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Commerce

Article publié le 15 mai 2009

Commerce

Dès 1964, la conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) le dit clairement : Le commerce, pas la charité. Le mouvement de que l’on appelle aujourd’hui le commerce équitable est né dans des milieux chrétiens militants, aux Etats Unis de l’après guerre. C’est une approche morale[1],

qui évolue ensuite au fil des années pour s’affirmer équitable. Ce ne sont pas des bonnes œuvres, mais le respect de la déclaration universelle des droits de l’Homme (article 23) : Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante, lui assurant ainsi qu’à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine. Cette belle affirmation ne va pas de soi. Les règles traditionnelles des échanges, à toutes les échelles, font la part belle aux acteurs dominants. Allez en parler aux jeunes agriculteurs français, en négociation permanente avec les grands groupes alimentaires et les grandes surfaces. Sans parler des subventions aux agriculteurs du Nord, qui leur permettent d’envahir le Sud et de marginaliser l’agriculture[2] locale. Le résultat est le creusement du fossé qui sépare les riches et les pauvres : Les 2% les plus riches de la population adulte du monde possèdent aujourd’hui plus de la moitié de la richesse des ménages du monde alors que les 50% les plus pauvres n’en possèdent qu’à peine 1%[3].

De grands économistes, tel le prix Nobel Joseph Stiglitz, mettent la communauté internationale en garde contre cette situation qui semble s’accentuer, et produit sporadiquement des émeutes de la faim. On peut se demander si le maintien et l’exploitation de telles inégalités n’est pas en soi source de gigantesques problèmes. Des tensions sociales qui provoquent la création de murs[4] de toutes sortes, pour protéger les riches du déferlement des pauvres, le gâchis des nombreuses ressources –naturelles et humaines - laissées en friches pour cause de non rentabilité, la dégradation de l’environnement qui résulte de la concentration de la production. Tout ça n’est pas très durable, toute affaire de morale mise à part.

Les promoteurs du commerce équitable ne font pas non plus de morale. Ils feraient plutôt de la politique, au sens plein du terme. Leur tête d’affiche, Max Havelaar, est un aventurier, genre Robin des Bois. Il se bat au XIXe siècle contre un système oppressant, dont les producteurs indonésiens de café étaient les victimes. Un héros de roman, un héros populaire qui marche bien, à voir la progression du chiffre d’affaire des produits équitables, +30% en France en 2007, + 70% en Grande Bretagne. Ces chiffres ne peuvent être obtenus que parce que l’on part de bien bas, 3,2 euros par habitant et par an en France, mais 13 en grande Bretagne et 20 en Suisse.

Côté producteurs, ça finit par compter. Le chiffre d’affaire du commerce équitable reste très modeste, mais dans certaines régions ou dans certains pays, il a permis des avancées certaines, au-delà du cercle des producteurs eux-mêmes. Des populations sont stabilisées, de nouveaux cadres sont formés. L’influence prise par une fédération locale de commerce équitable dans les Yungas de Bolivie, la Fecafeb, 25% du marché, a conduit de nombreux intermédiaires à s’aligner pour préserver leur source d’approvisionnement. Le commerce équitable fait tâche d’huile.

Ne crions pas victoire, il reste du chemin à parcourir, mais on voit se dessiner un mouvement qui pèse dans le commerce mondial, et pourrait influencer ses règles de fonctionnement.

Le commerce équitable se construit en réaction à un marché brutal et à courte vue, mais il s’inscrit dans ce marché, et cherche à y multiplier ses points de vente. Tout comme le micro crédit lancé en 1976 au Bengladesh par Muhammad Yunus avec la Grameen bank, la banque du village[5].

Le micro crédit s’insère dans le système bancaire classique, en permettant à ceux qui en sont exclus d’y parvenir progressivement, à leur rythme et avec leurs moyens propres. Commerce équitable et micro crédit constituent par leur seule existence des contestations du marché et de la banque traditionnels, mais font avec[6], pour aller plus vite et plus loin. Un développement pragmatique, et durable à la fois.

 

Pour en savoir plus : Jean-Pierre DOUSSIN, Le commerce équitable, collection Que sais-je ? PUF, mai 2009, ouvrage d’où provient largement la science étalée dans cette chronique.




[1] Morale, chronique du 19/02/2009

[2] Agriculture (08/05/2008)
[3] Rapport mondial sur le développement humain du programme des Nations Unies pour le développement, (PNUD), 2006-2007.
[4] Mur (08/04/2006 et n°43 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )
[5] Voir la chronique Hybride (14/01/2008)
[6] Faire avec (30/04/2009)

 

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Développement durable Commerce

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commentaires
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(IP:xxx.xx1.177.178) le 24 mai 2009 à 16H41

Merci Monsieur pour ce bel article qui nous éloigne bien de l’apologie du luxe et de ses conséquences désastreuses.

On peut continuer votre description en pensant à la mort prochaine annoncée de notre société puisque de nombreuses personnes ne cessent de clamer que l’on va dans le mur. ET SI , ces nouveaux industriels et cultivateurs évitent les nombreux produits dont les phytosanitaires qui nous féminisent et certainement ont bien d’autres inconvénients, nous voyons poindre ...un espoir de survie pour les quinze milliards d’ Humains qui arrivent peupler notre terre.

Tout est à réinventer et le monde a besoin de personnes comme vous qui ont enfin compris que les Justes Relations entre les Hommes sont les seules espérances de survie. Vous avez expliqué les possibilités d’échange, mais il y a aussi les soins dont les laboratoires ont détournés de nombreuses possibilités de traitements bien plus efficaces que certains nouveaux produits comme il fut montré en 2002 et en 2005 à l’OMS avec des applaudissements dont les mains ont vite refermé ces possibilités quasi-gratuites...de l’argile qui pourrait guérir et gratuitement une maladie mortelle ... !!!...et ça continue avec le ’traitement des désaccords qui arrivent fatalement entre populations’ à faire autrement que par ces horribles combats où des enfants trinquent !.

Tout est à ré-inventer pour construire une société qui aura pour base de plus Justes Relations entre Nous, les Hommes. La diplomatie serait prioritaire après la nourriture à mon avis.

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