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Premier

Article publié le 15 janvier 2009

Premier

Et si les arts premiers venaient au secours du développement durable ? La diversité est mise à mal, sous la pression d’une communication mondialisée, la publicité des firmes multinationales, les satellites et les paraboles[1].

Il en résulte un risque réel d’uniformisation des modèles culturels et des modes de vie, avec deux conséquences non durables.

Une perte de patrimoine pour l’humanité. Ce sont des langues et des savoirs traditionnels qui disparaissent, tout comme des variétés de légumes ou d’animaux, qui ne répondent plus aux exigences de la société de consommation et aux standards internationaux du gout.

L’uniformisation accentue aussi la pression sur certaines ressources, celles qui assurent la fourniture des biens et services à l’honneur. La consommation régulière de viande rouge, par exemple, modèle de comportement occidental diffusé en Orient, perturbe les systèmes agricoles, réduit fortement la productivité finale, et accentue des inégalités. Si tout le monde veut la même chose, et que cette chose n’est pas en quantité illimitée, on peut craindre les tensions avec des conflits en perspective. L’accès aux ressources nécessaires pour produire l’objet de toutes les convoitises créera des liens de dépendance, comme on le voit aujourd’hui pour l’énergie. Dépendance dans les deux sens, avec l’exemple de la Russie utilisant le gaz pour affirmer sa puissance, comme le Niger qui tente de ne pas perdre le contrôle des mines d’Uranium convoités par de grandes sociétés du Nord.

Une première piste pour maintenir la diversité est l’appel à la tolérance[2]. Elle apparaît bien dérisoire. Accepter que l’autre soit différent n’est qu’une première étape, si le point de départ est le rejet de l’autre[3]. Le point de vue durable va bien au-delà. Il ne faut pas tolérer la différence, mais s’en réjouir, et aller vers l’autre. Des modèles de vie différents élargissent la base de nos prélèvements de ressources et réduisent d’autant la pression qui s’exerce sur la planète. L’adéquation besoins/ressources y trouve des facilités bien utiles. Et puis, et surtout, la confrontation de cultures permet d’explorer des futurs bien différents que ce qu’aucune culture isolée ne pourrait faire. La fécondation réciproque contient une patrie de la réponse au défi du développement durable, l’obligation où nous sommes d’imaginer un monde différent de celui où nous sommes nés.

Cette confrontation n’est pas sans difficultés, il faut se mettre en condition d’écoute réciproque, attitude loin d’être spontanée dans un monde marquée par de fortes inégalités, des cloisonnements, la concurrence entre les religions, la domination exercée par certains pays sur d’autres, des castes de fait si ce n’est de droit.

Certaines cultures sont plus égales que les autres, et les populations qui s’estiment plus développées ont parfois du mal à écouter les apports des autres, réputées plus primitives. La confrontation entre les peuples modernes et les peuples premiers est malgré tout riche d’enseignements. Les peuples premiers ont développé, depuis la nuit des temps, des avoirs, des modes d’observation de la nature, d’une richesse extraordinaire. On peut les regarder comme des curiosités,  admirer les produits de leur art. Il serait peut-être utile d’aller plus loin, et d’accepter une confrontation plus équilibrée, et par suite plus profonde. Un petit peu comme, en agronomie, quand des variétés montrent des faiblesses, on revient aux espèces anciennes, pour retrouver des capacités de résistance[4] dans un patrimoine génétique original. Il s’agirait de trouver des réponses inédites, enfouies dans l’épaisseur d’expériences historiques[5], aux

défis du développement durable. Ces réponses peuvent être de nature technologique, même si le savoir des ces peuples procède de manière différente des sciences modernes. Elles sont aussi d’ordre sociétal, de l’organisation des relations entre groupes humains, élaborées dans des situations de vie précaire. Jean Malaurie parle d’un code mental de l’espace, qui serait né dans l’esprit des aborigènes du monde entier, ceux des forêts, des déserts chauds comme des déserts froids[6].

L’humanité dispose de l’héritage que lui ont laissé les peuples premiers, dont certains subsistent encore de nos jours, comme les lambeaux de forêt primaires. Ce patrimoine est fragile, souvent ignoré, ou relégué au rang de loisir exotique. Ce serait une erreur, au siècle où il nous faut construire un monde très différent de celui que nous avons toujours connu, de ne pas en tirer plus de dividendes[7]. Les Premiers au secours des Derniers ? Ce serait une bonne preuve d’intelligence de la part de ces derniers, justement.

[5] Pour reprendre l’expression de Charles Morazé, dans Les origines sacrées des sciences modernes, Fayard, 1986
[6] Jean Malaurie, L’allée des baleines, Mille et une nuits, 2008

Thèmes

Développement durable Réflexion

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