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Les transports après le pic pétrolier

Article publié le 17 octobre 2011

Les transports après le pic pétrolier

Repenser notre système de transport dans un monde où le pétrole est rare et cher n’est pas une mince affaire. En 2010, environ 92,5% de l’énergie consommée pour les transports était issue du pétrole. Le reste se compose d’agro-carburants (5,3%) et d’électricité (2,2%) pour les trains. Depuis 1973, la consommation de pétrole pour les transports a presque doublé, passant de 25,3 Mtep/an à 46,3 Mtep/an.

consommation transports

 

Comme vous pouvez l’imaginer, ce que je vais proposer dans cet article va dans un sens opposé à la tendance actuelle.


Tout d’abord, il faut dire que les politiques de transport actuelles ainsi que les projets d’infrastructures tendent à  décongestionner les réseaux et, au mieux, à réduire les émissions de CO2. Malheureusement, elles ne tiennent pas compte de la vulnérabilité des approvisionnements en pétrole et de la forte hausse des coûts de l’énergie.

 

De plus, ces politiques tendent à réduire les temps de parcours plutôt que de favoriser la réduction des distances parcourues et l’accès aux zones peu desservies. Le développement du TGV et des lignes aériennes internes, par exemple, tend à favoriser l’éloignement entre le domicile et le lieu de travail ou l’éclatement géographique des familles.

Je vous propose donc une orientation que pourraient prendre les territoires afin d’améliorer la résilience du système de transport et la résilience en général face aux pénuries énergétiques à venir ! Cette orientation pourrait se faire en quatre étapes :

 

  1. Ce que l'on peut faire tout de suite, faisons-le !
  2. Améliorer l’accessibilité
  3. Diminuer la dépendance au pétrole
  4. Favoriser les modes doux et durables

 

Etape 1 : Ne pas attendre pour agir !

Comme dans tous les autres domaines de la transition, ce que l’on peut faire tout de suite, faisons-le  ! Toutes les initiatives qui permettent de diminuer notre consommation d'énergie sont bonnes à prendre.

Pedibus2.JPG

N’attendons pas pour développer et généraliser ce qui se fait déjà sur de nombreux territoires :

 

Covoiturage

Pédibus

auto-partage

- évènements autour du roller, du vélo

Associations de récupération, de réparation, de prêt et d’échange de vélo

- Etc …

 

Pedibus.jpg

Projet de pédibus à Toulouse

source : http://blog.ecole-maternelle-sarrat.fr/

Évitons quand même les fausses initiatives qui mettent de la peinture verte sur des pratiques inacceptables, comme ce site de "cojetage" qui met le voyage en jet privé à la sauce covoiturage !

 

 

Etape 2 : Améliorer l’accessibilité pour réduire le nombre et la longueur des trajets 

Il serait inefficace de concevoir de nouveaux réseaux de transport avant même d’avoir repensé l’organisation du territoire. En effet, les outils mis en place suivant les besoins actuels ne seront pas forcément efficaces dans quelques années.  

 

La mobilité est un substitut à l’accessibilité

Le transport est une « fonction support » au fonctionnement d’une communauté. Il n’est pas un but en soit. S’il n’est pas possible de se passer complètement de transport, il est tout de même indispensable de diminuer considérablement les besoins, en améliorant l’accessibilité aux biens, aux services et aux transports collectifs. Il a été estimé qu’au-delà de 400 mètres de distance à parcourir quotidiennement, le recours à la voiture se généralise (dans les pays industrialisés).

L’accessibilité peut être améliorée par la mise en place d’un système de transport fiable pour déplacer les citoyens vers les services ou par la mise en place des services auprès des citoyens, de leur habitation. De plus, rapprocher les services des habitations permet de créer un système décentralisé, générateur d’emplois dans chaque zone. Ce système, considéré jusqu’alors comme moins rentable économiquement, le deviendra avec l’augmentation des coûts de l’énergie.

decentralisation.JPG

Organisation centralisée        Organisation décentralisée

 

Accès aux biens et services

Les choix actuels de la population se situent davantage sur d’autres critères que la distance, comme le prix ou la qualité. Une modification de l’accessibilité des services conduirait à choisir les services les plus proches.

Si les problèmes énergétiques surviennent avant qu’un plan de transport n’ait été envisagé, cela pourra conduire à la disparition de certains services pour des questions d’accessibilité. De même, il y a un risque important de continuité des services si les employés ne vivent pas à proximité.

Les centres commerciaux situés à l’extérieur des villes sont généralement fortement impactés par la hausse du prix des carburants et voient leur fréquentation baisser fortement au profit des commerces de proximité. Il est donc primordial de développer une offre de proximité car la hausse des prix est inévitable.

- Analyser les flux de personnes afin de repérer ce qui génère le plus d’utilisation de véhicules personnels. Ces flux devront être supprimés par l’utilisation d’autres moyens de transports ou la décentralisation des services.

Tenir compte de la distance pour améliorer l’accessibilité et pas uniquement du temps de parcours. La notion de distance est primordiale dans une perspective de choc pétrolier.

- Créer un indice d’accessibilité aux services, à pied, pour les citoyens (ex : www.walkscore.com). Cet indice pourra être utilisé pour la mise en place de nouveaux logements, de nouvelles entreprises ou de nouveaux services. L'exemple ci-dessous montre que le Président de la République française peut accéder à presque tous ses besoins ... à pied ! (note de 90 sur 100)

 

walkscore.JPG

 

 

Accès au lieu de travail

La distance entre lieu d’habitation et lieu de travail a fortement augmenté. Les flux de personnes sont très nombreux et donc vulnérables à une crise pétrolière.

Une forte hausse des prix du pétrole pourrait annuler l’intérêt économique de se rendre au travail pour les emplois uniquement accessible grâce à la voiture personnelle. Par ailleurs, les nouveaux véhicules individuels plus économiques restent aujourd’hui trop coûteux ou trop peu développés pour être démocratisés.

- Encourager les employeurs à partager les bâtiments tertiaires et les centres de service pour permettre aux employés de travailler à proximité de leur domicile.

- Décentraliser certains services pour rapprocher les employés, qui fournissent ces services, de leur domicile.

Il est également possible (et souhaitable) d'échanger son boulot si vous habitez loin de votre lieu de travail ! C'est ce que propose ce site internet à ceux qui passent trop de temps dans les transports.

 

Etape 3 : Sortir de la dépendance au pétrole

Le pétrole représente la quasi totalité de l'énergie utilisée pour les transports. C'est une énorme faiblesse de notre système et il faut absolument diversifier les équipements pour améliorer la résilience locale.

 

ambulance-electrique.JPG

Ambulance électrique

Les véhicules dont l’usage est prioritaire (pompiers, dépannage d’urgence, police…) doivent être rapidement modifiés ou remplacés pour permettre l’utilisation d’autres types de carburant (biogaz, électricité, huile végétale …). Cette démarche devra être effectuée également, à terme, pour les transports collectifs et des véhicules en libre service (parc limité et consommation maîtrisée).

- Évaluer le besoin énergétique pour les usages prioritaires sur le territoire, afin d’améliorer l’autosuffisance locale

- Diversifier les approvisionnements énergétiques avec des ressources locales (biogaz de station d’épuration ou de déchets ménagers et agricoles, électricité d’origine renouvelable, huiles et graisses alimentaires usagées ou déclassées …

 

biogaz.jpg

Bus équipé pour rouler au biogaz de déchets urbains.

85% du parc de bus de Lille métropole fonctionnent au biogaz

 Etape 4 : Favoriser les modes de transport doux et durables

 L’utilisation d’alternatives à la voiture ne pourra se développer que si l’offre est attrayante ou sous la contrainte (généralement économique). C’est pourquoi il est important de mettre en place un environnement « hostile » pour la voiture et favorable à la circulation piétonne, l'utilisation du vélo ou des transports collectifs.

Améliorer les connexions entre les moyens de transport (porte-vélos sur les bus et dans les trains, parking à vélo sécurisés aux points de connexion, compatibilité des tickets entre les modes de transport …)

Mettre en place des restrictions d’accès pour les voitures, en proposant des moyens de transport doux et/ou collectifs.

Réduire le nombre de places de parking dans la ville. Il serait idéal de végétaliser ces zones.

- Organiser des évènements temporaires afin de permettre aux habitants de tester de nouvelles situations (fermeture du centre ville à la circulation, marquage temporaire des routes etc …)

 

Conclusion

Vous l'aurez compris, l'enjeu principal pour l'avenir des transport, c'est de pouvoir s'en passer. Le pic pétrolier va causer de gros problèmes d'approvisionnements énergétiques et le pic des autres ressources (fer, cuivre, métaux rares ...) ne nous permettra pas de renouveler le parc de véhicules mondial, quelle que soit l'énergie utilisée.

Vous aurez remarqué que je ne fais pas de scénario chiffré à l'horizon 2030 ou 2050. En effet, cela me parait complètement illusoire tant les circonstances énergétiques, économiques et climatiques futures sont imprévisibles. Je propose donc simplement des pistes à suivre localement et à mettre en oeuvre le plus vite possible.

Tout ce que nous aurons pu faire sera un peu de résilience gagnée, un peu de sérénité pour envisager l'avenir sans pétrole.

Thèmes

Transports Agrocarburants Pétrole

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commentaires
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par Hervé (IP:xxx.xx1.57.113) le 17 octobre 2011 à 20H35

"Évitons quand même les fausses initiatives qui mettent de la peinture verte sur des pratiques inacceptables, comme ce site de "cojetage" qui met le voyage en jet privé à la sauce covoiturage !"

Et c’est pas des conneries en plus !!! : http://www.cojetage.fr/ Bon je crois pas que l’economie de carburant soit leur principale raison d’exister (bien qu’ils revendiquent cela). Décidément le marketing a des idées sans limites...

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(IP:xxx.xx3.65.100) le 17 octobre 2011 à 22H08

@ L’auteur

Enfin un article agréable.

Pas de calculs fumeux.

Des solutions variées.

Une offensive du bon sens.

Écrivez en d’autres...

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(IP:xxx.xx3.88.227) le 18 octobre 2011 à 17H59

C’est le genre d’agitation neuronale qui permet à un certain nombre de gourous auto proclamés de se donner l’air d’exister.Il vaut mieux les avoir là qu’au chomage.

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par Milo (IP:xxx.xx8.82.160) le 18 octobre 2011 à 22H23

La disparition du pétrole ne pourra pas être compensée par des pétroles synthétiques, ni par les agrocarburants, l’hydrogène ou l’électricité. Cela entraînera la disparition d’une grande partie des voitures et des camions. Les agglomérations démesurées devront céder la place à de petites villes autonomes en énergie et en nourriture.

C’est ici : http://futura24.voila.net/petrole/voiture.htm

Pour remplacer tous les véhicules (voitures, camions ...) utilisant aujourd’hui le pétrole, il faudrait 58 réacteurs nucléaires classiques en France et 1600 réacteurs (1000 MW) dans le monde.

Réacteurs utilisés à plein temps pour ce seul besoin, 24h/24 et 7j/7. S’inscrire sur la liste et attendre son tour pour recharger son véhicule.

Avec l’hydrogène par électrolyse, ce serait encore pire : deux à trois fois plus de réacteurs nucléaires selon que l’hydrogène est compressé (700 atmosphères) ou liquéfié ( -253 degrés).

La seule solution plausible est de faire le chemin inverse (dans ce domaine) de celui parcouru depuis deux siècles : exode urbain et retour à la terre, à la production et à la consommation dans le voisinage.

Ce sera l’occasion de construire des maisons et immeubles "zéro énergie" : passivhaus, minergie ...

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(IP:xxx.xx3.94.3) le 23 octobre 2011 à 17H49

BACK TO THE TREES.....................

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(IP:xxx.xx9.132.234) le 3 novembre 2011 à 17H01

exode urbain et retour à la terre, à la production et à la consommation dans le voisinage.

Travail, Famille, Patrie !

La terre ne ment pas !

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par Eric Lombard (IP:xxx.xx0.16.68) le 23 octobre 2011 à 12H38

Pourquoi opposez-vous réduction des émissions de CO2 et vulnérabilité des approvisionnements pétroliers ? Les deux facteurs jouent dans le même sens. Qu’on le veuille ou non, il faudra progressivement réduire notre addiction au pétrole :
- d’abord parce qu’il émet beaucoup de CO2
- ensuite parce qu’il sera de plus en plus rare, donc de plus en plus cher

Mais c’est possible ! Le scénario négaWatt 2011 (http://www.negawatt.org/scenario-ne...) démontre qu’en France en 2050 on pourrait assurer les besoins énergétiques de la mobilité avec 35 TWh de pétrole au lieu de 625 TWh en 2010. La solution : sobriété, efficacité, énergies renouvelables (biogaz, 159 TWh, biocarburants, 31 TWh et électricité, 30 TWh).

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par Benoit Thévard (IP:xxx.xx9.70.22) le 24 octobre 2011 à 09H01

Je ne les oppose pas, elles conduisent toutes 2 à une diminution de l’utilisation des énergies fossiles.

En revanche, il y a une grande différence entre, d’une part, la prise en compte d’une possible rupture d’approvisionnements ou mise en place de rationnements par manque de quantité disponible sur les marchés et, d’autre part, une réduction volontaire et progressive de la consommation en optimisant les déplacements existants et en imaginant conserver notre mobilité. L’un se base sur une vulnérabilité du système à court terme, et l’autre sur une politique environnementale volontariste de long terme. Idéalement il faut tenir compte des 2 ... Quant au scénario nW, je je vous invite à aller lire mes 2 articles à ce sujet :

http://www.avenir-sans-petrole.org/...

http://www.avenir-sans-petrole.org/...

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(IP:xxx.xx9.132.234) le 5 novembre 2011 à 15H33

Voici les prévisions américaines sur le Peak Oil depuis que la notion existe

· en 1914, le Bureau des mines américain pensait que les réserves de pétrole seraient épuisées en 1924.

· en 1939, le Ministère de l’intérieur estimait que les réserves mondiales de pétrole dureraient 13 ans.

· Le pétrole a été le carburant de la seconde guerre mondiale et du boom économique qui l’a suivi.

· En 1951, le Ministère de l’intérieur estimait, à nouveau !, que les réserves mondiales de pétrole à 13 ans.

· En 1970, on estimait les réserves mondiales de pétrole à 612 milliards de barils.

· En 1977, le président américain Jimmy Carter affirme que "le monde aura consommé tout son pétrole d’ici la fin de la prochaine décennie".

· En 2006, on avait déjà pompé plus de 767 milliards de barils de pétrole du sous-sol et on estimait les réserves à 1200 milliards de barils.

· Depuis, le monde a consommé 3 fois plus de pétrole que les réserves estimées alors.

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par Benoit Thévard (IP:xxx.xx4.51.238) le 5 novembre 2011 à 16H03

@ IP:xxx.xx9.132.234 En 1956, M.K. Hubbert annonce un pic de production pour les USA en 1970 et il avait raison. Il annonçait également un pic mondial vers 2000 mais ne pouvait pas anticiper les crises de 1973 et 1979 qui ont repoussé le pic de qques années. Aujourd’hui, vous pouvez vous baser sur des propos tenus en 1913, ce que vous faites très bien, ou regarder simplement l’évolution de la production mondiale actuelle : pic du conventionnel passé en 2006, plafonnement de tous les hydrocarbures liquides, baisse des stocks stratégiques et forte hausse des prix hors des périodes de récession... Pensez-vous que nous irions chercher su off shore profond, des huiles de schiste, des sables bitumineux si nous n’avions pas de problèmes ? Nous avons certes encore la moitié des réserves disponibles (1100 à 1300 Gb), mais nous n’arrivons plus a augmenter la capacité de production... c’est physique ! Un monde qui a moins d’énergie est un monde sans croissance et tout ce qui va avec ! Mais surtout, nous sommes importateurs à 99%, autant dire, qu’il suffit de peu de chose pour que le robinet soit coupé !

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