La mer a besoin de ses dents…
Article publié le 19 mai 2008
Lignes allongées, ailerons
profilés, accélérations surprenantes, radar ultra sensible… ce n’est
pas le dernier bolide en vogue, mais bien un animal aussi
impressionnant que mal connu. Filants dans les eaux de toutes les mers
du monde, en toute furtivité, à l’affût de leur proie, les requins sont
tout simplement ahurissants d’efficacité.
Malgré leur longévité dans le règne animal, et leurs rôles dans les
écosystèmes, ils sont aujourd’hui grandement menacés par cette espèce
nouvelle et destructrice… l’homme. Leur pérennité n’est plus assurée…
Une « technologie » à la pointe
Il y a environ 450 millions d’années, apparaissaient les premiers
requins, bien avant les dinosaures et n’ont quasiment pas évolués
depuis 100 millions d’années. Pourquoi ? Certainement parce qu’ils sont
arrivés à ce qui peut se faire de plus efficace pour leur survie.
Les requins bénéficient d’un corps fuselé qui fend parfaitement le
milieu aquatique, et grâce à leur squelette cartilagineux, qui les
différencie des autres poissons, dits « osseux », ils sont beaucoup
plus souples et se déplacent avec plus d’aisance. Ils sont capables de
changer très rapidement de direction, avec une vitesse fulgurante. De
plus, leur peau recouverte d’écailles très fines augmente la
pénétration de leur corps dans l’eau. Ces écailles sont en fait très
proches de leurs dents, elles ont la même composition.
Au niveau de leur sens, leur vue est plutôt bonne. Un avantage ? Bien
maigre… à coté de l’efficacité de leur système leur permettant de
repérer d’infimes mouvements. Ces mouvements vont en fait engendrer des
variations de pression qui seraient imperceptibles par l’homme, mais
qui donnent des renseignements précis sur la position d’une proie aux
requins. Ce sont en fait des cellules ciliées situées tout le long de
leur ligne latérale, des yeux jusqu’à la queue, qui vont capter ces
infos pour les transmettre au cerveau qui se chargera de les traduire.
Leur museau est une des parties de leur corps les plus importantes : on
y trouve les ampoules de Lorenzini, véritables détecteurs de champs
électriques émis par exemple par les battements de cœur des proies.
Elles sont tellement efficaces, que le requin peut attaquer sa proie
les yeux fermés.
Dotés également d’un odorat surpuissant, les requins pourraient sentir
une goutte de sang à deux kilomètres à la ronde.
Grâce à ces différents sens, ils peuvent notamment repérer des proies à
plusieurs centaines de mètres, ou bien repérer des proies enfouis sous
le sable, et même les attaquer en pleine obscurité.
De plus, leurs dents acérées, renouvelées tout le long de leur vie,
sont insérées sur une mâchoire dissociée du crane, ce qui leur permet
d’attraper plus facilement leurs proies, sans la relâcher.
Même au niveau de la reproduction, les requins ont su tirer profit des
évolutions les plus avantageuses. En effet, contrairement aux poissons
osseux, qui produisent des milliers d’œufs, parmi lesquels seulement
quelques-uns survivront, les requins n’en produisent que très peu, mais
ceux-ci auront de bonnes chances de vivre. Encore mieux, chez certains
requins comme le requin à pointes blanches, le requin gris, le
peau-bleue, … les embryons se développent avec de fortes similitudes
aux mammifères. Ils sont reliés à la mère par un cordon ombilical et
sont même entourés d’un placenta. Ils dépendent directement de la mère
pour la nourriture et l’oxygène. Ce sont des espèces vivipares.
On observe également des espèces ovovivipares, où les embryons sont rattachés à un sac vitellin pour se nourrir.
Encore plus étrange, chez le requin-taureau, qui produit plusieurs
embryons, ceux-ci vont s’entretuer, se dévorer, et ainsi les deux plus
forts seulement vivront (un dans chaque utérus de la femelle).
Enfin, on a découvert récemment des cas de parthogénèse chez certaines
espèces (par exemple le requin-marteau) : des petits sont nés sans
accouplement et ne portent donc que le patrimoine génétique de la mère.
Une place des plus importantes dans l’écosystème.
Le fait que les requins soient les plus gros poissons dans les océans,
aux dents acérées, dévorants les baigneurs dans les productions
hollywoodiennes, ne fait pas d’eux des monstres… loin de là !
Se positionnant au sommet des chaînes alimentaires des océans, ils y
jouent des rôles très importants, dont la nature ne pourrait se passer.
En effet, les requins sont des carnivores et se nourrissent donc
d’autres animaux, aussi variés qu’il existe d’espèces de requins (aux
alentours de 500 espèces décrites de nos jours, et beaucoup resteraient
à découvrir). Leur régime alimentaire passe par le plancton pour le
requin-baleine et le requin-pèlerin, les crustacés, mollusques,
poissons pour le requin-nourrice, jusqu’aux mammifères marins pour le
requin-blanc.
De ce fait, les requins régulent les stocks de populations et éliminent
également les animaux les plus faibles ou malades.
Un seul prédateur… l’homme.
Au moment où le film de Rob Stewart, « Sharkwater », véritable
plaidoyer pour les requins, vient de sortir sur les écrans, l’image du
monstre à abattre est toujours présente… et chaque année, c’est plus de
100 millions de requins qui sont massacrés dans d’atroces souffrances
uniquement pour leurs ailerons pour la plupart. Car en Asie, les
ailerons de requins, utilisés en soupe malgré leur faible goût, se
vendent à prix d’or, parfois plus de 500 dollars le kilo.
Après 450 millions d’années, après avoir traversé plusieurs crises
majeures d’extinctions, ils s’apprêtent à disparaître en quelques
dizaines d’années… Car à ce rythme là, il ne faudra pas encore
longtemps pour qu’un pêcheur puisse se venter d’avoir abattu le dernier
« mangeur d’hommes ». Tel est le surnom que l’on voit régulièrement,
même s’il est infondé. Car à ma connaissance, jamais personne ne s’est
encore fait mangé par un requin. Il y a certes 5 à 10 attaques
mortelles chaque années… on en dénombre plus de 100 pour les éléphants,
les tigres, les crocodiles, qui eux, sont protégés ! On peut en
rajouter aussi plus de 150… pour les chutes de noix de coco !
Il ne faut pas oublier que lorsque l’homme plonge sous la surface de la
mer, il entre dans un milieu hostile qu’il ne contrôle plus. Les
requins n’attaquent pas l’homme pour le tuer, ils cherchent leur
nourriture. C’est d’ailleurs souvent les surfeurs qui se font attaquer,
leur silhouette rappelant celle du phoque dont ils se nourrissent. Leur
bouche est dotée de récepteurs puissants, mais sont obligés de
« goûter » pour savoir s’il s’agit bien de leur nourriture. Un comble
pour l’homme… les requins n’aiment pas la chair humaine et la
recrachent toujours (ils ont surement raison !).
S’ils venaient à disparaitre, cela pourrait être catastrophique, et
mettrait en péril le futur de beaucoup d’autres espèces, l’homme y
compris. Grâce à leur prédation, les populations d’animaux sont en
équilibre. Si on enlève le maillon le plus haut, on déstabilise toute
la chaîne alimentaire.
Par exemple, sur la côte est des Etats-Unis, la surpêche des requins a
mené à la raréfaction des coquilles St-Jacques, consommées par les
raies, elles-mêmes la proie des requins. Les raies étant beaucoup plus
nombreuses, cela a conduit à la chute des stocks de coquilles.
En Polynésie, la raréfaction des requins a entrainé à certains endroits
la mort des coraux : des gros poissons comme les mérous, normalement
régulés par les requins, se sont fait de plus en plus nombreux, ce qui
entraine une baisse de la quantité de petits herbivores dont ils se
nourrissent. Les algues prolifèrent et empiètent sur l’espace vital des
coraux…
On pourrait imaginer pire si c’étaient les stocks de phytoplancton qui
disparaissaient, qui sont la base de la chaîne alimentaire, et qui
surtout nous fournissent notre oxygène.
Alors à qui la faute ? Spielberg ? Pour son film « les dents de la
mer »… pourquoi pas…. En tout cas, moi ça m’a permis de les découvrir,
puis de les aimer….
Ce qu’il est important de retenir, c’est que chaque animal à sa place
sur la planète, il n’y a pas de bon ou mauvais animal. Nous ne pouvons
et nous n’avons le droit de décider de leur sort. Si on les laisse en
paix, ils vivront certainement encore longtemps. Mais l’être humain a
cette fâcheuse tendance à vouloir mettre son grain de sel un peu
partout…
Anthony LEYDET
lien image : http://images.google.fr...
Thèmes
Excellent, merci !
Bonjour,
Je suis allée manger dans un restaurant chinois sans prétention à Paris il y a une semaine et que vois-je au menu ?? "Soupe d’aileron de requin" : 7 euros le bol. Arfffffffff qu’on en trouve encore à la vente est déjà un scandale, mais à ce prix c’est carrément de la provocation.
Nous avons quelques photos sympas de François Sarrano plongeant avec un grand requin blanc par ici : http://www.canyousea.com/index.aspx...
Bonne journée
Bonjour, serait-il possible d’avoir le nom de ce restaurant ? Il faut savoir qu’en Asie, un bol de ces soupes peut être vendu plus de 20 euros !!!! Merci d’avance !
"parfois plus de 500 dollars le kilo" tout ça pour manger un truc blindé de mercure(les ailerons c’est ce qui ramasse le plus les pollutions) et de toutes les merdes que l homme a lui même foutu dans l’eau...
j’ai eu un grand plaisir à vous lire .
c’est clair , et synthétique .
derrière on sent le pédagogue proche des enfants curieux .
superbe , votre site dans mes favoris .
hop , hop
J’ai vu le film "les saigneurs de la mer " dès sa sortie, j’ai pris les coordonnées de l’association environnementale qui relaie la lutte entre le massacre des requins - ça fait plus de 30 ans que ça dure et c’est médiatisé maintenant....- :
Vous pouvez faire un don comme moi, c’est plus utile que de s’offusquer....
Autre chose : Une pétition peut-être signée :
www.lapetition.be/en-ligne/c...
Ou bien, une autre :
www.plongeur.com/forums/show...
Enfin une pétition européenne, pour interdire les produits issus du requin :
ECRIRE C’EST BIEN, AGIR C’EST MIEUX .....
@ mélanie
ou bien cela ;www.asso-apecs.org
ils font l’étude des sélaciens ( requins et raies )
c’est en france et c’est du concret proche .
ils font l’étude aussi du requin pellerin , un requin très spectaculaire qui mange des millions de proies "minuscules " !!!!
on sait trés peu de choses sur eux ...
ils recherchent des bénévoles passionnés . :-o
vraiment je ne comprends pas comment on peut manger ces betes la
se faire de l’argent voila ce que se disent les pecheurs d’ailerons pour des petits consommateurs qui croient à des vertues """"" BIDONS"""""""
En somme l’homme se comporte en parasite de la planète. Nous sommes malheureusement trop nombreux et trop éloignés des réalités de la nature. Il faudrait dans l’idéal une grande catastrophe naturelle qui en finisse avec notre civilisation et notre surpopulation. L’humain involue depuis déjà longtemps. La sélection naturelle chez l’homme ne privilégie ni la santé, ni l’intelligence, ni la sensibilité et encore moins la beauté. Notre masse cérébrale a ces dix mil dernières années été réduite de dix pour cent !
Pas étonnant alors que nous nous comportions en mufles avec dame nature. De génération en génération nous devenons plus bêtes et brutes, et plus nombreux.
Consommer pour 7 euros à Paris une espèce en voie de disparition, me révulse.
Pour votre affirmation concernant la Polynesie, pourriez vous citer ces lieux qui voient les coraux mourir, par cause de la disparition des requins. J’ai un peu peur que vous ne fassiez des amalgames.
Bonjour, désolé je n’ai pas les lieux exacts, mais c’est un phénomène malheureusement connus ! Ce qu’il faut se dire, c’est que le moindre déséquilibre dans la chaine alimentaire, peut engendrer des phénomènes inattendus...
Voici 2 articles où l’on parle du massacre des requins à tahiti : http://www.tahitiguide.com/@fr/3/48... http://www.asso-apecs.org/imprimer-...
Je suis désolé d’avoir été aussi long à vous répondre, mais je connais aussi la Polynésie, pour y avoir séjourné de nombreuses années dans un milieu concerné par la "chose" maritime.
Il y a eu en effet fin 2005 début 2006, un phénomène de « finning » qui c’est développé très rapidement dans les Tuamotus, après l’annonce par un marchand peu scrupuleux de sa recherche d’aileron de requin. Le gouvernement de l’époque à réagit très rapidement en interdisant totalement le « finning », et ce qui était moins judicieux le « feeding ».
Les polynésiens sont des gens simples qui réagissent vite sans arrières pensées, les quelques pêcheurs des îles qui ont pratiqué ce massacre ont cessé immédiatement. Ils étaient d’autant plus facile à repérer qu’il pêchaient dans les passes, lieu de plus grande concentration de requins, et très fréquentés par les plongeurs. Ce que vous pouvez encore voir ce sont des ailerons qui sont débarqués des quelques longliners qui fonctionnent encore, pris sur des requins attrapés sur des lignes de grand fonds. Mais vu l’état de la flotte de pêche polynésienne.....
Vos deux liens sont intéressants certes mais pas suffisamment à jour 2004 pour l’un et 2005 pour l’autre.
Pouvoir associer la mort de coraux dans certains secteurs avec la pêche des requins est un peu tiré par les cheveux, il y a tellement de paramètres en cause que même les scientifiques ne s’accorde pas sur tous les points. J’ai personnellement assisté un phénomène ponctuel de blanchiment et de mort de coraux, qui n’est jamais pris en compte dans les différentes études sur ce sujet.
Mes propos ne remettent pas en cause l’ensemble de votre article, seul ce petit point m’a interpellé.
Malheureusement, penser que, sous pretexte que c’est maintenant interdit, le finning n’existe plus, est plutot naïf ! Je pense que ce qui vous touche le plus, c’est que j’ai cité cette exemple de la Polynesie parmi tant d’autres, peuple qui vous tient à coeur à priori, et vous avez raison... les polynésiens vouent un culte à la mer, la respectent, c’est un peuple que j’aime énormément ! Et je n’ai en aucun cas voulu attaquer les polynésiens. Ils n’y sont pour la plupart pour rien. En dehors de ça, malheureusement, polynesiens ou pas, le finning continue à tuer plus de 100 millions de requins par ans. Les écosystèmes sont complexes à comprendre je l’admet, mais vous ne semblez pas disposer à admettre que le disparition des requins puisse avoir un impact puissant sur beaucoup d’autres animaux et écosystèmes, dont les coraux... Vous savez, c’est comme se dire que pour la peche, il y a des quotas, donc le poisson peut enfin se reproduire, grandir... entre ce qui n’est pas déclaré, ce qui est rejeté mort à la mer, et ce qui est vite découpé en morceaux pour qu’on se s’aperçoivent pas qu’ils sont inférieurs à la limite de taille... A méditer... :-(
les requins sont magnifiques alors laissons les vivres l’océan a besoin d’eux...
Bernard Séret, Chercheur à l’IRD (cf adresse suivante :http://www.canal.ird.fr/canal.php?u...), évoque très clairement la relation entre la disparition des requins et la mort des coraux dans les caraibes. Le blanchiement des coraux est un autre phénomène lié principalement à une augmentation de la température de l’eau provoquant l’expulsion des zooxanthelles. Les maillons du réseau trophique sont intimement dépendants les uns des autres et peut-être même plus qu’on ne soit prêt à l’admettre. :-)
Bonjour,
Je suis tout à fait d’accord avec vous ! Le requin est indispensable pour la chaîne alimentaire. J’aimerai quand je serai grande faire un film pour montrez au monde entier que le requin est un animal comme les autres, je voudrai qu’il est la même popularité que les dents de la mer pour montrer une toute nouvelle image du grand requin blanc et de tout les autres !










