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"Sapiens" : intelligent, sage, raisonnable ou encore... prudent !

Pour connaître et agir

Article publié le 7 décembre 2007

L’humain est sapiens depuis au moins 4000 générations. Un qualificatif que ce sont abusivement octroyés des classificateurs rien moins qu’imbus d’eux-mêmes. "Sapiens", en effet, signifie en latin : intelligent, sage, raisonnable ou encore... prudent !

Depuis au moins 2000 ans, sous le poids incommensurable du mauvais choix historique des religions dogmatiques, l’homme endoctriné des anticultures de "Ceux-qui-prennent" (Daniel Quinn) s’est érigé en arrogant candidat à la maîtrise totale de l’Univers, mégalomanie le conduisant de conquêtes en conquêtes sur le vivant jusqu’à aboutir à l’absurde déconstruction du milieu environnemental qu’il partageait avec les autres espèces. A ce sujet, Théodore Monod, pourtant chrétien, n’hésitait pas à écrire : "Les trois grands monothéismes se sont enfermés dans la conception triomphaliste d’un homme préposé à la domination du monde, ayant spécifiquement reçu du Créateur un droit de vie ou de mort sur toute autre créature" et il ajoutait : "Les conséquences du postulat seront incalculables dans le domaine de la pensée mais aussi dans celui de l’éthique […]."

Guerres et discriminations envers et contre tout, contre soi, contre l’homme, surtout contre "l’autre", surtout contre le chasseur-cueilleur ou ce qu’il en reste, contre les espèces non rentables, en un mot... contre la Nature.

Sexisme contre l’autre sexe, racisme contre les autres races, spécisme contre les autres espèces, pillage du vivant réduit à la notion étroitement utilitaire de "ressources", saccage des paysages défigurés en autant de formes géométriques écostériles et/ou écodestructives sur l’ensemble de la planète.

En un petit siècle de course effrénée, les tenants de l’anticulture de "Ceux-qui-prennent" - l’Occident devenu premier (pour combien de temps encore ?) dans le peloton de tête - ont fait égoïstement table rase des ressources essentielles de la biosphère. Un siècle écervelé sous le diktat consumériste et autophage des maîtres du Monde du moment, nous incitant à nous rassasier de besoins illusoires dans la plus insatiable gabegie quand "Ceux-qui-laissent", les hommes qui vivaient en accord avec la Nature et les autres espèces, se voient refuser jusqu’à la possibilité de vivre.

Le réchauffement climatique, la désertification galopante, la fonte inattendue de la banquise et des glaciers, le délitement des écosystèmes, l’ extinction massive des espèces (la sixième, mais la première de main d’homme), les "ressources" qui se tarissent plus vite que prévu, les réfugiés de l’environnement qui, chaque fois plus nombreux, frappent à notre porte, alors que nous-mêmes sommes confrontés à une crise écologique aux implications toujours plus existentielles, l’urgence d’agir et d’opérer une révolution écologique mondiale, alors que nous croyons aussi naïvement que criminellement à l’illusion de solutions d’abord technologiques, etc.

Telles sont les problématiques insolubles dans le cadre actuel qui mettent à mal l’humanité.

Nous sommes responsables à des degrés divers, mais certains sont hautement coupables. Comme à la guerre ! Et apparemment assez fiers de l’être à en croire leur arrogance bornée et leur théâtrale prestance. Mais ne dit-on pas que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent ? N’est-il pas alors plus que temps de s’attaquer aux racines du mal et mériter mieux ?

Notre politique est bien celle de la terre brûlée.
Ne rien laisser derrière soi qui puisse profiter à l’ennemi est une stratégie de guerre…totale.
Mais quel est donc cet ennemi si exécré ?

C’est là, dans cette question inattendue, que se révèle à notre cerveau embué par les fausses questions et les fausses réponses toute la finitude d’un système dont nous semblons encore incapables de nous départir, car inextricablement basé sur l’artificielle séparation de l’homme d’avec l’animal et de l’homme d’avec la Nature, et donc d’avec lui-même.

"Ceux-qui-prennent" sont au bout du rouleau et commencent à pressentir leur inéluctable faillite. Mais quoi, s’attaquer au paradigme des participants de "l’aventure humaine" et par conséquent à leurs croyances intimes et à leurs mythes aveuglants ? Car il y a ceux qui ont eu la sagesse de rester en marge de cette aventure qui tourne mal. Une mésaventure largement réductible à l’histoire des conquêtes des civilisations toutes aussi barbares les unes que les autres qui se concurrencent, s’éliminent réciproquement, se succèdent, s’auto-anéantissent aussi, après une apogée illusoire. N’est-ce pas nous mettre dans le devoir d’opérer un tournant excessivement douloureux dans tous les sens du terme ?

Alors, afin de nous épargner ce retournement de paradigme, notre seule, unique et - il faut le dire – foncièrement stupide résolution serait : feindre d’ignorer les fondements de la situation, continuer à exploiter, à surexploiter la Nature, à anéantir les autres espèces et cet autre-nous, le vrai-nous qui nous rattache par tout notre être à l’ensemble du vivant, quitte à se mentir suicidairement à nous-même ?

2050, Sauve qui peut la Terre !

Le faux-semblant a la dent dure.
Le compte à rebours de l’humanité dans lequel nous sommes entrés emportant avec nous d’innombrables espèces est soit relégué aux calendes grecques, soit la recherche de solution est confiée à ceux qui ont irrémédiablement failli, ceux qui contre toute décence et en toute démence s’ingénient à perpétuer l’ancien, le dépassé, le nuisible en lui conférant une virginité écologique aux goût de vernis toxique.

« Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer
indéfiniment dans un monde fini est un fou, ou un économiste. » (Michel Jay).

C’est une regrettable erreur de considérer la question écologique comme soluble dans le cadre ordinaire du système réellement existant devenu planétaire.
Nous vivons une schizophrénie ordinaire. Plus pour longtemps. Hélas et tant mieux.

2050, Sauve qui peut la Terre !

Regardez-les !
Regardez-les et surtout regardons-nous ! Car il est toujours plus aisé d’observer la paille dans l’oeil du voisin que la poutre qui nous obscurcit la vue.
On y pense et puis on refoule et puis on oublie et on passe aux affaires courantes. On n’y croit pas vraiment. Non, vraiment pas.
On persiste. N’est-ce pas ?

Alors, chaque matin, en mauvais élèves « exemplaires », nous rejoignons les embouteillages dans nos véhicules « monoplaces » pour aller acheter des fruits hors saison qui ont parcouru des milliers de kilomètres polluants avant de rejoindre nos assiettes. Nous mangeons en vrais cochons que nous sommes notre côte de porc élevé dans un espace concentrationnaire (0.66m2 ! pour un porc de 100kg), ou une côtelette de mouton « sacrifié ». Ou encore, toujours avec notre couteau dans la main droite et la fourchette dans la gauche, nous avalons nos yeux rivés sur notre assiette un beafteak sachant ou ne voulant pas savoir qu’un "hamburger de 115 gr (= 400 calories, sans compter le petit pain-éponge et le reste), représente un potentiel de 8000 calories d’énergie issue de combustibles fossiles utilisés pour sa production. On saccage 17m2 de forêt tropicale, abritant une phytomasse de 75 kg de plantes vasculaires et de vie animale, pour produire un steak de boeuf..." (Michel Tarrier, 2050, Sauve qui peut la terre !) "Un français mange 100 kg de viande par an, trois fois plus qu’il y a un demi-siècle" précise l’auteur.

Probablement 10 milliards d’humains à l’horizon 2050 : nous saturons la Terre nourricière qui n’en peut plus de notre voracité.

Nous la dénaturons, nous l’exténuons, nous la pillons sans le moindre discernement et nous refusons de faire amende honorable, de modifier un tant soit peu un mode de vie erroné. Nous ne sommes plus des prédateurs, devenus depuis belle lurette des exterminateurs.

Pouvons-nous imaginer 7 milliards de lions, 7 milliards de rhinocéros, 7 milliards d’éléphants dans le monde ? C’est pourtant le chiffre que nous allons atteindre dès demain !

S’il en est ainsi, si nous ne refusons pas de gérer les restes et de jouer les prolongations pour peu de temps encore sans corriger le tir, nous ne sauverons pas la peau de nos enfants mis au monde pour notre confort familial.

Sauf si nous disposons de deux planètes…

2050, Sauve qui peut la Terre !

Loin des mouvances convenues et des systèmes de connivence, Michel Tarrier tient un discours atypique, celui des quatre vérités qui singlent aux oreilles et qui forcent la vue, quitte à aborder les sujets qui fâchent, sans langue de bois et sans ménager les faux espoirs qui font vendre.

Au diable le politiquement correct est un des leitmotivs de l’auteur.

Cette vérité est celle d’une vie invivable pour beaucoup, prochainement invivable pour tous.

C’est dit-on ce que tout le monde pense tout bas, mais alors pourquoi ne pas oser le dire publiquement, quitte à ulcérer les écoinconscients et à ne pas plaire à ceux qui pensent : « Après-moi, le déluge ! » C’est ce que fait l’auteur, comme dans un dernier soubresaut de rage face à l’amoncellement des catastrophes.

Nous ne parviendrons pas autrement à transmettre le flambeau de la vie à nos enfants. Il ne s’agit maintenant plus de proclamer les aimer, comme si cela allait de soi. Il s’agit de le prouver.

On peut considérer la méthode de l’auteur consistant à divulguer des vérités dérangeantes à l’aide d’une philosophie quelque peu nietzschéenne assénée à coups de marteau conceptuels et factuels comme un indice de manque de pédagogie. On peut être en désaccord sur la méthode. On peut, bien sûr. Mais ce qui doit demeurer dans la diversité des méthodes, c’est leur complémentarité.

Michel Tarrier met un point d’honneur à détruire les illusions. C’est salvateur, car nous n’avons plus loisir de perdre du temps en faux semblants et en nous perdant même pour une durée limitée dans une direction sans issue.

Il est étonnant qu’alors même qu’un Jacques Chirac reconnaissait dans les mots la nécessité d’une révolution écologique, il soit fait si peu cas la plupart du temps de ce qu’est une révolution. Une révolution est une rupture, un changement qualitatif touchant à l’ensemble des rapports économiques et sociaux. Sinon, ce n’est pas une révolution, mais la tentative de maintenir/conserver ce qui existe au moyen de petites réformes qui pour certaines d’entre-elles peuvent nous amener au pire. L’expansion du nucléaire, comme le dévelopement des agro-carburants en sont des exemples...

Notre responsabilité à nous tous est en jeu.

Alors, informons sans illusions et ne restons surtout pas à la surface apparente des choses...

Et pour ce faire, armons-nous des vérités que Michel Tarrier divulgue et tirons les conclusions qui s’imposent en termes d’actions nécessaires !
2050, Sauve qui peut la Terre !
Editions du Temps

Groupe d’Etude et d’Observation pour la Sauvegarde des animaux sauvages et des écosystèmes

Thèmes

Nature Eau Biodiversité Animaux Faune Climat Changement climatique Ecologie Environnement Pollution Ecosystème Gaz à effet de serre Végétarisme Evolution Empreinte écologique OGM Pesticides Forêt Décroissance Sécurité alimentaire Catastrophe écologique Sécheresse Démographie Capitalisme Déforestation

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commentaires
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par bénédicte (IP:xxx.xx9.76.144) le 7 décembre 2007 à 13H56

c’est ce que je me tue à répéter autours de moi...mais je vais lire...et transmettre

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par alberto (IP:xxx.xx2.178.88) le 7 décembre 2007 à 16H57

Bravo à l’auteur... et à Bénédicte !

Bien à vous.

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par Dominique Kuster (IP:xxx.xx3.137.247) le 25 janvier 2008 à 10H58

Merci pour cet article qui va tout à fait dans le sens de ma pensée et de mes aspirations. Malheureusement rien de neuf, mais peut-être qu’en le répétant inlassablement et en faisant voir qu’il y a de plus en plus de gens qui ne sont plus d’accord avec "ceux-qui-prennent", les choses vont commencer à bouger. Je n’ai pas (encore) lu "2050..." par contre j’ai lu presque tout Daniel Quinn. A noter une traduction en court de Beyond Civilization : http://anticivilisation.hautetfort....

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