Une voiture à 100 000 roupies. C’est le projet d’un de nos deux constructeurs français d’automobiles pour l’Inde. Après la maison à 100 000 euros, voilà la bagnole à 100 000 roupies. 100 000 serait-il le nombre sacré de ce siècle ? Les adorateurs du 21 vont être troublés !
Il
n’y a bien que le nombre de commun aux deux projets, les enjeux sont
tout autre. Il s’agit ici non pas de répondre à un besoin, mais d’en
créer un. La recette est simple, une offre attractive et séduisante,
100 000 roupies, c’est moins de 2000 euros. Le prix de revient, dit-on,
d’un vélo en libre service à Lyon… Voilà de quoi booster le marché, en
rendant accessible un produit dont la prolifération sera dramatique
pour les indiens comme pour le reste de l’humanité et la planète. Car
le droit à la mobilité n’est pas synonyme de droit à la voiture. Il y a
bien d’autres moyens de répondre au besoin de se déplacer, notamment
dans les grandes villes, les gigantesques conurbations qui devraient
accueillir une large majorité de terriens d’après de nombreux et
éminents spécialistes.
Bien sûr, il y a les enjeux de l’automobile. Un important secteur industriel, des exportations, des emplois. Il n’y a qu’à observer le nombre de spots publicitaires à la télévision pour nous faire rêver de nouvelles voitures, il n’y a qu’à écouter les commentaires anxieux des économistes dès que le nombre d’immatriculations fléchit, pour comprendre que tout le secteur est fondé sur un principe d’expansion perpétuelle. Le marché Ouest européen étant réduit au renouvellement du parc, ce sont d’autres continents qu’il faut conquérir, Europe orientale et pays émergents. La bataille pour s’y attribuer de bonnes parts de marché est commencée. Au risque d’accentuer la pression sur la planète, ses ressources et ses grands équilibres. Au passage, on crée une relation de dépendance [1] à l’automobile pour s’assurer la pérennité du marché. Le mot réversibilité est sans doute un gros mot dans ce milieu. Les conséquences, nous les avons vécues et nous les vivons encore, et ce n’est rien en Europe à côté de ce que l’on voit à Mexico ou Lagos par exemple.
N’y
a-t-il pas d’autres pistes pour faire progresser nos industries de
l’automobile ? Construire des voitures sobres et peu polluantes, bien
entendu, constitue une première piste. Il est
permis de douter que ce sera le cas pour la voiture à 100 000 roupies.
Une seconde piste aux développements considérables, serait de valoriser
autrement la formidable technicité que le secteur de l’automobile a
atteinte. La moindre voiture est une merveille d’ingéniosité. C’est une
machine à tout faire, dans toutes les circonstances. Une voiture doit
démarrer par tous les temps, en Alaska ou en Malaisie, elle offre une
sécurité toujours renforcée pour les passagers, avec tout le confort
moderne. Elle est autonome pour des heures de fonctionnement et des
centaines de kilomètres, les plus musclées d’entre elles savent gravir
les montagnes et courir dans les ruisseaux, en attendant la prochaine
version qui grimpe aux arbres. Cela ne les empêche pas de rester en
ville où elles doivent savoir manœuvrer au milieu d’interminables
encombrements. Moteurs de plus en plus performants, carrosserie et
matériaux composites de plus en plus sophistiqués, capacités de
freinage toujours plus fortes, stabilité, éclairage, filtres et autres
pots catalytiques, et le tout recyclables en très grande proportion,
autant de points où l’industrie automobile nous montre chaque jour un
savoir faire étonnant. C’est une extraordinaire organisation avec ses
bureaux d’études, ses centres d’essai, ses usines et leurs robots si
impressionnants, ses réseaux de vente et d’après-vente. Quel dommage
qu’elle ne soit mobilisée que pour prolonger le plus longtemps possible
une production dont on voit chaque jour les avantages, mais aussi les
dégâts et les limites. Ne pourrait-on la réorienter vers des produits
dont la multiplication ne pose pas de problème majeur ?
L’idée n’est pas originale, et les sous-produits de l’automobile existent bel et bien, tout comme ceux issus de la conquête de l’espace. Mais ils restent des sous produits, peu valorisés, alors que des besoins immenses existent aujourd’hui pour relever les défis d’aujourd’hui, comme le fait si bien ressortir le rapport de l’économiste britannique Nicholas Stern. Une initiative vient toutefois d’être prise dans le secteur automobile, mais ce n’est pas par un constructeur français. C’est le constructeur japonais Honda qui a créé une filiale en décembre dernier pour développer une production nouvelle pour lui, les panneaux de cellules photovoltaïques. C’est peut-être le principal fabricant de ces cellules, Sharp, qui leur en a donné l’idée en étudiant la manière de couvrir le toit des voitures de cellules pour les alimenter. Toujours est-il que Honda démarre fort, avec dès 2007 une capacité de production annuelle de 27,5 MW. Ce n’est qu’un début, et Sharp en produit 25 fois plus, mais Sharp est le premier fabricant mondial. Bravo Honda, ce n’est pas les 24 heures du Mans, mais ce n’est pas grave, puisque la vraie performance aujourd’hui n’est pas la vitesse. Bravo d’orienter votre industrie vers les besoins de demain. C’est là que l’on vous attend pour de nouveaux exploits.









