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Talent

Article publié le 17 décembre 2008

Talent

Nous approchons de la fin 2008, l’année où l’on a célébré le 40e anniversaire de mai 68. Une bonne occasion de remettre cet évènement marquant en perspective avec le développement durable. Parmi les articles rétrospectifs sur cette période chaude de notre histoire récente, citons Marcel Gauchet, rédacteur en chef de la revue Le Débat[1]. Cet observateur attentif donne une clé pour la compréhension des évènements : La génération des parents avait connu l’advenue de la société d’abondance tout en continuant de vivre dans une culture de la rareté. C’est presque l’inverse que l’on pourrait dire aujourd’hui pour leurs enfants, qui ont abandonné la culture de la rareté sans voir l’advenue de la société du 21e siècle, celui où la finitude du monde s’impose. L’abondance[2] est redevenue un thème de débat.

Il est vrai que l’importance des progrès[3] en tous genres a pu donner le vertige, et laisser penser que le caractère économe et précautionneux des modes de vie traditionnels était dépassé. Il fallait consommer pour faire tourner l’économie, et non économiser dans la peur du lendemain. C’est justement cette dernière qui nous mobilise aujourd’hui, couplée avec le souci de ne pas casser le système dans lequel nous vivons : le remède ne doit pas tuer le patient. Belle contradiction à laquelle nous devons les délices du développement durable. Comment en sortir par le haut, comment trouver une voie qui nous permette d’une part de revenir au sens premier de l’économie, une gestion optimisée de biens rares, et d’autre part de poursuivre une forme de croissance. Une rupture trop brutale ferait trop de victimes, et bien entendu, ce seraient les plus pauvres qui trinqueraient les premiers, les habitants des pays pauvres et les pauvres des pays riches.

Pour y parvenir, tirons un trait sur les solutions toutes faites, les anathèmes et les condamnations définitives, que ce soit des chantres du PIB ou de ceux de la décroissance. Abandonnons toute vision manichéenne, qui ne mène en général qu’à figer les situations. Place à l’intelligence, au talent des acteurs. Ce sont eux qui détiennent les réponses, dans l’épaisseur de la société, avec leurs créativité, leurs cultures, leurs envies. Puisque nous ne pouvons nous passer de croissance et que celle que nous connaissons nous mène droit dans le mur, il faut changer de croissance. Si l’on ne peut déroger à l’ordre divin Croissez et multipliez, il faut lui trouver un nouveau sens. Le rapport Brundtland nous montre la voie à suivre.  Il faut repousser les limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. C’est là que nos talents doivent se mobiliser, avec les deux orientations pour nos recherches, la technique et l’organisation sociale.

Le salon POLLUTEC et les manifestations qui l’accompagnent offrent l’occasion de mesurer la créativité de ces talents. Le prix entreprises et environnement, organisé par le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, en collaboration avec le Crédit Coopératif et l’association OREE, nous en donne des illustrations multiples. Prenons deux exemples de ce que l’on appelle l’éco conception, l’un dans les produits industriels et répétitifs, l’autre dans les aménagements.

Vous trouverez l’abribus Cirrus, conçu et réalisé par l’entreprise Nord Technique, dans plusieurs villes et agglomérations du Nord de la France et à Aix en Provence. Il est éco-conçu : matériaux recyclables, refus des métaux lourds et des substances CMR (Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques), calcul des quantités de matériaux employés pour en utiliser le moins possible tout en garantissant la solidité de l’ensemble, consommation d’énergie réduite par le recours à des lampes LED qui consomment, à éclairage identique, trois fois moins que les tubes fluorescents. Il peut être autonome et éviter toute tranchée pour son alimentation électrique, grâce à l’énergie solaire. Les abribus peuvent avoir du talent !
Autre exemple, dans les travaux routiers. Le Grenelle les mets sous contrôle, mais il en faudra bien, ne serait-ce que pour moderniser et entretenir le réseau actuel.

La rocade Sud Est de Troyes, 6km, a été réalisée de mars à juillet 2008 par l’entreprise APPIA Champagne, avec de nouvelles techniques à partir de l’enrobé à froid. Résultat ? Division par deux de la consommation d’énergie, des émissions de gaz à effet de serre, des distances parcourues par les matériaux, dont le volume a en outre été fortement réduit. Ce n’est pas encore le facteur 4, mais saluons le progrès d’autant plus qu’il s’accompagne d’une amélioration des conditions de travail des personnels sur le chantier, et que le produit offre aux usagers de la route de meilleures conditions de sécurité et de confort. A quel prix ces performances sont-elles atteintes, demanderez-vous avec l’arrière pensée bien répandue que le développement durable coûte cher ? Un cout négatif. Le conseil général de l’Aube, maître d’ouvrage de la rocade, a réalisé une économie de 420 000 €. Dommage pour le PIB, que ce coût négatif n’arrange pas. Mais intéressante démonstration qu’il est possible de créer des équipements de qualité divisant par deux la consommation de certaines ressources tout en faisant des économies. Il reste bien sûr à vérifier que cette rocade permet aux troyens de réduire le trafic dans la ville et d’améliorer ainsi leur qualité de vie. Le progrès des techniques ne garantit pas la sagesse leur usage, mais ne boudons pas notre plaisir, car la sagesse a besoin de technique performante.

Faire mieux, avec moins de prélèvements de ressources, c’est bien une des voies du développement durable, et ça pourrait bien aider à sortir de la crise. Et pour ça, vive le talent !

[1]Marcel Gauchet, Bilan d’une génération (Mai 68, 40 ans après), Le Débat (Gallimard) n° 149, mars avril 2008.

 

 

Thèmes

Développement durable Réflexion

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commentaires
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par mathieu hangue (IP:xxx.xx7.171.238) le 18 décembre 2008 à 10H25

La rocade de Troyes est effectivement exemplaire de ce que sont devenus trop d’écologistes.

La crise écologique demande des changements profonds dans nos modes de production et de consommation et on se réjouit de bouts de chandelles...

"La sagesse a besoin de techniques performantes", mais la technique, même performante, ne remplacera jamais de bonnes décisions politiques...

Et on les attend toujours.

MH

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par themask62 (IP:xxx.xx7.121.194) le 7 janvier 2009 à 15H18

Les nombreux effets rebonds du "développement durable" me rendent bien moins optimiste que vous ne l’êtes : une nouvelle rocade signifie automatiquement plus de voitures.

Quant au LED,qui ont remplacé dans de nombreuses villes les anciennes guirlandes - jetées ? - à Noël, vont inciter de nombreuses personnes à les laisser allumer plus longtemps.

Et la liste est longue.... Ma voiture est électrique et moins chère ? : je vais faire plus de trajets (plus de routes nécessaires ?) et plus souvent.

Mon nouveau chauffage et mes limiteurs de débits d’eau me font économiser de l’argent ? : je vais partir en voyage discount au Maroc.

etc. etc.

Voilà pourquoi les technologies vertes n’auront rien d’écologiques si les comportements ne changent pas.

Beaucoup d’efforts mais pas besoin de beaucoup de talent pour cela.. ;-)

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