al., 2003). Le Bonobo devrait devenir Homo (Pan) paniscus et le Chimpanzé Homo (Pan) troglodytes. « L’un de ces scientifiques, Morris Goodman, spécialiste de la paléontologie des primates au niveau moléculaire, considère en effet que « l’accumulation d’évidences concernant l’ADN fournit maintenant une vision objective non anthropocentrique de la place de l’homme dans l’évolution. Nous, humains, apparaissons seulement, ajoute-t-il, comme des chimpanzés légèrement remodelés ». » (LE MONDE | 26.06.03 )

 
 
Thèmes

Faune Ecologie Agriculture Catastrophe écologique Déforestation

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