Article publié le 25 janvier 2008
Suite à une série de notes sur ce blog et d’autres[1], la prise de conscience de certains problèmes par les politiques ou les médias, la crise financière et économique qui se manifeste, le constat est, à moins de se voiler la face, désespérant, ou pour dire simplement : nous sommes fichus[2].
Il faut malgré tout ne pas se laisser aller au désespoir : ce n’est qu’une phase normale après l’ignorance, le déni et l’acceptation. Il faut passer rapidement à la phase suivante qui est l’action, et particulièrement l’action positive et constructive.
Tout d’abord, un premier constat s’impose : nous ne sommes pas arrivés là par la volonté d’un monarque tout puissant, d’un gouvernement corrompu, de quelques multinationales ou d’une classe particulière ; ils sont responsables mais ne portent pas l’intégralité de la responsabilité. Nous n’en sommes pas non plus arrivés là grâce à un programme clairement établi, ni par le seul hasard. Non, nous en sommes arrivés là par une série d’actions individuelles, plus ou moins coordonnées, plus ou moins conscientes[3]. Le corollaire est qu’on peut s’en sortir de la même manière[9].
Aussi sûrement qu’il y a mille explications à notre situation (même si on peut le résumer à l’échec de la civilisation[4]), il y a mille manières d’arranger les choses (même si on peut le résumer à sortir de la civilisation[4]).
Les raisons d’en sortir, les moyens d’en sortir et la façon de vivre en-dehors sont amplement documentés et supportés par des bases théoriques et pratiques. Deux domaines, non manifestement connectés, semblent à mon avis être de bons candidats comme boîte à outil conceptuelle du futur : l’arnarchie verte[5] et la permaculture.
L’anarchie verte est un anarchisme moderne qui prône un monde égalitaire, vraiment égalitaire, où l’humain vivrait en parfaite intégration dans son environnement naturel. Il aspire à nous libérer, à nous faire redevenir sauvages (c’est-à-dire non domestiqués) et à nous faire ressentir le monde sans artifices ni béquilles[6]. Il s’agit à la fois d’une critique extrêmement radicale de notre mode de vie et d’une proposition de changement tout aussi radicale. Ce radicalisme, ainsi que l’acceptation de la violence, celle des opprimés contre les oppresseurs, fait probablement que ces thèses ont de la peine à sortir d’un petit groupe d’intellectuels.
Ce qui manque à l’anarchie verte, à mon avis,
c’est une méthode pratique et douce pour passer d’un monde à l’autre,
une méthode plus appropriée au mouton citoyen lambda que le militantisme ou l’activisme extrême.
C’est une invention relativement récente, la permaculture, qui nous fournit un outil adapté à l’usage du plus grand nombre.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la permaculture ne se résume pas à une technique de jardinage sans labours ni efforts. Il s’agit d’un système global basé sur des principes éthiques et des principes de conception ayant pour but l’établissement d’un environnement productif et durable pour l’être humain.
Cette complexité est représentée par la fleur de la permaculture (version détaillée) où l’ont voit tous les domaines qui intéressent la permaculture (on n’y trouvera pas l’industrie des loisirs, les mass-média et la défense par exemple).
La permaculture ne dit pas comment, d’un point de vue politique, on peut effectuer cette transition vers un monde éthique, intégré dans la nature et équilibré, elle ne dit pas non plus ce qu’il adviendrait des états, du système économique actuel ni des industries polluantes et destructrices. Elle ne propose aucune cassure, juste une révolution personnelle, lente et non-violente, même si le changement de paradigme implicite est tout aussi radical. Ses principes éthiques sont simples et universels (Soin de la Terre, soin des gens, partage équitable) mais leur application changerait le monde.
La permaculture n’a pas échappé à quelques théoriciens de l’anarchie verte. Ils ont relevé son intérêt et sa proximité idéologique mais on critiqué le fait qu’il s’agit malgré tout d’un système agricole et que la remise en question du système n’est pas assez radicale.
Ces deux idées ont en commun qu’elles proposent des visions désirables, pour autant qu’on accepte d’ouvrir les yeux et de se décrasser l’esprit.
Personnellement, je vois l’anarchie verte comme un idéal et la permaculture comme un outil transitionnel. Le développement et la diffusion de ces deux mèmes[8] peut nous permettre de sortir du piège et de nous diriger vers un nouvel âge d’or[7].
Il faut maintenant affiner, simplifier et diffuser ces idées. Ce n’est pas une chose facile, les milieux traditionnellement intéressés par ces idées novatrices ont généralement tendance à se perdre en querelles sur les détails. Il manque encore le manifeste, le slogan et la bannière pour faire converger le plus grand nombre et provoquer un basculement civilisationnel positif.
Notes
[1] Sur ce blog : La farce et le dindon, la croisée des chemins, la grande image
[2] et nous allons tous mourir dans d’atroces souffrances comme dirait Rico sur Oléocène.
[3] lire les oeuvres de Daniel Quinn, en français on trouve Ishmael ou la traduction en cours de Beyond civilization.
[4] pour être qualifiée de civilisation, une culture doit avoir au
moins les 5 caractéristiques suivantes : populations sédentaires,
spécialisation du travail à plein temps, concentration des surplus de
production, structure de classe (hiérarchie), organisation étatique,
mais généralement aussi : écriture, travaux publics monumentaux,
commerce, science (mais on peut les résumer à mettre la nourriture sous clé).
[5] étroitement liée à l’anarcho-primitivisme et à l’écologie profonde
[6] voir les ressources sur Google green anarchy et lire la brochure (en francais) anticivilisation.
[7] Age mythique, c’est un temps d’innocence, de justice, d’abondance et de bonheur
[8] éléments d’une culture.
[9] l’archéologie a révélé plusieurs chutes de civilisation dont on
pourrait supposer qu’elles ne sont pas toujours causées uniquement
par l’environnement ou des guerres, par exemple les civilisations
pré-colombiennes.
Je n’ai pas étudié le dossier anarchie verte. Mais les anarchies reposent toutes sur une utopie car elles regardent un état donné, déconnecté de son passé et de son futur, sans regarder les mécanismes : c’est les mécanismes qui produisent un état, tenter d’en faire abstraction c’est voir cet état (imposé par la force à un moment donné, comme l’a été le communisme par exemple) dégénérer. Quand je parle de mécanismes c’est de voir les choses sous la forme de diagrammes d’actions/réactions : sans boucle de rétroaction négative aucun système n’est stable. Notre capitalisme moderne n’échappe pas à la règle non plus d’ailleurs : il y a plus de rétroaction positives que négatives, donnant lieu à une fuite inexorable vers le précipice. Pour l’instant, tout ce que je lis relève de l’abstraction totalement déconnecté de la réalité.
Oui le futur est sombre : pour ceux qui n’ont pas établit le diagnostique et commencé maintenant leur radeau de survie. C’est pas en comptant sur les autres que l’on va arriver à quoique ce soit.
Merci pour ce bel article sur la permaculture. Il est effectivement important de ne pas avoir une vision catastrophiste. Oui, la situation va être complexe dans les prochaines années. Non, nous ne savons pas vraiment vers quoi on va. Cela dit, prenons le monde comme il est et essayons de construire. Nous ne devons pas trop perdre de temps à nous appittoyer sur notre sort.
Après avoir lu deux ouvrages de Manasobu Fukoka le mois derniers, nous nous intéressons de très près à la permaculture. Cette dernière nous parait présenter une bonne alternative à notre société centralisée actuelle. Nous devons comprendre que tout ne sera pas décidé à notre place. Nous devons reprendre la plume pour écrire notre propre histoire. C’est un changement de paradigme majeur qui doit donner des raisons d’espérer. Au passage, nous qui sommes plutôt adepte de la simplicité volontaire trouvont beaucoup de similarité avec la permaculture en terme de philosophie, de respect, de recherche de bonheur...
Merci pour le commentaire ! Je suis aussi "adepte" de la simplicité volontaire et lorsque vous écrivez "nous sommes PLUTOT adepte de la simplicité volontaire", j’ai envie de dire que vous n’avez pas à choisir une voie plutôt qu’une autre. Les deux sont liées, la simplicité volontaire est implicite à la permaculture. Tout dans la permaculture, que ce soit ses principes éthiques ou les principes de design induisent la simplicité volontaire. Attention aussi à ne pas réduire la permaculture aux oeuvres (majeures) de Fukuoka. Il n’y a malheureusement pas (encore) de bons livres en français sur la permaculture, en attendant je vous conseille d’aller voir sur Ekopedia. Bonne continuation !
Merci et bravo pour cet article qui ouvre un coin de ciel bleu. Ceci me fait penser au jardin de Findhorn où des Hommes ont réussi à faire pousser dans un désert une luxuriante nature. Ceci nous laisse entrevoir un monde qui nous est "bouché"... le monde de nos acuponcteurs ? en tous cas, la confession cet été de nos physiciens si "cartésiens ! " nous prouve que des êtres humains mentent en toute connaissance de cause.La physique est donc loin d’être bouclée si on les croit maintenant. Peut être donc le nouveau pas pour notre humanité se trouve dans l’existence de ce corps éthérique et/ ou plus...il faut bien admettre le récits du choc des mères de famille qui perdent un enfant dans un accident...l’information ne se fait pas par la télé...il faut bien qu’elle passe par un chemin...il faut donc admettre l’existence de mondes supérieurs qui nous sont actuellement inconnus.











