Alors que la France vient de déclencher la procédure de suspension de la culture du maïs OGM MON810, aux Etats-Unis les cultures OGM n’ont jamais autant prospéré. Produire plus, toujours plus, tel a été le mot d’ordre du gouvernement depuis les années 70, mais à quel prix ? Deux jeunes reporters nous font découvrir les coulisses de l’agriculture américaine au travers de leur film-reportage : KING CORN.
A l’heure des repas, il m’arrive très souvent de me demander d’où vient
la nourriture dans mon assiette, et surtout, comment elle a été
cultivée, élevée ou fabriquée : j’avoue ne pas toujours être
entièrement rassurée quant à la qualité de certains produits que je
consomme ici aux Etats-Unis. Je me donne bonne conscience en achetant
de temps en temps quelques produits issus de l’agriculture biologique,
même si je trouve injuste de devoir payer plus cher pour manger
soit-disant plus sainement...
Epidémies, bactéries, hormones,
antibiotiques... Vaches, poulets et autres animaux d’élevage font
régulierement les grands titres des journaux dans la rubrique “santé”.
En ce qui concerne la viande, certains ont trouvé la solution : ne plus
en manger. Cela ne résout cependant pas tout, puisque les risques pour
notre santé peuvent aussi se trouver dans les aliments d’origine
végétale.
Je suis récemment allée voir le film King Corn*, qui
raconte l’histoire de deux jeunes américains menant une enquête sur une
culture en pleine expansion aux Etats-Unis : le maïs. Ce film-reportage
dénonce sur un ton assez léger les très sérieuses dérives de
l’explosion de la production de maïs aux Etats-Unis, ainsi que leur
impact sur l’ensemble de la population américaine. Pour prouver à quel
point le maïs est omniprésent dans l’alimentation moderne, les deux
reporters subissent au début du film une analyse qui prouve que la
majorité du carbone présent dans leur corps provient du maïs : ils sont
ce qu’ils mangent...
Aussi effrayant que cela puisse paraître, les récoltes de maïs de
2005 en Iowa (le plus gros producteur de mais des Etats Unis mais aussi
du monde) ont été les plus importantes jamais réalisées aux Etats-Unis,
grâce entre autres à la modernisation de l’équipement, à l’utilisation
de fertilisants et désherbants toujours plus puissants, mais surtout
grâce à l’avancée des recherches scientifiques qui ont permis de créer
des espèces de maïs génétiquement modifiées : la production de mais génétiquement modifié en Iowa represente 60% de la production de 2005 !.
Lesdites modifications n’ont bien entendu qu’un seul et unique but :
accroître la production. Si certaines de ces “mutations” nous semblent
logiques, comme par exemple rendre le maïs résistant aux désherbants,
d’autres sont beaucoup plus imaginatives : le maïs “moderne” parvient
en effet désormais à pousser beaucoup plus près des pieds voisins, ce
qui permet de planter beaucoup plus de pieds à l’hectare. Autre fait
surprenant, la majorité du maïs cultivé aux Etats-Unis est une version
hybride, modifiée génétiquement afin qu’elle contienne plus de sucre et
moins de protéines que son ancêtre naturel, et ne pourra devenir
comestible qu’une fois transformée industriellement.
Dans la suite
du reportage, les deux protagonistes cultivent eux-mêmes un acre
(environ un demi-hectare) de maïs, et considèrent leurs options quant à
son devenir : vendre leur production directement à la coopérative ne
leur permettrait en effet pas de rentrer dans leurs frais ! On apprend
alors que dans les années 70, le gouvernement Nixon changea
l’orientation de sa politique agricole, en incitant les agriculteurs
américains à produire toujours plus. Le résultat de telles mesures se
ressent encore aujourd’hui sur le paysage agricole américain, puisque
les petites et moyennes fermes ne parviennent plus à subsister face aux
énormes exploitations agricoles qui finissent systématiquement par les
racheter. C’est aussi toute une logique de production qui se trouve
modifiée : la politique agricole d’autrefois se voulait régulatrice, en
subventionnant les agriculteurs afin qu’ils cultivent moins lorsque
l’offre tendait à être supérieure à la demande. Aujourdhui, c’est tout
le contraire : les agriculteurs ont intérêt à produire plus que la
moyenne fixée par les autorités régulatrices, car c’est la
surproduction qui est dorénavant subventionnée, et la différence entre
le coût de production et le prix du marché est en plus compensée par le
gouvernement.
Mais où vont ces excédents, et à quoi sert
tout ce maïs ? La majorité de la production sera transformée en
éthanol, en nourriture pour le bétail, ou bien utilisée dans
l’industrie alimentaire pour produire le corn starch (sorte de maïzena)
mais surtout majoritairement le fameux “corn syrup”, un édulcorant
moins cher que le sucre naturel. On en trouve absolument partout :
boissons, patisseries et biscuits, fruits et légumes en boite, pain,
céréales, barres chocolatées, sirop contre la toux, yaourts, sauces,
plats préparés, etc. Il est devenu virtuellement impossible d’y
échapper : regardez par vous-mêmes les étiquettes de vos aliments
préférés, et comptez ceux qui ne contiennent pas de corn syrup ;
divisez maintenant ce chiffre par 10, et vous obtiendrez le nombre
d’aliments sans corn syrup aux Etats Unis.
Il ne faudrait cependant
pas croire que l’homme est seul affecté par le “roi maïs” : ayons une
pensée pour ces pauvres vaches, désormais nourries presque
exclusivement avec ce maïs, et dont le système digestif se crible
d’ulcères, puisqu’il n’est à l’origine concu que pour digérer de
l’herbe fraîche,. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que 70% des antibiotiques produits aux Etats-Unis servent à soigner ou à faire grossir les animaux des fermes industrielles.
Cette utilisation massive d’antibiotiques sur les animaux a aussi sa
part de danger pour l’être humain car certaines bactéries développent
une résistances aux antibiotiques.
Ces vaches produiront au final une viande plus grasse et de moins bonne
qualité qu’une vache nourrie “normalement”, ce qui n’empêchera pas un
grand nombre d’entre nous de la déguster, principalement sous forme
d’hamburgers.
Je suis ressortie de ce film avec de nombreuses résolutions : plus de viande nourrie au maïs, ni d’aliments contenant du corn syrup ; il sera difficile d’honorer la dernière, d’abord en termes pratiques puisque le corn syrup est partout, mais surtout parce qu’il faudra dire adieu aux muffins, cookies et autres scones. C’ est decidé, je me mets aux fourneaux et j’augmente ma consommation de légumes et fruits frais... Sera-t-il possible d’échapper ainsi au dictat de la politique agricole américaine, qui semble se soucier bien peu de ses enfants obèses, et se plie sans remords aux exigences des multinationales agroalimentaires ? La responsablité doit-elle revenir au consommateur, qui devrait devenir plus exigeant sur la qualité de la nourriture qu’il consomme et refuser potentiellement les produits certes moins chers, mais de qualité bien inferieure ? Doit-elle plutôt revenir au producteur, qui devrait être plus scrupuleux quant à l’utilisation et au devenir de sa production ? Ou bien est-ce à l’Etat de changer sa politique agricole afin d’éviter un surplus de production qui rend le maïs tellement rentable que d’innombrables entreprises se font une joie d’en engluer chaque jour un peu plus nos aliments préférés ?
Notes :
* King Corn, is a co-production of Mosaic Films Incorporated and the Independent Television Service (ITVS), with funding provided by the Corporation for Public Broadcasting, http://www.kingcorn.net/, 2007 Iowa Corn website, Corn... A Versatile, Natural, Biodegradable, Renewable Resource !, http://www.iowacorn.org/cornuse/cor..., 2007
Récoltes de mais
aux USA :
http://www.nass.usda.gov/Charts_and_Maps/Field_Crops/cornac.asp
il sort quand en France /Belgique ?
Je pense qu’il n’y a rien a attendre de la part du gouvernement, tant il est infiltre / influence par les grands groupes agroalimentaires et leur lobbying intense. Pour moi, c’est clair, le consommateur doit prendre l’initiative : le systeme des AMAP me semble etre un bon debut, mais il en existe surement d’autres.... C’est celui que j’ai choisi il y a plus d’un an, et avec toujours une grande satisfaction.
Lorsque je suis arrive en Australie, j’ai ete surpris par la blancheur des volailles vendues sur les etales (regardez bien en France les volailles sont jaunes) quand j’ai appris que pour mieux resister aux germes, elles etaient baignees dans une solution de chlore. Securite alimentaire qu’ils disent.
Bon appetit
bof, ça remonte pas nixon tout ça. le mouvement a été ammorcé au moins vers 1850. industrialisation de l’agriculture, pesticides, ogm, scandales (vache folle, tremblote du mouton, grippe aviaire asiatique, ...) ne sont que la continuité. je vous conseille deux lectures : le memento semences de kokopeli, et les ouvrages mentionnés dans ce lien : http://tinyurl.com/2e2aup
... sans parler de l’ensemble des violences et mauvais traitements subis par les bêtes prisonnières de ces usines à viande.
merci pour votre article, l’Europe n’est pas en reste. Actuellement, l’unique solution consisterait à cesser de consommer des produits carnés surtout lorsqu’ils sont achetés en grande surface et en barquettes cellophanées, ainsi que dans tous les fast food du monde.











