Article publié le 24 août 2007
Les mystères des fonds marins sont difficiles à percer. Un expédition dans les abysses est toujours difficile et onéreuse, et vouloir découvrir les milliers de créatures inconnues s’y trouvant est un véritable défi technologique comparable à une mission Spatiale. Un excellent documentaire « expédition dans les abysses », diffusé sur Arte ce mois ci lève un coin du voile entourant le mystère de la vie dans les grandes profondeurs.
Dans ce documentaire dont je vais tenter de vous donner l’essentiel, le professeur Craig Smith, océanographe et biologiste, de l’université d’Hawaï suivant les théories du danois August Krogh, émet l’hypothèse selon laquelle les cadavres de baleines sont une clef pour découvrir le mécanisme du peuplement des profondeurs. En effet, de telles masses de matière organique sont susceptibles de nourrir pendant des années les créatures abyssales.
Les baleines sont les plus grands mammifères, se rencontrent dans toutes les mers du globe et leur nombre est estimé actuellement à au moins deux millions d’individus. 70 000 baleines meurent tous les ans, dont 10 % s’échouent sur les plages, les 90 % restant coulant au fond des océans.
Craig Smith a donc monté une expédition partant des environs de San Francisco pour étudier les cadavres de baleines. Il est parti à bord du navire Western Flyer, accompagné d’un cohorte de scientifique, le bateau étant équipé un petit sous marin télécommandé relié par un cable, le Tiburon, capable de plonger à 4000 mètres de profondeur et de collecter des échantillons grâce à un bras articulé. L’expédition partira avec quatre jours de retard à cause d’une tempête vers la faille océanique située au large de Los Angeles, à destination de trois carcasses situées sur la route des migrations des baleines grises de Californie.
Un jour suffira pour atteindre le premier cadavre de baleine daté de 18 mois. Le Tiburon entame sa descente à 40 km/h, au milieu d’une pluie particulaire de matières organiques qui constitue une des rares nourritures des bas fonds. Dans les abysses, il y a peu de ressources, pas de lumière, pas de plantes, les populations d’animaux sont réduites, leur densité au m2 est très faible, la pression est écrasante et l’eau des profondeurs est glacée ( de 2 à 4 °C ). La vie dans les abysses ignore la vitesse, le métabolisme des animaux s’y trouvant est très lent, mais leur longévité est souvent exceptionnelle. Vers marins, limaces de mer, céphalopodes, méduses, crustacés et poissons abyssaux constituent l’essentiel de cette faune.
Le sonar du Tiburon localise enfin la carcasse qui se trouve alors au stade des »charognards ». On y voit grouiller des milliers de myxines, cyclostomes primitifs sans yeux ni mâchoires voisines des lamproies, à l’aspect d’anguilles, dévorer efficacement les chairs de la baleine en décomposition.
Craig Smith émet deux hypothèses, soit elles sont attirées par l’onde de choc lorsque la baleine tombe sur le fond océanique, soit elles sont attirées par le nuage d’odeurs répandu dans le sillage des courants marins.
Un requin dormeur vient aussi prélever de grosses bouchées sur la carcasse, qui avec ses 35 tonnes, mettra encore un à deux ans pour être réduite à l’état de squelette.
D e nombreux amphipodes, genre de crustacés voisins des crevettes, se nourrissent également des chairs en putréfaction, et leur corps va jusqu’à tripler de masse après un tel festin.
Il est alors temps d’aller inspecter la deuxième baleine, échouée sur une plage il y a six ans, mais que Craig Smith a alors remorquée et coulée au large. Dans sa plongée, le Tiburon croise les fabuleux animaux présents dans les profondeurs, dont de nombreuses espèces de calamars, une méduse « la grande rouge », dont la cloche atteint un mètre de diamètre, et de nombreux invertébrés gélatineux et phosphorescents, dont un siphonophore qui peut atteindre jusqu’à 50 mètres de long. De la baleine, il ne reste plus qu’un squelette immense. Les os ont l’air intacts, mais sont tapissés d’un tapis de bactéries. Les os sont tellement riches en matières organiques qu’ils peuvent se décomposer sans la présence d’oxygène.
Il se trouve encore beaucoup de matière organique au sol, où des milliers de vers se balancent d’avant en arrière au gré des courants. Le Tiburon prélèvera des échantillons de vers et de bactéries. On trouve une forte densités d’organismes dans les sédiments récoltés. Sous le microscope, les scientifiques découvrent de nombreuses espèces inconnues, difficiles à décrire, notamment des vers polychètes, classe de vers annelés au corps couvert de poils comptant déjà plus de 8000 espèces répertoriées, et dont l’existence remonte au Cambrien, soit 600 millions d’années environ. Le bras articulé permet de prélever une vertèbre, dont l’odeur à l’air libre est horrible, indice d’une forte activité bactérienne pendant des mois. le sulfure d’hydrogène est produit par les bactéries qui décomposent les graisses, premier maillon d’une chaîne alimentaire spécifique aux abysses. C’est de la chimiosynthèse que dépend la vie des abysses. Il faut pour cela des os assez gros et massifs pour permettre à la vie de se développer.
La troisième baleine, qui était un animal énorme de 60 tonnes à l’origine, repose depuis 50 à 60 années au fond de l’océan Pacifique. On pourrait s’attendre à ce que la vie y soit devenue rare. Eh bien, contrairement à ce que l’on pensait, de multiples animaux y ont trouvé refuge, crabes, crevettes, vers, petits poissons genre grondin.
Il y a aussi des milliers de clams, dont le Tiburon prélève quelques spécimens pour analyse. Contrairement aux clams habituels, la chair de ceux-ci est très rouge, preuve de la présence d’hémoglobine en grande quantité permettant de fixer l’oxygène dans cet environnement très sulfuré.
Ces clams sont semblables à ceux découverts près des cheminées hydrothermales du pacifique, découvertes en 1977, qui ont une origine géochimique en relation avec le volcanisme sous marin, et les scientifiques du monde entier se sont enthousiasmés alors d’y découvrir une riche faune constituée de vers géants, de clams, de crabes et de crevettes proliférant littéralement dans ces eaux plus chaudes.
Personne ne croyait à une autre source de biochimie avant que Craig Smith n’émette son hypothèse sur la décomposition des baleines. Elles seraient le chaînon manquant pour faire le relais entre les différentes sources hydrothermales, les 500 000 cadavres de baleines présent dans les fonds sous marins maintiendraient la vie dans les abysses. Cela donne en plus une explication aux paléontologues qui s’étaient étonné de découvrir des fossiles de clams parmi les ossements de baleine fossiles dans des sédiments du Pacifique Nord.
Les baleines joueraient un rôle très important depuis plus de trente millions d’années. l’humain, en pourchassant industriellement les baleines au cours du XXème siècle, a fortement diminué la population de celles-ci et très certainement altéré l’équilibre alimentaire des abysses. 80 % des écosystèmes ont ainsi disparu et la raréfaction des cadavres de grands cétacés a provoqué l’extinction de milliers d’espèces abyssales ;
Craig Smith poursuit ses travaux depuis plus de vingt ans et pense qu’il faut préserver les fonds océaniques de toute exploitation industrielle, de multiples secrets sont encore à découvrir, sur les sources du développement de la vie dans les milieux profonds.
Thèmes
cet article apporte un complément à celui de ça dérange http://www.agoravox.fr/article.php3...
je vous redonne quelques liens pour voir les créatures des abysses , s’imaginer un siphonophore c’est pas évident
http://www.vesque.fr/index.php/la-p...
Une baleine... rien que ça ?
Mais c’est qu’il a de l’appétit le gros minou :-p
des fois , les baleines essaient de bouffer les chats http://www.zuzudisney.com/index.htm...
Et ça leur fout les foies une fois !
bonjour cher chat,
savez-vous comment Craig Smith a pu dater ses baleines ? et ne trouve-t-on pas d’autres grosses carcasses dans les fonds : requins, orques, et... humains ?
votre article est passionnant ! :-)) argghhh !!! c’est diffusé sur arte, donc pas de chance de rediffusion !
merci pour les liens , on y a même retrouvé un copain de némo : le Melanocetus Johnsoni !!!
Chère Claude , si c’est passé sur Arte , y’a des chances que ça repasse un jour sur Ushuaia tv , national geografic tv , planète ou Thalassa tv
mais te dire quand ? à lire dans le mar de café ..
les cachalots et orques donneraient de la nourriture pour un certain temps , mais un humain serait bouffé trop rapidement pour ésperer un nouveau karma abyssal ; ne rie pas comme une baleine , les baleines sont bien utiles aux parapluie en ce moment :-))
Bravo encore Matou,
Il y a quand-même des écolos moins chiants que d’autres...
Le Chat dit à la baleine :
"Comment as-tu pu vivre si loin de ma vue, toi si grosse ?"
"Cetacé, Le Chat, ou je me cachalot"
"V’là que ça lui reprend, moi qui pour une fois, a une envie de causer"
"Le petit oiseau et le petit poisson qui s’aimaient d’amour tendre, tu ne te souviens pas de ce que t’en a fait ?"
Après cette remarque désobligeante, Le Chat s’est remis à rêver et à ronronner dans son coin... Il pense déjà à un nouvel article sur les dents de la mer qu’on lui a raconté. Il parait qu’elles sont terribles.
Les lecteurs ont aimé. Moi, aussi. Au suivant.
:-))
@l’enfoiré
Salut Guy ,le captain haddock a écrit que j’écrivais sur les petits animaux , alors je me suis attaqué aux plus gros . les baleines sont des serials krillers :O)
Cet article est encore un de ces graves sujets sur les raisons de s’inquièter de la rupture dans la chaine de la vie. Cela ne vous empèche pas de rigoler entre vous. ( Bon, on a tous intérêt à lutter contre la rupture du moral. Pardonnez moi, mais ce qui me fait rire, c’est la pub, à droite...Pour ne pas déprimer, on a le choix entre le cachet pharmaceutique et...la fille... ya pa photo§ )
Pour en revenir au sujet, je pense que la chaine de la vie est composée d’éléments aux synapses sans envergure, qui n’influe que dans un rayon réduit.
Malgré tout, la baleine étant le maillon quasiment le plus pacifique ( sans jeu de mots ) de toutes les espèces, il serait prémonitoire du pire...qu’elles disparaissent.











