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La mobilité des français : propositions pour sortir de l'impasse de la taxe carbone

Article publié le 9 mars 2011

La parution d’une grande enquête sur la mobilité des français permet de mieux comprendre à quel point l’instauration d’une taxe carbone aurait été une grande erreur. Son enterrement par Nicolas Sarkozy, il y a un an, fut une bonne idée car elle aurait accru les inégalités entre les Français. L’enquête confirme aussi la critique souvent entendu de taxe en faveur des "Bobos".

La mobilité des français : propositions pour sortir de l'impasse de la taxe carbone

L'étude du commissariat général au développement durable démontre que les Français émettent deux tonnes de CO2 par an lors de leur déplacements, ce qui représente environ le tiers de leurs émissions (6,7 tonnes). Cette moyenne cache de grandes inégalités : les ménages les plus pauvres n'en émettent qu'une tonne quand les plus aisés dépassent les trois tonnes. Mais les premiers le font dans le cadre de la "mobilité locale", essentiellement des déplacements domicile-travail, qui sont contraints, alors que les plus riches le font en grande partie pour des déplacements à grande distance (plus de 80 km) correspondants à des loisirs et à des vacances.

On constate aussi que les émissions de CO2 sont plus importants pour les habitants des zones rurales et péri-urbaines que pour les résidents du centre des grandes agglomérations. Ceux qui en émettent le moins sont les habitants de Paris intra-muros. La conclusion est sans appel : ceux sont les Français qui peuvent se payer l'immobilier le plus cher qui émettent le moins de CO2. L'instauration de la taxe carbone aurait donc été une véritable injustice : les Français contraints d'aller se loger en périphérie des grandes villes auraient dû "payer" pour aller travailler alors que les plus aisés auraient moins participés à la taxe carbone. On comprend mieux pourquoi cette taxe a été immédiatement impopulaire et pourquoi elle a été tout de suite assimilée à une taxe "bobo".

L'étude démontre aussi l'allongement des trajets quotidiens domicile-travail passant de 17,4 km en 1982 à 25,2 km en 2008. L'éloignement des centres d'activités est le prix à payer pour accéder au rêve de la maison individuelle. Cette spécificité française est de plus en plus coûteuse pour les ménages modestes qui deviennent totalement dépendants de la voiture individuelle pour leurs déplacements.

Le modèle urbanistique français de la péri-urbanisation à outrance nous envoie tous dans le mur. Quand les coûts du pétrole grimperont de manière significatives, l'émiettement urbain conjugé à la pénurie de logements représentent des bombes à retardement qui vont "exploser à la figure" de la société française.

Comment en sortir ? Certainement par une taxation carbone telle qu'elle a pu être imaginé. Car si elle peut passer pour un signal politique fort, il le sera uniquement pour les publics victimes de cette péri-urbanisation. Elle n'aurait que peu d'effets sur les habitudes d'utilisation de la voiture individuelle.

Alors que faire ? Michèle PAPPALARDO Déléguée interministérielle et Commissaire générale au Développement durable, dans la conclusion de son rapport affirme l'idée forte suivante : 

La promotion d'une mobilité alternative à la voiture individuelle, outre les actions en faveur du changement des comportements (covoiturage, développement du télétravail...), dépend d’un effort d’investissement dans les transports en commun.

 Aussi, si il faut faire quelque chose, cela peut prendre la forme d'une double action :

-une taxation carbone est nécessaire car c'est un signal politique fort. Mais il sera acceptable si il est très faible. Plutôt qu'un tarif de 17 euros par tonne (soit 3 centimes par litres d'essence), il est préférable de commencer à 6 euros par tonne (soit 1 centime ce qui paraît symbolique). Et il est nécessaire de prévoir, d'acter immédiatement son augmentation avec un calendrier prévisionnel. On peut, par exemple, imaginer de rajouter un centime par an. Cette stratégie sera plus acceptée par la société en obtenant les mêmes effets.

-mais cette taxation sera inefficace et vaine sans la construction de solutions alternatives pour les "victimes" de cette taxe, principalement les ménages pauvres et péri-urbains. Je propose donc l'affectation de la totalité du produit de cette taxe à des investissements qui permettent la promotion de mobilité alternative comme le propose Michèle PAPPALARDO.

Le produit de la taxe pourrait ainsi servir à développer des outils internet permettant de trouver et de recenser, en temps réel, et partout, toutes les solutions alternatives à un trajet en voiture individuelle. Cet argent pourrait aussi participer au développement des investissements en matière de transport en commun, de télétravail, de covoiturage et de location de véhicules.

En conclusion, les défenseurs de la taxation carbone, inquiets de l'évolution climatique, ont trop souvent tendance à se focaliser sur la nécessité de changer nos comportements. Fortement convaincus eux-mêmes, ils ont alors du mal à percevoir que la majorité de leurs contemporains restent sceptiques et ont construits leur mode de vie autour de valeurs radicalement différentes. Il faudra du temps, de la conviction et la construction de propositions alternatives réalistes pour les amener à changer. 

Aussi, il ne suffit pas de construire des contributions fiscales environnementales, il faut aussi imaginer des systèmes incitatifs qui permettent d'accepter les enjeux de la transformation sociales et environnementales.

 

Thèmes

CO2 Taxe Carbone Mobilité durable

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commentaires
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par Helios (IP:xxx.xx8.168.252) le 9 mars 2011 à 21H26

Bonsoir, Tout d’abord, merci pour votre article. Ensuite, permettez moi de vous poser la question, — que je me pose aussi a moi-même, rassurez-vous — : Qui ete vous, en terme de competence, pour affirmer peremptoirement que le CO2 est l’élément significatif dans l’effet de serre, et même que cet effet de serre est responsable du rechauffement global ? Qui etes vous egalement pour proposer une interpretation aussi affirmative des tenants et aboutissants du modele de déplacement urbain ?

Je ne veux surtout pas vous vexer, mais a moins que vous soyez un expert dans un des domaines relatifs a votre article, vous etes comme moi, seulement un observateur beotien qui doit se mefier et ne peut qu’apporter son BON SENS pour percevoir et apprecier notre société.

Par exemple, vous dites : ...l’allongement des trajets quotidiens domicile-travail passant de 17,4 km en 1982 à 25,2 km en 2008. L’éloignement des centres d’activités est le prix à payer pour accéder au rêve de la maison individuelle ... (prendre en compte tout ce paragraphe...

Vous voyez, ma perception a moi est plus simpliste et se base sur un mecanisme de bon sens : Les entreprises se regroupent dans des zones d’amenagement qui leur sont destinées par les comunes et ne sont pas integrées au tissu urbain, donc cela crée des flux entre les zones "habitables" et les zones "de travail". Rien a voir avec la maison individuelle. L’augmentation de la distance est egalement due a ce partitionenment mais egalement a la taille croissante des agglomerations, car une ville de 2 km de diametre ce n’est pas pareil qu’une de 10 km, d’autant que pour des questions de nuisances, les voies de circulations sont deportées a l’exterieur augmentant considerablement la longueur du parcours.

Votre article est interressant, mais n’est pas du tout objectif, il est clairement orienté anti-automobile, anti-deplacement individuel et ce n’est pas en décorant votre solution d’une facade économique en faveur des plus concernés par les taxes que cela change quelque chose.

Pour ne pas ecrire un autre article en réponse au votre, permettez moi, avec bon sens de proposer des orientations moins autoritaires, non punitives et surtout realisables sans conflit... avec par exemple, pour diminuer la distance domicile-travail :
— - modification des PLU et autres regles d’urbanismes pour redonner du dynamisme et autoriser les commerces et petites entreprises PARTOUT dans les villes, centre ville compris.
— - Facilitation de l’acces dont le transit automobile local pour que les "clients" et les fournisseurs puissent aller jusqu’au lieu de production et de vente et puissent stationner de façon technique et economique acceptable
— - mettre en place des moyens de transport legers, rapides et adaptés (genre montée et descente a la demande) comme cela se pratique dans certains pays du nord a tres faible cout.

Mais egalement redonner au "marché" du travail un equilibre qu’il a perdu a cause de nombreuses "obligations"... arreter donc les cartes oranges et autres subventions de transport afin que les travailleurs preferent la proximité. Stopper les indemintés de residences du personnel de l’etat etc

car, au cas ou vous ne l’auriez pas compris, a chaque aide que l’etat apportea une categorie, il existe des predateurs qui se chargent de profiter de cette aide... voyez, par exemple, le prix des appareils verts (chauffe eaux solaire, photovoltaique,isolations)dont les prix explosent en France parce que l’acheteur est subventionné pour cela.

J’arrete là, je suis désolé d’être long, mais il est vraiment difficile de constater que nous avons au pouvoir des gens qui ne se soucient pas de ceux qui les ont elus et qui pratiquent un deni democratique, ignorants superbement les aspirations et choix des citoyens,et d’autres comme vous, qui pretendent apporter des solutions ecologiques et qui operent exactement de la même maniere. ... mais c’est vrai que l’ecologie ne peut etre que dogmatique, puisque c’est la nature qui dicte et l’homme qui doit s’y soumettre !

...et en terme de dogme, il y a des gens qui se battrons jusqu’au bout pour casser ceux qui veulent les soumettre.... soumis a la nature, peut etre, mais soumis a ceux qui parle pour elle, jamais !

Bonne soirée

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par rcoutouly (IP:xxx.xx3.50.51) le 9 mars 2011 à 22H30

Merci pour votre commentaire : la première partie de votre texte interroge ma légitimité. Je ne suis pas un expert sur la question (mais les experts officiels démontrent chaque jour leur vacuité). Je suis un citoyen qui exprime son opinion et ses idées. Je ne suis pas "objectif" mais il ne peut en avoir dans des sujets aussi complexe où la vérité n’existe pas. Mais l’analyse sur lequel je m’appuie provient du très respectable et officiel Centre de planification du développement durable (voir le lien au début de mon article).

Vous proposez des actions et propositions basés sur des outils qui soit existe (PLU) soit dont on voit mal comment on va les développer (développer les transports en commun légers, c’est très bien mais vous ne dites pas comment les développer).

Le coeur de ma réflexion sur la fiscalité provient d’un élément d’accord avec vous : on ne peut obliger les citoyens dans une société libre. Il faut plutôt les inciter en les laissant libre de faire leur choix. Vous comparez à la fin l’écologie à un nouveau totalitarisme. C’est un risque et pour répondre aux défis des crises économiques et écologiques que nous rencontrons, il faut redonner du poids à la puissance publique tout en préservant les libertés. La fiscalité si elle est intelligente permet de répondre à ces défis. Si elle est mal conçue, cela ne marche pas : si il y a des requins qui ont profité du photovoltaique, c’est parce que les outils fiscaux étaient mauvais. je le dis depuis 4 ans.

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par astrozygote (IP:xxx.xx2.195.60) le 10 mars 2011 à 19H52

La contribution carbone était conçue pour envoyer un signal prix pour des comportements qui ne sont pas durables. Qu’il y ait des solutions ou pas (transport en communs), ça ne change rien ! Le pétrole bon marché est bientôt tari et a mon humble avis, le prix du pétrole à la pompe va exploser le budget des ménages. Je pense que c’est trop tard pour discourir, la contribution carbone devrait exister depuis au moins dix années, comme en Suède - à plus de 100 € la tonne. Et les gens vont encore travailler. A six euros la tonne, le signal sera invisible.

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