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Les abeilles, victimes de mauvais traitements ?

Article publié le 30 mai 2008

L’abeille est menacée ! Le cri d’alarme résonne depuis maintenant de nombreuses années. Mortalité élevée en cours d’hivernage ou disparition subite en pleine saison de butinage, si les phénomènes se ressemblent tous en France comme à l’étranger, les causes du déclin des populations d’abeille semblent multiples et restent encore mystérieuses. Elles font pourtant dans le petit monde de l’apiculture, l’objet d’une bataille virulente entre scientifiques et professionnels.

Les abeilles, victimes de mauvais traitements ?

Longtemps montré du doigt, les pesticides ne passent plus, auprès des scientifiques, pour être les seuls et uniques responsables de la disparition des abeilles. Rendue publique le 15 février dernier, une enquête de l’Agence française pour la sécurité sanitaire et alimentaire met en cause principalement les pathologies des abeilles, au premier rang desquelles le varroa (un acarien) mais aussi la gestion sanitaire qu’en font les apiculteurs. « Les conclusions de notre étude sont identiques à celle que nous avions mené en 1999. Nous n’avons pas retrouvé dans les réserves de nourriture hivernale des traces élevées de pesticides, en revanche tous les ruchers morts étaient infectés par des maladies graves » expliquait Michel Aubert, expert co-auteur de l’étude, lors d’une réunion d’information sur la surmortalité des abeilles qui s’est tenue le 09 avril à l’Assemblée Nationale sur initiative du député-maire de Vienne (Isère), Jacques Remiller. Des résultats appuyés par une étude belge publiée ce mois-ci dans la revue spécialisée « Apidologie ». Les scientifiques de l’université de Gembloux ont testé l’effet de l’imidaclopride (le gaucho du commerce, interdit en France depuis 2004), utilisé en enrobage de semences. Leur conclusion est que la mortalité n’est pas due à ce pesticide mais vraisemblablement à la présence du varroa ou la manière dont il est traité. Ils mettent également en cause un nouveau parasite (Nosema ceranae) et des virus.

Autre expert de l’Afssa, co-auteur de l’étude française, Jean-Paul Faucon explique que « lorsqu’ils sont confrontés à des problèmes de morts hivernales, les apiculteurs incriminent immédiatement les pesticides. Ce que nous avons constaté c’est que dans la majorité des cas recensés, soit ils ne traitent pas leur ruches infectées, soit ils les traitent mal ». A la décharge des producteurs de miel, les trois traitements ayant en France une autorisation de mise sur le marché ont une efficacité limitée pour ne pas dire nulle pour certains. Ils sont donc peu utilisés. Plus inquiétant, des traces de Coumaphos, un acaricide hautement toxique pour les abeilles comme pour l’homme et interdit en France, ont été retrouvées dans certaines cires. Du côté de l’Union Nationale des Apiculteurs Français (UNAF), le sujet est très sensible et le scepticisme de mise quant aux résultats de l’enquête. Son président, Henri Clément ne mâche pas ses mots : « les pesticides agricoles sont la causes principale du déclin des abeilles, n’en déplaise à l’Afssa qui s’acharne à démontrer le contraire depuis des années ». Pour l’UNAF, dont les 22 000 membres représentent près de 40% du cheptel français de ruches, pas question de mettre en cause les méthodes d’apiculture. Le passif entre le syndicat et la recherche publique ne semble pas dater d’hier. Peu s’en faut qu’elle ne soit accusée d’être soumise aux intérêts du privé, d’autant qu’un nombre non négligeable de chercheurs de divers organismes collaborent avec le réseau « Biodiversité pour les abeilles » financé par la firme BASF et qui promeut entre autre la création de jachère apicole pour améliorer l’apport nutritionnel des abeilles. Ce réseau très actif dans le milieu apicole met mal à l’aise le syndicat national de l’apiculture (SNA) et indigne carrément l’UNAF.

Si l’enquête de l’Afssa ne montre pas l’implication directe des pesticides dans les mortalités observées, cela ne veut pas dire pour autant que les intrants phytosanitaires sont inoffensifs. En France, le phénomène le plus courant est une mortalité très élevée au cours de l’hiver qui rend difficile la reprise de l’activité des abeilles au printemps. Pour Luc Belzunces toxicologue et directeur de l’unité « Abeilles et environnement » de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), « l’interprétation des résultats de l’Afssa peut être discutée. Les pesticides retrouvés dans les ruches ne sont effectivement pas en quantité suffisante pour provoquer une intoxication aigue des abeilles ce qui n’exclue pas qu’ils jouent malgré tout un rôle dans l’affaiblissement de la colonie ». Tout le problème est là, les études faites sur la disparition des abeilles sont souvent focalisées sur la recherche d’un coupable unique, or ce sont des insectes très fragiles. Pathogènes et pesticides mais aussi climat, fragmentation de l’habitat, difficulté d’approvisionnement en nourriture sont autant de facteurs à prendre en compte pour expliquer le lent déclin observé depuis trente ans.

Le député Jacques Remiller a déposé en octobre dernier à l’Assemblée Nationale une proposition de loi visant à créer une commission d’enquête sur la surmortalité des abeilles qui prendrait en compte son aspect multifactoriel. En outre, ce projet loi souligne l’absence d’un institut technique apicole, interface entre le monde académique et professionnel qui rendrait plus cohérent l’effort de recherche pour la filière. L’enquête comme la création d’un institut semblent difficilement envisageables en l’état actuel des relations entre les scientifiques et les syndicats apicoles. Une situation qui n’arrange ni le sort des butineuses ni celui des apiculteurs. L’enjeu est pourtant de taille tant au plan écologique qu’économique : 35% de la production mondiale de nourriture dépend des insectes pollinisateurs au premier rang desquels se trouve l’abeille domestique.

Crédit photo : http://blog.enseignons.be/coursdesciences/

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commentaires
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(IP:xxx.xx8.162.15) le 30 mai 2008 à 13H40

Si je comprends bien les scientifiques disent que les responsables ne sont pas les pesticides mais les virus. Ce n’est pas bien convaincant car ils peuvent ne pas avoir détecté que les pesticides provoquent l’apparition des virus.

Ne pas avoir trouvé une causalité ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. On peut seulement dire qu’il n’y a pas de causalité directe. Et il est plus difficile de trouver des causalités indirectes...

Donc, dans un tel cas, je ne vois pas en quoi le jugement de ces scientifiques serait plus crédible que celui des professionnels... Comme en matière policière, quand les preuves scientifiques manquent, il reste le bon sens et l’intime conviction...

Am.

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par Traroth (IP:xxx.xx2.104.125) le 30 mai 2008 à 15H01

Votre article ne permet pas de comprendre le caractère récent du phénomène : pourquoi est-ce que, d’un seul coup, les abeilles se mettent à disparaitre ? Les maladies que vous citez existent depuis longtemps, non ?

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par Grasyop (IP:xxx.xx0.230.152) le 30 mai 2008 à 15H31

Ouais mais... Osez regarder un varroa en face et dites-moi que vous n’avez pas peur !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Varroa

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par Ronfladonf (IP:xxx.xx7.40.227) le 30 mai 2008 à 15H32

C’est pas faux mais peut être que d’autres facteurs sont venus aggraver ces maladies :
- Et si le gaucho affaiblissait suffisamment l’abeille pour qu’elle ne puisse plus résister aux acariens/virus/autres ?

Je pense en effet qu’il est urgent de trouver d’où vient cette surmortalité et pourquoi pas de créer un réservoir d’abeilles qu’on protègerait de l’hiver (puisque c’est l’hiver qu’elles semblent mourir) et d’autres types d’agressions comme le frelon asiatique qui est arrivé en Europe il y a une dizaine d’années...

On a tous en tête cette phrase d’Einstein "Si les abeilles disparaissent un jour, l’humanité n’aura plus que 4 ans à vivre"

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par Grasyop (IP:xxx.xx0.230.152) le 30 mai 2008 à 15H43

L’article de Wikipédia donne une piste : « Varroa destructor - parasite hote naturel de l’Apis cerana qui infecte aussi aujourd’hui l’Apis mellifera (varroase) ». Ce qui tend à dire qu’il y a eu une rupture dans un système écologique. Quand, comment ? Est-ce que le varroa était présent en Europe il y a un siècle ? Est-ce que le varroa a muté et est devenu plus pathogène ?

Dans tous les cas, je ne pense pas qu’il y ait un risque d’extinction : certaines Apis mellifera sont certainement résistantes au varroa, c’est celles qui resteront.

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par 1984 (IP:xxx.xx0.34.18) le 30 mai 2008 à 15H53

Est-on sur que le zyklon B était vraiment responsable de la mort des occupant des camps d’extermination ??? N’y avait-pas d’autres facteurs ? Les acariens peut-être ?

Ils sont vraiment demeurés ces apiculteurs, puisque IG Farben et les scientifiques (pas vraiment indépendant mais bon ) leur disent que les pesticides n’y sont pour rien !!!

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par Melanie (IP:xxx.xx9.133.93) le 30 mai 2008 à 16H04

Comme souvent les causes sont multifactorielles, et si l’on est sûr que la disparition des grillons - petit mon grand père s’amusait à m’en mettre sous mon chapeau pour me terroriser- est due aux épandages de Pesticides, il parait patent que l’ubiquité des pesticides dans l’environnement fortement corrélé à l’apparition de cancers et de lymphomes chez le mammifère supérieur qu’est l’homme, alors même qu’il ne lui est pas ciblé, ne peut que fragiliser cet insecte supérieur - dans la classification des hyménoptères, l’abeille est très évoluée- , et donc ouvrir la porte à des vecteurs pathogènes contre lesquels elle pouvait se défendre avant. Les Pesticides ont étés conçus à "large spectre" à savoir pouvant zigouiller tous les nuisibles : A butiner des plantes contaminées l’abeille, qui semble-t-il ne possède pas de défenses contre les pesticides se trouve complètement perturbée.

Ce qui serait intéressant, c’est de comparer les seuils de mortalité des abeilles dans des contrées dépourvues de l’usage de pesticides- Pays de l’est, ou en Autriche - afin d’isoler la variable "Pesticide" pour vérifier si en l’absence de ceux- ci les abeilles survivent mieux.Je ne connais pas d’études en ce sens, sur aucun forum y compris spécialisé.

Dans tous les cas, au vu des effets dévastateurs en matière de potentiel CMR- Cancérogènes, Mutagènes, Reprotoxique cf travaux du professeur Sultan à Montpellier -il parait plus qu’urgent d’éradiquer de notre système d’agriculture des substances aussi délétères , ce que commence à faire l’Europe très timidement sous la pression du lobby des pesticides UIPP /MDRGF.

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(IP:xxx.xx5.70.138) le 30 mai 2008 à 16H53

Pendant presque un siècle, des experts authentiques et des scientifiques estampillés ont affirmé que l’amiante ne présentait aucun risque ! Beaucoup étaient liés à l’industrie, mais cela n’a aucun rapport. Les rares qui avaient donné l’alerte ont été freinés dans leur carrière et embêtés toute leur vie, mais cela n’a aucun rapport... Les autres ont eu promotions et décorations, mais aucun rapport.

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par Melanie (IP:xxx.xx9.133.93) le 30 mai 2008 à 22H19

Le cas des Pesticides commence à être bien documenté et si le livre de François Veillerette et Fabrice Nicolino "Pesticides , un scandale français" a fait voir rouge au lobby des Pesticides, c’est que ce livre a été médiatisé, vendu, et relayé par des scientifiques et que l’Europe qui avec la PAC se comporte comme une conne, a prêté l’oreille aux études et que cela devrait calmer l’épandage inepte tel qu’il se pratique encore partout...

Cela dit l’usage des pesticides dure depuis 50 ans et les premiers livres de mise en garde de 30 ans :"Le Printemps silencieux " de Rachel Carlson - 1968 - réédité aux États-Unis en 1994 avec préface d’AL GORE, livre précurseur sur les substances à haute toxicité que sont les Pesticides. A noter que le DDT que la biologiste Rachel Carlson accuse en 1962 d’être cancérigène et de mettre en danger les oeufs des oiseaux sauvages fait partie des polluants persistants, les Douzes Salopards qui ont une rémanence et une diffusion telle qu’interdit en 1970, on le retrouve dans le tissu graisseux des manchots de la Terre Adélie - car ils mangent les crustacés issus des lacs de fonte qui ont subit la brumisation des courants aériens chargés de DDT- et dans le lait des femmes Guatelmatèques... C’est un vaste sujet , et il en est des pesticides comme des PCB, ils ont étés sans mesure disséminés partout et tout l’écosystème est contaminé....

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par Grasyop (IP:xxx.xx0.230.152) le 30 mai 2008 à 23H31

Je pensais justement au DDT tout à l’heure : on a répandu des doses massives de DDT dans le but d’éliminer des insectes comme les moustiques ou les poux. Le DDT étant persistant, bioaccumulatif et se diffusant partout, cela a mis en danger plusieurs espèces d’oiseaux, mais les insectes qui étaient visés, eux, sont toujours là et des insectes résistant au DDT sont apparus. Les populations d’insectes sont si énormes (du moins tant que leur niche écologique n’est pas en danger) qu’il s’y trouve toujours ou presque quelques individus qui sont résistants à une maladie ou à un insecticide donné. C’est pourquoi je ne crains pas trop pour l’abeille en tant qu’espèce.

Par ailleurs, il semble que la citation d’Einstein sur les abeilles ne soit pas authentique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_d’effondrement_des_colonies_d’abeilles#Citation_apocryphe

En revanche, il est compréhensible qu’un nombre réduit d’abeilles ne permette pas de polliniser autant de fleurs que l’on voudrait produire de fruits (c’est-à-dire vraiment beaucoup) et que cela est plutôt malvenu pour l’être humain en ces temps de crises alimentaires.

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par Grasyop (IP:xxx.xx0.230.152) le 30 mai 2008 à 23H35

Bien sûr, ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi et je ne défends pas les pesticides...

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par Melanie (IP:xxx.xx9.133.93) le 31 mai 2008 à 01H44

@ Grasyop

C’est surtout du au fait que les chimistes ne sont pas des biologistes, et que de même que les antibiotiques avec les bactéries, les Pesticides avec les insectes, ne peuvent qu’être mis en échec à cause de la vitesse de reproduction de ces populations, les insectes comme les bactéries- par division , scissiparité, chaque bactérie se divisant en deux autres identiques- se reproduisent en nombre tellement gigantesque -des milliers d’œufs pour chaque insecte- que sur ces milliers d’individus , il se trouve forcement des mutations résistantes, aux antibiotiques comme aux pesticides.Et que se reproduisant à leur tour...

Il est patent que la lutte biologique, comme les huiles essentielles -comme bactériostatiques et bactéricides- , ne créent pas de résistances...mais ça ne rapporte rien aux labos...

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par Soleil2B (IP:xxx.xx6.116.153) le 30 mai 2008 à 23H13

"Le jour où les abeilles auront disparu, il restera quatre années à vivre à l’humanité" (Einstein)


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