Tout le monde parle des OGM, mais d’où vient ce terme, qui l’a inventé ? Des scientifiques, des industriels, des politiciens ? Qui ? D’où vient ce nom ? Y a-t-il eu un consensus de réflexion ? Pourquoi utilise-t-on ce terme pour parler de choses aux finalités très différentes, comme la synthèse de protéines, la recherche fondamentale, des organismes dont le génome a été manipulé, d’autres dont le génome a été modifié, bombardé… Pourquoi ce terme unique OGM pour parler de choses très différentes et dont les enjeux, les dangers, les risques, les contraintes sont eux-mêmes tous très différents ? Telles sont les questions que nous essaierons d’aborder dans cet article. Quelles limites à la culturalisation de la nature ?
Une caractéristique du débat sur les OGM en France, est que lorsque
l’on parle des OGM, personne ne sait réellement de quoi l’on parle,
puisque tout est fait, justement, par certains acteurs politiques ou
médiatiques, pour éviter de bien discerner ce que sont les OGM et en
quoi à l’intérieur de cette dénomination, se trouvent des objets très
différents et se rapportant à des activités n’ayant rien en commun, au
sein de la recherche scientifique. Le député UMP Claude Gatignol
remarquait à juste titre, lors de la table-ronde d’information sur les
OGM de la Commission des Affaires économiques... et des territoires, l’ambiguïté du terme OGM, se demandant s’il n’y a pas un problème sémantique avec le sigle OGM qui ne signifie rien en lui-même, et si on ne devrait pas plutôt parler de plante améliorée par biotechnologie ?
Bien évidemment, et bien que ce ne soit pas simplement de la
sémantique, le terme OGM concerne, -et c’est ce qui pose le plus de
questions, car touchant à l’alimentation-, la production de végétaux
modifiés. Mais le terme « amélioration » reste très ambiguë et
tendancieux, surtout lorsque l’on parle de génétique.
Effectivement, améliorer génétiquement un organisme, repose sur l’idée
que les caractéristiques des organismes vivants sont d’ordre génétique,
et que les gènes sont malléable et modifiable à souhait, en fonction de
certains objectifs de culturalisation de la nature. En
imposant par exemple des contraintes économiques de rentabilité à la
croissance des plantes, les scientifiques cherchent à améliorer de
manière croissante et constante, la productivité et le rendement des
cultures. Car c’est de cela qu’il s’agit au départ : améliorer le
rendement, accroître la productivité, limiter l’usage de pesticides ou
d’intrants (principalement sur le papier, car les modifications
génétiques sont très ciblées et spécialisées), donc, orienter la
production végétale vers, non pas une amélioration de la plante
elle-même, ce qui n’a biologiquement aucun sens, mais vers une
amélioration des objectifs finalisés de la culture agricole à
l’intérieur du cadre économique dans lequel se développe cette activité
humaine. Produire plus, produire mieux, tout cela dans un cadre fixé
par les règles économiques en vigueur, tant au niveau international que
national. Le journaliste Léon Mercadet, s’adressant au député vert Denis Baupin, dans les Matinales, affirmait il y a quelques temps : « Les députés ont prolongé le moratoire sur les OGM, il y a trois jours, c’est plutôt une bonne nouvelle ... ».
Le journaliste parle ici des OGM agricoles, c’est ce qui est
sous-entendu dans le discours ; mais comment se fait-il que les
politiciens ont maintenu un amalgame dans la loi elle-même sur la
nature de l’objet OGM, et les débats qui ont eu lieu sur cette loi ? En
effet, le Ministre Jean-Louis Borloo a notamment critiqué la position
anti-OGM de l’opposition en invoquant l’existence d’OGM pour lutter
contre la mucovicidose…, qui par définition seraient des OGM outils afin de produire des molécules médicamenteuses, et non des OGM produits destinés par exemple à l’alimentation…
« Vous essayez de faire croire que vous êtes contre les OGM…les OGM pour la mucovicidose vous êtes contre ?….. ben alors ! » Jean-Louis Borloo, s’adressant à l’opposition à l’Assemblée Nationale.
D’autre part, pourquoi, dans sa dernière interview télévisée, Nicolas Sarkozy a-t-il parlé de « recherche OGM » et non de « recherche sur les OGM » ? Non, ce n’est pas une faute de français du chef de l’état, ce n’est pas une erreur grammaticale : le terme « recherche OGM »
a été sciemment utilisé par le Président de la République Française,
véhiculant un message globalisant et labelisateur, dans lequel la
distinction et le discernement sont encore une fois évités,
privilégiant le recouvrement de la problématique, et son enfouissement
dans une généralisation abusive et communicative.
Qui a lancé le terme OGM dans la culture et qui a laissé faire ?
Il est des mystères on ne peut plus mystérieux. L’origine du terme « OGM » fait partie de ceux-là… Selon, Jean-Pierre Berlan, le terme OGM a été inventé par des scientifiques de la Monsanto Company,
mais en y regardant de plus près, la manière dont a été lancé le terme
OGM dans la nature, ou devrait-on dire, la culture, ressemble
étrangement à des techniques issues de la mémétique, bien connues entre autres par le mouvement idéologique des Bright’s,
qui les applique à sa propre communauté de pensée. Effectivement, pour
adhérer au mouvement des Bright’s, il faut tout simplement… déclarer en
être un : le mouvement international des Brights c’est avant tout
chaque homme et chaque femme de la planète, qui, individuellement,
affirme publiquement « Oui, Je suis un Bright ! » ou « Oui, Je suis une
Bright ! ». Et par cet effet de nomination symbolique, qui
sous-tend au part ailleurs l’acceptation de certaines valeurs
culturelles, vous intégrez une communauté, dont l’objectif est de
s’étendre et croître dans la société, par imitation culturelle. L’un des fondateurs du mouvement Bright France, Michel Naud, est d’ailleurs le Président de l’AFIS, association qui a affiché un soutien sans faille au lobby promoteur des OGM, en étant notamment à l’origine d’une pétition en faveur des OGM de type mon810. Un mème est défini comme un élément d’une culture pouvant être considéré comme transmis par des moyens non génétiques, en particulier par l’imitation,
selon l’Oxford English Dictionnary. Cette tentative de conceptualiser
une forme d’ordre génétique à la culture n’est pas sans rappeler
certaines formes de pensée assimilables à du darwinisme social,-bien que ne se réduisant pas qu’à cela-, culturalisant l’idée de lutte
pour la survie ou encore de compétition entre les espèces, que l’on
peut approcher des compétitions et des luttes économiques entre les
entreprises et les différentes nations. Ainsi, le terme OGM s’est
imposé comme une « solution culturelle » pour faire passer
l’idée de modifications génétiques industrielles, et en tant que
complexe mémétique, il est un terme nébuleux, destiné à communiquer et
diffuser facilement une idéologie globalisante et totaliste dans la
société, en rapport à ces technologies. La force du terme OGM est qu’il
est un acronyme, facile à retenir et imprégnant rapidement et
facilement le cerveau par martelage médiatique. Il se communique donc
facilement et est facilement mémorisable, réutilisable et reproductible
pour évoquer tout un ensemble du spectre des biotechnologies, dites
artificielles, ou de laboratoire. Réfléchir sur la question et sur la
problématique de cette technologie OGM nécessite une pensée beaucoup
plus élaborée et conceptuellement ordonnée, mais la simplification
grossière et outrancière du débat de société, voulue et prédéfinie par
la diffusion de ce terme OGM, n’a pu que scinder les positions en deux
camps opposés : les promoteurs et les anti, dans une querelle idéologique et réactionnaire sans fin et sans issue.
Un argumentaire de camps conflictuels et une logique industrielle déterminée
Un argument avancé en faveur des anti-OGM est que les organisations
militant pour le retrait de ces technologies ne le font sans aucun
intérêt financier, contrairement aux industriels de la génétique, qui
bien évidemment ne peuvent quant à eux que supporter ces produits, leur
existence même en tant qu’activités industrielles en dépendant. Ces
dernières laissent donc l’impression de tout faire pour minimiser les
risques, voire même la reconnaissance de leur existence. Mais un
contre-argument avancé en réponse est que si les anti-OGM ne militent
pas en fonction d’intérêts financiers, ils le font quant à eux en
fonction d’intérêts idéologiques, ce qui, selon certains, seraient plus
graves encore qu’avoir des intérêts financiers… Cet argument réducteur
et trompeur semble indiquer très étonnament qu’avoir des intérêts
financiers n’est pas d’ordre idéologique, et pire, que ne pas avoir
d’intérêts financiers suppose automatiquement d’avoir des intérêts
idéologiques. Un tel raisonnement est tout à fait inepte et non
généralisable, et montre bien le niveau de non-débat existant au niveau
des médias professionnels, pris dans une rhétorique pro/anti, sans
pouvoir opérer réellement un recul objectif sur la question, quels que
soient les apriori personnels que l’on peut avoir sur la question.
Mais en observant de plus près ce qui fait lieu de débat, on peut
s’apercevoir que l’idéologie globalisante se retrouve souvent non pas
du côté de certains anti, mais plutôt chez une grande partie des
promoteurs de ces technologies. Effectivement, chez les anti les mieux "nantis",
la dialectique est clairement de séparer les classes d’OGM et de bien
définir et éclaircir les amalgames existant au niveau de ces
technologies, en distinguant les OGM dédiés à la recherche confinée ou
fondamentale des OGM industriels ou commerciaux, et les OGM outils des
OGM produits. En mettant tout dans la même catégorie, les promoteurs
des OGM censurent le débat sur la nécessité et l’utilité d’autorisation
de mise sur le marché des différents OGM selon leurs classes, tout en
reconnaissant pour certains, les dangers potentiels et irréversibles de
leur dissémination, mais dans une logique superficielle de "cas par cas".
L’ idéologie générale instituée chez les promoteurs de ces technologies
se résume assez bien dans les discours des entrepreneurs de cette
idéologie eux-mêmes, dont l’objectif est la croissance de leur business dans toutes les branches de l’industrie, sans distinction aucune, et avec le moins de restrictions possible selon la market ideology :
« Nous sommes le leader dans le champ de l’évolution
moléculaire dirigée, le processus par lesquels les gènes sont modifiés
pour des usages commerciaux spécifiques. Nous nous attachons à créer
des thérapeutiques nouvelles et des produits industriels utilisant nos
technologies intégrées. Nos technologies apportent des avancées à la
fois en biologie moléculaire et pour la modification des protéines afin
de créer des produits biotechnologiques à haute-valeur ajoutée.
Contrairement aux technologies conventionnelles, nos approches
demandent une compréhension minimale des systèmes biologiques complexes
sous-jacents et peuvent ainsi aider à developper des produits plus
efficacement, plus rapidement et de manière plus rentable. Nous avons
conçus nos technologies pour améliorer rapidement les produits
biotechnologiques existant aussi bien que pour créer de nouveaux
produits qui seraient difficiles voire impossible de développer au
travers d’autres procédés.
Notre principal objectif est de commercialiser de multiples produits à
haute-valeur ajoutée dans un large éventail d’industries incluant les
thérapies humaines, l’agriculture et la chimie. Nos produits seront
développés et mis sur le marché au travers de collaborations avec
d’autres firmes ou indépendemment par nos propres activités. A ce jour,
nous avons établis des collaborations avec plusieurs leaders dans nos
industries ciblées. »
Extrait d’une présentation d’une entreprise de biotechnologies
américaines trouvée sur le net, et très représentative de l’idéologie
générale prônée par les institutions et professionnels du domaine.
Compréhension minimale des systèmes biologiques engagés pour la fabrication des produits biotechnologiques, rentabilité, efficacité à court terme et irremplaçabilité,
voilà le credo communicatif institué par les entreprises de
biotechnologies. En d’autres termes, des perspectives de profits à
court terme à moindres efforts et moindres frais : une nouvelle niche
de profits. Il apparaît très clairement que les entreprises de biotech
ne sont pas dans une démarche scientifique, mais bien dans une démarche
grossière de business et de développement d’innovations sur des marchés
définis et créés de toutes pièces par les autorités de régulation de
ces technologies au niveau du commerce. Les implications des
technologies dans l’environnement et sur les organismes eux-mêmes sont
éludées de fait, en posant comme principe, que leur développement ne
nécessite qu’une compréhension très limitée des systèmes biologiques
utilisés et a fortiori, des impacts de la technologie sur les systèmes
biologiques eux-mêmes. Cette position, qui n’est pas une position
philosophique mais une position d’évacuation maximale des contraintes
de ces activités d’innovation, est reprise par la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) française :
L’évaluation des risques potentiels pour l’homme et pour
l’environnement liés à la dissémination d’un organisme génétiquement
modifié est d’autant plus facile que la modification génétique
(transgène) est aussi limitée que possible et que sa nature est
parfaitement connue ;
Encore une fois, il s’agit là de limiter la technologie au
réductionnisme de l’opération de transgénèse, sans du tout prendre en
compte le système biologique complet qui est impliqué par l’opération
de génie génétique, ni chercher à comprendre en profondeur les impacts
de cette expérimentation sur les systèmes biologiques considérés.
La CGB va plus loin :
les biotechnologies et tout particulièrement le génie génétique
doivent avoir pour but non seulement d’augmenter la qualité de la
production, mais aussi le niveau de sécurité des produits.
Comment peut-on affirmer que les biotechnologies vont vers plus de
sécurité, alors que dans les fondements opératoires mêmes de leur
développement, on néglige l’impact de la technologie elle-même sur le
système biologique considéré ? Cela n’a tout simplement aucun sens, et
ce réductionnisme institutionnel est tout simplement infondé : en
admettant que l’augmentation du niveau de sécurité soit considéré comme
primordial pour les autorités, vous pouvez essayer par vous-même
d’équilibrer l’équation suivante pour vous en rendre compte :
Augmentation du niveau de sécurité = Compréhension minimale des systèmes biologiques + ? |
Dans ce cadre, comment s’étonner que les risques soient minimisés par les pouvoirs politiques et que l’opinion du public globalement défavorable à l’idée d’être les cobayes de l’agro-industrie, ne soit pas prise en compte par les pouvoirs décisionnels ? Mais plus grave, comment expliquer que l’on légalise des produits dont les scientifiques ont des doutes eux-mêmes sur la nocivité à long terme, ce qui concerne non pas tel ou tel produit génétiquement modifié particulier (principe du cas par cas), mais bien l’ensemble des produits obtenus par modifications génétiques par classes de produits, comme par exemple l’ensemble des OGM agroalimentaires ?
Thèmes
Intéressant, merci !
Dommage toutefois que le titre de l’article ne soit pas vraiment fidèle à son contenu (de mon point de vue).
ça fait partie de la technique de fabrication de l’article...
j’ajouterais , que le monde agricole est en grande partie gouverné par de grandes coopératives , systême qui nous distingue de nos voisins .
cet aspect du probleme est très souvent , voire majoritairement oublié par la presse et les politiques .
c’est un gros poids dans cette économie .
Je rejoins jcm pour ce point de détail.
G.
Nous sommes sur un quotidien d’infocom écologiste, pas sur Nature ou Science...
par JL (IP:xxx.x70.167.137) le 27 mai 2008 à 11H53 bonjour, pardon pour ce hors sujet : comment se fait-il qu’il soit impossible de "poster" sur votre excellent article publié sur Naturavox ?
ça fonctionne chez moi, JL
Qu’est-ce qui fonctionne ? la mort des insectes ? amitiés.
Bonne analyse d’un point de vue sémantique, votre article replace bien le débat.
Cela dit, au delà de l’analyse sémantique, vos questions en suspens en fin d’article, sont pour moi le vrai noeud du problème.
G.
Que dire des 100 rats infectés par les OGM et que dire de la disparition complète des papillons et des 400.000 abeilles mortes en Allemagne à coté des champs OGM ? les Allemands ont de suite brulé ces champs après constatations ? je vous écoute ! amitiés.












