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le pique-prune et l''autoroute

Article publié le 2 juillet 2009

le pique-prune et l''autoroute

L’objet du débat du jour : Le pique-prune est un genre de scarabée qui vit dans les troncs des vieux châtaigniers et se nourrit de bois mort. Le tracé de l’autoroute A 28, qui relie Abbeville à Tours semblait susceptible de mettre gravement en péril l’habitat et peut-être l’existence même du pique-prune dans une forêt de la Sarthe. Il y a eu gel des travaux. Le coût de la préservation de la biodiversité peut se révéler exorbitant pour les uns, ce coût est insignifiant pour moi. 

BM : « le nombre de décès par accident par milliard de véhicules*kilomètres parcourus est de 13,4 sur une nationale et de 4,7 sur une autoroute. Un calcul simple, fait sur la base d’un trafic journalier de 6.000 véhicules […] montre que la construction six ans plus tôt de ce tronçon aurait épargné plus de 15 décès, sans parler de centaines de blessures graves ».

biosphere : la facilité de prendre son véhicule, favorisée par les autoroutes, incite à rouler plus souvent, donc accroît le nombre d’accidents mortels. C’est ce qu’on appelle en langage technique l’effet rebond, il y a donc un biais statistique. De toute façon, route ou autoroute, si nos monstres mécanisés n’étaient pas utilisés, il y aurait zéro accident automobile. 

BM : On ne peut, dès lors, mettre cet arbitrage malheureux — si favorable au scarabée, si préjudiciable à l’espèce humaine — que sur le compte de l’ignorance, de l’inadvertance. Le calcul, l’analyse coût-bénéfice, n’a, d’évidence, pas été fait.

 

Biosphere : La construction d’une autoroute provoque-t-elle des avantages supérieurs à la perte d’espaces naturels détruits ? Quel est le coût du réchauffement climatique ? Le problème essentiel posé à l’exercice d’évaluation est qu’une espèce animale ou végétale, la pollution atmosphérique, etc., n’est pas échangé sur un marché.

 

L’évaluation monétaire de l’environnement cherche à mesurer quelque chose qui n’existe pas. La valeur est plurielle et le prix n’en est qu’un élément, particulier à la sphère marchande. Les différentes dimensions de la valeur sont irréductibles les uns aux autres, comme peuvent l’être la valeur esthétique d’une forêt (et de ses pique-prune), l’attachement émotionnel qu’en ont ses habitants, la valeur économique du bois coupé, le rôle des arbres sur le climat ou la richesse de son écosystème. Une analyse coût-avantage, loin d’être scientifique, entretient l’illusion d’objectivité par le recours à la quantification. 

BM : On ne peut, en fait, raisonnablement imaginer que ces coûts, financiers et humains, aient été connus et acceptés lorsqu’il s’est agi, au nom de la protection de la biodiversité, d’interrompre les travaux (de l’autoroute). Sinon peut-être par les tenants de l’« écologie profonde » (ou deep ecology, analysée par Luc Ferry dans Le Nouvel Ordre écologique) qui, refusant d’établir une hiérarchie entre les espèces, n’auraient aucune raison d’être heurtés par les égards accordés aux pique-prune au détriment de la sécurité des hommes. Les partisans de cette version radicale, biocentriste, de l’écologie sont toutefois peu nombreux en France.

Biosphere  : une infime partir de la population, intoxiquée par des ouvrages du type « nouvel ordre écologique », dénigre l’écologie profonde alors que cette philosophie d’Arne Naess (écologie, communauté et style de vie), à lire dans le texte, opère un nouveau renversement copernicien. On croyait autrefois que la terre était le centre du monde, on croit aujourd’hui dans l’idéologie occidentalisée que l’homme est le centre de tout. Il n’en est qu’un des éléments, cela ne devrait pas être une révélation pour qui réfléchit.

 

A force de vouloir dominer la nature, les humains sont devenus une force géologique qui remodèle la planète ; ses routes, autoroutes , habitats, zones industrielles s’étendent au détriment de la biodiversité et des forêts. Bien avant que homo « sapiens » ait épuisé les dernières gouttes de pétrole, tous les travailleurs qui vivent aujourd’hui de l’automobile se retrouveront au chômage ; ils seront bien contents d’aller chercher du bois de chauffe avec les pique-prune, si les forêts n’ont pas toutes disparue. Ils ne pourront que regretter de n’avoir eu aucun respect pour notre planète et ses pique-prune.

 

La distinction entre la version biocentriste (la nature a une valeur en soi) et la version anthropocentriste de l’écologie (la nature est là pour servir l’homme) conserve une portée pratique qui se révélera au cours du temps de plus en plus forte. 

BM : Philippe Kourilsky et Geneviève Viney dans leur rapport sur le principe de précaution rappellent que « le côté positif de la biodiversité est souvent porteur d’une certaine charge idéologique. On s’en défendra en se remémorant que l’émergence du virus du Sida est une manifestation de la biodiversité ». La préservation de cette dernière ne saurait donc évidemment être une fin en soi.

Biosphere  : Bien entendu la nature n’est pas « bonne » en soi et les formes du vivant ne sont pas toujours agréables aux hommes. Mais le fait de prendre un cas particulier, le SIDA, comme un cas général ne peut être accepté. C’est la complexité de la biodiversité, nuisible ou non, qui permet la résilience des écosystèmes ; pourtant les humains provoquent la sixième extinction des espèces.

 

Notre attention pour le pique-prune n’est que l’ébauche de ce qu’il faudrait faire et penser. Les humains seuls sur une Terre dévastée ne sont plus tout à fait humains. 

Source : http://www.slate.fr/story/7049/petits-scarab%C3%A9es-et-grosses-d%C3%A9penses

Thèmes

Biodiversité Réflexion

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