Article publié le 13 février 2009
Le rôle de la forêt, son influence sur le réchauffement climatique, et la réciproque sont au cœur de l’actualité avec la publication de plusieurs études. La première a donné lieu à un article dans le New York Times intitulé « New Jungles Prompt a Debate on Rain Forests » qu’on pourrait vulgairement traduire par, « les jungles secondaires suscitent un débat sur les forêts tropicales humides ».
La déforestation est réversible, et la reprise bénéfique pour la lutte contre le réchauffement climatique.
Même si l’article va plus loin que le titre donné ici, assez consensuel je le conçois, c’est la principale information que l’on retient. Les jungles « secondaires » issues de la déforestation à fin agricole puis abandonnées, reprennent spontanément et rapidement, les forêts tropicales humides sont vivaces, même sur des sols autrefois cultivés. Bien qu’elles ne représentent pas des milieux aussi complets, puisqu’elles n’ont pas encore de canopées, et donc ne présentent pas encore les différentes strates végétales et animales si particulières de ce type de biotope, ces jungles « secondaires » [1] poussent rapidement et en grande quantité. Le NY Times cite le chiffre de 20 hectares de reprise de forêt secondaire pour un demi hectare de forêt tropicale humide déboisée (invérifiable sans trouver la source de l’étude, mais considérons par hypothèse qu’ils sont justes). Ainsi, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, elles auraient un rôle plus important qu’on ne l’imaginait jusqu’à maintenant…Et permettrait, peut -être, d’équilibrer la balance entre émissions (la déforestation) et puits de carbone (la reprise en forêt secondaire).
Il n’en faut pas beaucoup plus pour que certains médias, en déforment un peu le propos, ou exagèrent son contenu. C’est le cas par exemple du même article simplifié dans un quotidien de Jakarta mais dont le titre a été reformulé « Les forêts secondaires alimentent un débat sur la protection de la nature [conservation] ». Or, à aucun moment le NY Times remet en cause la lutte contre la déforestation ; il en minimise seulement l’impact sur les émissions de CO2 compte tenu de la reprise de cette nouvelle jungle. Par ailleurs, l’article original, par les mots d’un des intervenants, rappelle que la forêt tropical humide est aussi le lieu d’une diversité animale et végétale foisonnante, et que cette biodiversité n’est plus du tout remarquable dans la jungle secondaire. Cette position est biaisée, rappelons que l’Indonésie est avec le Brésil l’un des pays dont la forêt est la plus déboisée…
Inévitablement, ces remarques sur la nouvelle jungle sont sujettes à controverse : pas de cartographie, pas de typologie, … Et cet argument pourrait très bien être récupéré pour continuer, voir intensifier l’exploitation des forêts tropicales humides « primaires ». Toutefois, par certains aspects, il permet de mettre en perspective les évaluations parfois très angoissantes des experts du GIEC. Ce n’est évidemment pas une raison pour ne pas faire développer efforts et travail en matière de réduction de la pression anthropique sur des forêts, premier poumon de la planète (même s’il est peut éventuellement soutenu par un second) et hôtes d’une vie foisonnante et sans doute indispensable.
L’Amazonie moins vulnérable que prévue
Par ailleurs, une autre étude vient de paraître au sujet de la forêt amazonienne. D’après l’étude paru dans la revue US Proceedings Of the National Academy Of Sciences relaté dans l’article d’actualité environnement . La réciproque, c’est-à-dire l’impact même du réchauffement climatique sur la forêt amazonienne ne serait pas aussi désastreux que ce que les précédents rapports prévoyaient. D’après cette étude, la zone la plus vulnérable, l’Est amazonien, dont on pensait que le réchauffement climatique provoquerait une mutation progressive en savane, se transformerait plutôt en forêt saisonnières ou de mousson type Asie / Inde. Le régime hydrique de ces forêts est plus adapté au changement probable du climat dans cette région : deux saisons dont une plus sèche et fraîche et une plus humide avec un biotope plus riche que celui des savanes.
Toutefois, le chercheur d’Oxford, auteur de l’étude Yadvinder Malhi conclut en déclarant que « La première façon de minimiser le risque de déclin de l’Amazonie est de contrôler les émissions de gaz à effet de serre mondiales, et plus particulièrement celles provenant de la combustion des carburants fossiles dans le monde développé et en Asie » et qu’il faudrait diminuer la pression anthropique sur le milieu.
Au final, les forêts tropicales humides dont l’Amazonie sont certainement moins vulnérables et moins tributaires du réchauffement climatique qu’on ne l’imaginait jusqu’alors. Mais ces observations ne remettent pas en cause le soin qu’elles méritent, sachant qu’elles ont déjà largement été dégradées et continuent de l’être quotidiennement. Leur destruction reste une sombre menace surtout pour la survie de nos sociétés tributaires de ces forêts.
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[1] entre guillemets, pour les distinguer des forêts dites « primaires », qui ont d’ailleurs déjà été anthropisées depuis des siècles contrairement à ce que pourrait croire une perception naïve de l’Amazonie notamment par l’influence de l’Homme sur l’air et le climat.










