NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
OGM, surproduction, dérives...

Article publié le 14 janvier 2008

Alors que la France vient de déclencher la procédure de suspension de la culture du maïs OGM MON810, aux Etats-Unis les cultures OGM n’ont jamais autant prospéré. Produire plus, toujours plus, tel a été le mot d’ordre du gouvernement depuis les années 70, mais à quel prix ? Deux jeunes reporters nous font découvrir les coulisses de l’agriculture américaine au travers de leur film-reportage : KING CORN.

A l’heure des repas, il m’arrive très souvent de me demander d’où vient la nourriture dans mon assiette, et surtout, comment elle a été cultivée, élevée ou fabriquée : j’avoue ne pas toujours être entièrement rassurée quant à la qualité de certains produits que je consomme ici aux Etats-Unis. Je me donne bonne conscience en achetant de temps en temps quelques produits issus de l’agriculture biologique, même si je trouve injuste de devoir payer plus cher pour manger soit-disant plus sainement...
Epidémies, bactéries, hormones, antibiotiques... Vaches, poulets et autres animaux d’élevage font régulierement les grands titres des journaux dans la rubrique “santé”. En ce qui concerne la viande, certains ont trouvé la solution : ne plus en manger. Cela ne résout cependant pas tout, puisque les risques pour notre santé peuvent aussi se trouver dans les aliments d’origine végétale.
Je suis récemment allée voir le film King Corn*, qui raconte l’histoire de deux jeunes américains menant une enquête sur une culture en pleine expansion aux Etats-Unis : le maïs. Ce film-reportage dénonce sur un ton assez léger les très sérieuses dérives de l’explosion de la production de maïs aux Etats-Unis, ainsi que leur impact sur l’ensemble de la population américaine. Pour prouver à quel point le maïs est omniprésent dans l’alimentation moderne, les deux reporters subissent au début du film une analyse qui prouve que la majorité du carbone présent dans leur corps provient du maïs : ils sont ce qu’ils mangent...

Aussi effrayant que cela puisse paraître, les récoltes de maïs de 2005 en Iowa (le plus gros producteur de mais des Etats Unis mais aussi du monde) ont été les plus importantes jamais réalisées aux Etats-Unis, grâce entre autres à la modernisation de l’équipement, à l’utilisation de fertilisants et désherbants toujours plus puissants, mais surtout grâce à l’avancée des recherches scientifiques qui ont permis de créer des espèces de maïs génétiquement modifiées : la production de mais génétiquement modifié en Iowa represente 60% de la production de 2005  !. Lesdites modifications n’ont bien entendu qu’un seul et unique but : accroître la production. Si certaines de ces “mutations” nous semblent logiques, comme par exemple rendre le maïs résistant aux désherbants, d’autres sont beaucoup plus imaginatives : le maïs “moderne” parvient en effet désormais à pousser beaucoup plus près des pieds voisins, ce qui permet de planter beaucoup plus de pieds à l’hectare. Autre fait surprenant, la majorité du maïs cultivé aux Etats-Unis est une version hybride, modifiée génétiquement afin qu’elle contienne plus de sucre et moins de protéines que son ancêtre naturel, et ne pourra devenir comestible qu’une fois transformée industriellement.
Dans la suite du reportage, les deux protagonistes cultivent eux-mêmes un acre (environ un demi-hectare) de maïs, et considèrent leurs options quant à son devenir : vendre leur production directement à la coopérative ne leur permettrait en effet pas de rentrer dans leurs frais ! On apprend alors que dans les années 70, le gouvernement Nixon changea l’orientation de sa politique agricole, en incitant les agriculteurs américains à produire toujours plus. Le résultat de telles mesures se ressent encore aujourd’hui sur le paysage agricole américain, puisque les petites et moyennes fermes ne parviennent plus à subsister face aux énormes exploitations agricoles qui finissent systématiquement par les racheter. C’est aussi toute une logique de production qui se trouve modifiée : la politique agricole d’autrefois se voulait régulatrice, en subventionnant les agriculteurs afin qu’ils cultivent moins lorsque l’offre tendait à être supérieure à la demande. Aujourdhui, c’est tout le contraire : les agriculteurs ont intérêt à produire plus que la moyenne fixée par les autorités régulatrices, car c’est la surproduction qui est dorénavant subventionnée, et la différence entre le coût de production et le prix du marché est en plus compensée par le gouvernement.

Mais où vont ces excédents, et à quoi sert tout ce maïs ? La majorité de la production sera transformée en éthanol, en nourriture pour le bétail, ou bien utilisée dans l’industrie alimentaire pour produire le corn starch (sorte de maïzena) mais surtout majoritairement le fameux “corn syrup”, un édulcorant moins cher que le sucre naturel. On en trouve absolument partout : boissons, patisseries et biscuits, fruits et légumes en boite, pain, céréales, barres chocolatées, sirop contre la toux, yaourts, sauces, plats préparés, etc. Il est devenu virtuellement impossible d’y échapper : regardez par vous-mêmes les étiquettes de vos aliments préférés, et comptez ceux qui ne contiennent pas de corn syrup ; divisez maintenant ce chiffre par 10, et vous obtiendrez le nombre d’aliments sans corn syrup aux Etats Unis.
Il ne faudrait cependant pas croire que l’homme est seul affecté par le “roi maïs” : ayons une pensée pour ces pauvres vaches, désormais nourries presque exclusivement avec ce maïs, et dont le système digestif se crible d’ulcères, puisqu’il n’est à l’origine concu que pour digérer de l’herbe fraîche,. Il est d’ailleurs intéressant d’observer que 70% des antibiotiques produits aux Etats-Unis servent à soigner ou à faire grossir les animaux des fermes industrielles. Cette utilisation massive d’antibiotiques sur les animaux a aussi sa part de danger pour l’être humain car certaines bactéries développent une résistances aux antibiotiques. Ces vaches produiront au final une viande plus grasse et de moins bonne qualité qu’une vache nourrie “normalement”, ce qui n’empêchera pas un grand nombre d’entre nous de la déguster, principalement sous forme d’hamburgers.

Je suis ressortie de ce film avec de nombreuses résolutions : plus de viande nourrie au maïs, ni d’aliments contenant du corn syrup ; il sera difficile d’honorer la dernière, d’abord en termes pratiques puisque le corn syrup est partout, mais surtout parce qu’il faudra dire adieu aux muffins, cookies et autres scones. C’ est decidé, je me mets aux fourneaux et j’augmente ma consommation de légumes et fruits frais... Sera-t-il possible d’échapper ainsi au dictat de la politique agricole américaine, qui semble se soucier bien peu de ses enfants obèses, et se plie sans remords aux exigences des multinationales agroalimentaires ? La responsablité doit-elle revenir au consommateur, qui devrait devenir plus exigeant sur la qualité de la nourriture qu’il consomme et refuser potentiellement les produits certes moins chers, mais de qualité bien inferieure ? Doit-elle plutôt revenir au producteur, qui devrait être plus scrupuleux quant à l’utilisation et au devenir de sa production ? Ou bien est-ce à l’Etat de changer sa politique agricole afin d’éviter un surplus de production qui rend le maïs tellement rentable que d’innombrables entreprises se font une joie d’en engluer chaque jour un peu plus nos aliments préférés ?

Notes :

* King Corn, is a co-production of Mosaic Films Incorporated and the Independent Television Service (ITVS), with funding provided by the Corporation for Public Broadcasting, http://www.kingcorn.net/, 2007 Iowa Corn website, Corn... A Versatile, Natural, Biodegradable, Renewable Resource !, http://www.iowacorn.org/cornuse/cor..., 2007

Récoltes de mais aux USA :
http://www.nass.usda.gov/Charts_and_Maps/Field_Crops/cornac.asp

Bookmark and Share
88 votes

commentaires
votez :
(IP:xxx.xx4.186.250) le 14 janvier 2008 à 16H48

il sort quand en France /Belgique ?

votez :
par decroissant (IP:xxx.xx5.120.70) le 15 janvier 2008 à 09H31

Je pense qu’il n’y a rien a attendre de la part du gouvernement, tant il est infiltre / influence par les grands groupes agroalimentaires et leur lobbying intense. Pour moi, c’est clair, le consommateur doit prendre l’initiative : le systeme des AMAP me semble etre un bon debut, mais il en existe surement d’autres.... C’est celui que j’ai choisi il y a plus d’un an, et avec toujours une grande satisfaction.

votez :
par jltisserand (IP:xxx.xx8.117.17) le 15 janvier 2008 à 11H44

Lorsque je suis arrive en Australie, j’ai ete surpris par la blancheur des volailles vendues sur les etales (regardez bien en France les volailles sont jaunes) quand j’ai appris que pour mieux resister aux germes, elles etaient baignees dans une solution de chlore. Securite alimentaire qu’ils disent.

Bon appetit

votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx3.70.22) le 19 janvier 2008 à 13H10

bof, ça remonte pas nixon tout ça. le mouvement a été ammorcé au moins vers 1850. industrialisation de l’agriculture, pesticides, ogm, scandales (vache folle, tremblote du mouton, grippe aviaire asiatique, ...) ne sont que la continuité. je vous conseille deux lectures : le memento semences de kokopeli, et les ouvrages mentionnés dans ce lien : http://tinyurl.com/2e2aup

votez :
par tsé (IP:xxx.xx5.192.211) le 19 janvier 2008 à 21H08

... sans parler de l’ensemble des violences et mauvais traitements subis par les bêtes prisonnières de ces usines à viande.
merci pour votre article, l’Europe n’est pas en reste. Actuellement, l’unique solution consisterait à cesser de consommer des produits carnés surtout lorsqu’ils sont achetés en grande surface et en barquettes cellophanées, ainsi que dans tous les fast food du monde.


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deBiodiversité
çaDérange - 283 articles
rcoutouly - 47 articles
JoëlP - 7 articles
Noelle Saugout - 3 articles
Biosphère Blog - 44 articles
Jacques Froissard - 1 articles
ble2 - 11 articles
Sylvie Simon - 40 articles