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"Le Peer to Peer énergétique" par Joël De Rosnay

Article publié le 5 mai 2008

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Joël de Rosnay et le « peer-to-peer » énergétique

Reconnu pour ses qualités de pédagogue, Joël de Rosnay a le secret des formules astucieuses. Sa dernière trouvaille : le « peer-to-peer énergétique » propose une vision totalement nouvelle du domaine de l’Energie, basée sur le développement des procédés de production alternatifs. Une révolution profonde qui pourrait modifier sensiblement le paysage énergétique mondial dans les années à venir.

Encouragé par les aides publiques et les subventions, le secteur des énergies renouvelables connaît une croissance exponentielle. De nouvelles sources d’énergie apparaissent ainsi un peu partout sur les territoires. Ceux que Joël de Rosnay appelle les « PPEI » (les Petits Producteurs d’Energies Indépendants) : l’usager qui installe un panneau solaire sur son toit, la commune qui construit des éoliennes ou encore la petite entreprise qui investit dans la biomasse, …

Additionnées, ces différentes productions d’énergie pourraient constituer une ressource importante. Pour bien comprendre le phénomène, Joël de Rosnay le compare au modèle de la « longue traîne » du Net qui montre comment l’aggrégation de milliers de sites web à faible audience permet au final d’atteindre une audience comparable à celles des principaux sites.

Plus visionnaire encore, Joël de Rosnay prévoit la mise en place d’un réseau d’échange avec ses nouveaux producteurs. Si aujourd’hui, l’Etat oblige EDF à racheter les excédents de production d’énergie des particuliers, rien n’empêche de penser que de nouveaux acteurs puissent à terme s’introduire dans le jeu. Ils deviendraient ainsi des sortes de courtiers énergétiques chargés de distribuer l’énergie, non plus de manière verticale (d’un seul producteur vers tous les demandeurs) mais de façon multilatérale.

Reste tout de même quelques difficultés que l’auteur reconnaît volontiers. Comment et sur quel procédé vont se créer ses réseaux ? Qui seront les acteurs de ce nouveau marché ? Comment va-t-on réguler le système ?

Si son idée n’est pour l’instant que théorique, Joël de Rosnay a déjà trouvé un terrain idéal pour la mettre en pratique : l’île Maurice (pays dont il est originaire). Le projet auquel il a décidé de collaborer, en tant que conseiller du 1er ministre mauricien, prévoit une autonomie énergétique du pays de 65% d’ici 20 ans. Un pari ambitieux mais qui, aux dires du spécialiste, n’a rien d’impossible.

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commentaires
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par La mouche du coche (IP:xxx.xx3.95.56) le 6 mai 2008 à 23H18

Vidéo passionnante comme toujours avec M. De Rosnay.

Je me demande seulement pourquoi passer par Google pour échanger son énergie avec son voisin ?

Il suffit de la revendre à EDF qui se charge ensuite de la redistribuer à qui en veut. C’est le plus simple et c’est déjà en place.

cordialement

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par Joël de Rosnay (IP:xxx.xx5.24.123) le 16 mai 2008 à 17H36

Bonjour,

Oui cela marche pour la France en raison du bas prix de production de l’électricité nucléaire. Dans le podcast, je parle de l’échange ou de la revente d’énergie en P2P dans le monde entier. Pays développés et pays en développement. Internet servira à la mise en relation, de « place de marché », les courtiers pouvant être du type « Google », ou pourquoi pas EDF ou similaires (si l’entreprise peut s’adapter à la diversité des offres et des demandes).

Bien cordialement,

JR

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par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 7 mai 2008 à 10H24

vu que je pourrais pas être là lundi 12 à 16H30 pour le chat (vu que je passe mon temps à construire ma maison certifiée passive) : "C’est bien gentil d’envisager le p2p énergétique, mais est-ce que M. de Rosnay pense le voir de son vivant ?"

Pour être un acteur direct (autoconstructeur de maison passive qui évoluera positive) dans ce milieu je pèse bien mieux que les non impliqués les freins qu’il y a dans ce milieu. Des portes j’en ai frappé avant de comprendre (comme beaucoup d’autres dans le même cas) qu’il n’y avait *rien* à attendre du système, que c’est juste de l’affichage de bonnes intentions mais aucune conviction/réflexion derrière.

J’ai 31 piges et je ne sais même pas si je verrais ce p2p énergétique de mon vivant. On passera par des moments douloureux bien avant. Qu’on vienne pas me dire qu’il existe déjà avec le PV connecté au réseau, c’est un (mauvais) simulacre : la charrue est mise avant les bœufs, ça ne peut pas fonctionner.

Et bien plus que la notion de p2p énergétique, la notion même de dépendance à l’énergie est à méditer. Pour que cesse cette petite étincelle qu’on a appelé "l’ére industrielle", et que l’humanité sorte de l’adolescence.

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par aurelien (IP:xxx.xx3.136.192) le 9 mai 2008 à 10H25

QUESTIONS A JDR :

1)Le modèle de "peer-to-peer" expliqué ici ressemble plus à un modèle "client serveur", vous parlez d’ailleurs de Google comme "courtier", or Google est un serveur. Dans le "peer-to-peer", les utilisateurs sont directement en contact via des structures logistiques dont ils ont le contrôle de pair à pair(ex. l’utilisation d’un logiciel approprié) : ne serait-il pas donc judicieux de changer de terme pour ce concept énergétique ?

2)Le développement durable est-il réellement un concept viable ou n’est-il pas une manière pour les gouvernements de faire de la communication en direction de l’opinion publique ? EX : les questions environnementales sont des questions de défense nationale aux Etats-Unis, pays très protectionniste. D’autre part, l’empreinte écologique de la planète indique que les grandes puissances industrielles s’accaparent les ressources énergétiques. Le concept de développement durable n’est-il donc pas tronqué à la base ?

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par abolab (IP:xxx.xx0.87.49) le 16 mai 2008 à 23H54

"N’y a-t-il donc pas contradiction entre la volonté de sortir d’un paradigme tout en maintenant un direction adaptive au sein de ce même système de développement, dans lequel on a simplement introduit des contraintes auparavant négligées ?"

C’est clair !

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par Archimédron (IP:xxx.xx6.133.10) le 9 mai 2008 à 11H22

* Depuis 2000 la consommation des datacenters a doublé (45 milliards de kWh en 2005).

* La consommation d’un avatar de second life est approximativement de 1752 kWh / an, autant qu’un Brésilien moyen.

* Télécharger sur son ordinateur la version électronique de son quotidien préféré consomme autant d’électricité que de faire une lessive. Et revient doncplus cher que le quotidien papier.

* La consommation électrique dédiée aux serveurs et à leurs équipements (air climatisé notamment) représente 1% de la consommation mondiale d’électricité. Les 450 000 serveurs de Google ne sont pas pris en compte dans ce chiffre.

* Cette consommation représente 7.2 milliards de dollars.

* En 2005 il y avait 822 millions de PC dans le monde.

Ma question est donc la suivante : comment imaginer qu’en produisant nous-mêmes notre énergie nous puissions seulement compenser l’immense gaspillage d’énergie d’Internet ?

Deuxième question : Plutôt que de chercher à produire plus d’énergie (car la production individuelle s’ajoutera à la production industrielle), ne serait-il pas plus urgent de chercher à consommer moins ?

Utiliser internet pour partager l’énergie me paraît absurde. Troisième question : ne serait-il pas plus rentable de réduire l’utilisation d’internet ? Je veux dire : consommer plus d’énergie pour en économiser, c’est un peu redondant non ?

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par Joël de Rosnay (IP:xxx.xx5.24.123) le 16 mai 2008 à 17H29

Bonjour Archimédron,

On ne le pourra pas dans un avenir proche. La production individuelle, même en réseau, ne sera que complémentaire de la production massive globale.

Pour votre seconde question : Absolument. Je prône une approche systémique de l’énergie. La réduction de la consommation en fait partie. Les économies abaissent le niveau de la demande. Par exemple, en combinant des matériaux économes en énergie pour l’isolation thermique, avec un puits canadien (12° été comme hiver, donc seulement 6° de différence thermique à ajouter l’hiver quand il fait 0° dehors pour arriver à 18 ambiante. Et climatiser l’été quand il fait 25° dehors avec 12° du puits canadien), et si l’on ajoute une pompe à chaleur, il devient tout à fait justifié d’investir dans un chauffe-eau solaire thermique pour l’eau chaude et le chauffage central.

Enfin, l’utilisation d’Internet pour le partage de l’énergie ne me semble pas vraiment absurde. Car Internet sert à mettre les personnes en relation. Comme le téléphone, l’email ou les réseaux sociaux. Avec l’avantage de bien identifier la qualité et les spécificités des offres et des demandes en énergie.

Cordialement,

JR

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par Joël de Rosnay (IP:xxx.xx5.24.123) le 16 mai 2008 à 17H33

Pour réagir à votre dernière question : On peut essayer. Mais c’est comme le téléphone et la télévision. Qui commence à réduire son utilisation ? Qui va donner l’exemple ? Je crois plus aux économies d’énergie dans la production numérique, notamment en réduisant la consommation des ordinateurs (provenant principalement de la climatisation et du refroidissement des puces). C’est ce que cherche à faire Google.

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par Gasty (IP:xxx.xx4.4.187) le 11 mai 2008 à 12H48

Magnifiquement bien expliqué, bravo.L’investissement de soi et des collectivités ( en matériels énergétiques)au service des autres ne peut pas plaire à ceux qui veulent s’approprier l’énergie. L’ont-ils compris pour s’être à présent lancé dans le chantage de " si tu manges pas tu crèves !".

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par abolab (IP:xxx.xx3.8.165) le 12 mai 2008 à 18H26

Bonjour,

Trois questions à Joël de Rosnay :

1)Le modèle de "peer-to-peer" expliqué ici ressemble plus à un modèle "client serveur", JDR parle d’ailleurs de Google comme "courtier", or Google est un serveur. Dans le "peer-to-peer", les utilisateurs sont directement en contact via des structures logistiques dont ils ont le contrôle de pair à pair (ex. l’utilisation d’un logiciel approprié) : ne serait-il pas donc judicieux de changer de terme pour ce concept énergétique ?

2)Le développement durable est-il réellement un concept viable ou n’est-il pas une manière pour les gouvernements de faire de la communication en direction de l’opinion publique ? Exemple : les questions environnementales sont des questions de défense nationale aux Etats-Unis, pays très protectionniste. D’autre part, l’empreinte écologique de la planète indique que les grandes puissances industrielles s’accaparent les ressources énergétiques. Le concept de développement durable n’est-il donc pas tronqué à la base ?

3)Le concept de "longue traîne" s’inscrit dans un paradigme énergétique industriel. Le défi écologique pour JDR, est-il de modifier en surface ce paradigme ou d’en changer, tout simplement ?

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par Joël de Rosnay (IP:xxx.xx2.27.120) le 15 mai 2008 à 11H54

Bonjour Abolab,

Pour répondre à votre première question, je pense que Goggle est en fait un courtier. Il utilise l’amplification de flux créés par les internautes eux-mêmes pour prélever des pourcentages ou des petites sommes sur les échanges de millions de personnes. C’est un travail de courtier (broker en anglais). Pour l’énergie, quand les gens vont commencer à se vendre de l’électricité entre eux s’ils en produisent plus qu’ils n’en consomment ou s’ils n’utilisent pas leurs installations pendant un certain temps, il faudra bien des « brokers » pour les mettre en contact, évaluer les propositions, et toucher leur pourcentage.. Le logiciel de P2P énergétique sera à la disposition des utilisateurs et sera « transparent ». Seuls compteront vraiment la qualité proposée, le prix et la transaction.

Pour le concept "développement durable", il y a le concept et la communication sur le concept ! Ce sont deux choses distinctes. Les politique utilisent beaucoup la communication sur le concept de DD car elle donne l’impression qu’ils « font quelque chose » pour le long terme. L’amplification médiatique alimentée par la peur, renforce cette communication. En revanche le concept de développement durable est parfaitement viable car fondé sur une réalité tangible : la Planète ne peut pas se permettre une croissance matérielle de l’ampleur prévue et la poursuite de la destruction massive de l’écocapital accumulé, plutôt que l’utilisation raisonnée du « revenu » de la Terre. C’est pourquoi je préfère le concept de « développement adaptatif régulé » à celui de développement durable. Il a, me semble-t-il, le mérite d’introduire les notions d’adaptation et d’autorégulation dans le développement des sociétés humaines en relation avec l’ensemble de la biosphère.

Enfin, pour répondre à votre dernière question, il s’agit plutôt d’en changer ! Dans le paradigme énergétique industriel nous sommes les consommateurs passifs d’énergie produite par des « centrales » (Thermiques, nucléaires, hydroélectriques). Il suffit de se brancher à une prise et de payer la facture. Je propose de changer de paradigme en adoptant une approche systémique de l’énergie. Non plus une guerre des « filières » mais la mise en œuvre de matrices multimodales de production d’énergies renouvelables à parti d’un « mix » énergétique combinant le solaire (thermique et PV), l’éolien, la biomasse, l’hydro, la géothermie, et surtout les économies d’énergie. Dans cette optique, je préconise la prolifération de PPIE (petits producteurs indépendants d’énergie) régulés par des « agrégateurs » de la longue traîne de l’énergie, et jouant à la fois le rôle de « courtier » (pour racheter l’énergie produite) et de « facilitateur » (pour aider dans le choix des équipements les mieux adaptés et assurer les consignes de sécurité ou d’esthétique, notamment pour les éoliennes)

http://www.joelderosnay.com/

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par abolab (IP:xxx.xx0.90.185) le 15 mai 2008 à 18H00

Bonjour, merci de votre réponse

Google est en fait un conglomérat de différents services, allant du moteur de recherche à la création de pages web personnalisées. Ce qui m’interrogeait était le biais économique introduit par l’idée de courtage en rapport avec celui de P2P. Depuis la conception des premiers systèmes P2P centralisés, la technologie s’est développée et cette technique est potentiellement maintenant complètement décentralisable, ce qui affaiblit la légitimité d’un système de contrôle unique (un serveur unique) ou même semi-centralisé. La question de la production de l’énergie et du contrôle de sa diffusion pose aussi celle la fiabilité technique et de couverture de tout système centralisé, qui ne gère qu’une partie haute du spectre informatif (ou dans ce cas, énergétique). En rapport avec cette problématique, il apparaît que la création d’un "google" de l’énergie renouvelable pose de nombreuses questions et pas uniquement d’ordre technique, et c’est ce que pointait ma question sur la légitimité du concept du P2P, qui représente un conglomérat de solutions techniques évolutives (cf P4P) à la diffusion de flux informatifs.

D’autre part, le concept de développement laisse également entendre celui de croissance, qui en est le marqueur statistique. Du point de vue de la systémique, le développement des entités fragmentées que sont les nations s’effectue à l’intérieur d’un système clos (biosphère). Un tel système basé sur l’accumulation n’est pas équilibré, puisque les flux se capitalisent en virtualisant notamment l’économie par la création de bulles financières (stock market bubble en agnlais). Un développement adaptatif régulé s’inscrit, dans son processus, dans la continuité du système actuel, qui est en fait aussi celui notamment du paradigme énergétique industriel que nous avons évoqué. N’y a-t-il donc pas contradiction entre la volonté de sortir d’un paradigme tout en maintenant un direction adaptive au sein de ce même système de développement, dans lequel on a simplement introduit des contraintes auparavant négligées ?


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