Article publié le 3 novembre 2009
A notre arrivée sur le Mékong il y a trois mois, nous savions vouloir travailler sur un des programmes menés par la Commission du Mékong ou MRC. Très vite, la pêche s’est imposée comme un sujet incontournable dans la région. En occident, nous imaginons souvent la pêche comme une activité de loisir avec des bottes et un ciré. Mais dans la région, ce domaine prend une toute autre ampleur, celle de la survie. Le bassin compte plus de 60 millions d’habitants dont les trois-quarts dépendent directement ou indirectement de cette ressource. Le poisson est la première source d’alimentation, le revenu du foyer et donc la base de la vie.
Tandis que les pêcheries d’eau douce mondiales rassemblent une production totale de 8 millions de tonnes, le Mékong à lui seul représente 2,6 millions de tonnes (données de la MRC), soit près de 30% des pêcheries fluviales au monde ! Lorsque l’on écoute les experts, on se rend rapidement compte que la quantité de poisson dans le principal fleuve du sud-est asiatique dépasse tout entendement : elle est si élevée qu’elle est presque incalculable et a longtemps été considérée comme inépuisable. Ainsi, de nombreuses mauvaises pratiques s’y sont développées : les pêcheurs se sont mis à employer des méthodes barbares comme la dynamite ou les électrochocs à l’aide de batteries de voitures ou à utiliser des filets à très petits maillages. Des espèces exotiques, comme la carpe indienne ou le tilapia nilotique, ont également été introduites qui ont contribué à détruire l’écosystème.
Depuis de nombreuses années, les organisations de la région tendent de remédier à ce fléau. C’est le cas de la Commission du Mékong (MRC), créée en 1995 et qui, à travers son Programme Pêche, s’applique à recenser les données sur les ressources halieutiques, à restaurer les écosystèmes et à améliorer au quotidien la vie des habitants du bassin. Nous avons eu la chance, grâce au Ministère de l’Agriculture Cambodgien, de nous rendre deux jours en visite dans des communautés de pêcheurs au Cambodge, à l’est de Phnom Penh, dans les provinces de Kandal, de Kampong Cham et de Prey Veng. Cette visite terrain, ajoutée à nos rendez-vous, nous a permis de dresser un portrait de ce fleuve extraordinaire et de ses enjeux. Récit de ces découvertes au fil de l’eau.
LE MEKONG, CARTE D’IDENTITE
Le Mékong s’étend des montagnes Tanghla Shan sur le plateau Tibetain à la mer de Chine méridionale au Vietnam sur une longueur de 4800 km.
Sur ces milliers de méandres, nous n’en aurons expérimenté qu’une
petite partie : quelques dizaines dans le nord du Laos entre Huay Xay et
Luang Prabang (voir carte), quelques autres en remontant le delta d’Ho
Chi Minh à Phnom Penh et enfin lors de notre visite de communautés en
barque. Cependant, le fleuve est navigable presque huit mois par an sur
toute sa longueur, excepté sur 14km à la frontière entre le Laos et le
Cambodge, aux chutes de Khone. - Voir video sur notre passage dans la region
Avec un bassin s’étendant sur 795 000 km2 (soit un peu plus que la superficie de la France et ses territoires d’outres mer), le Mékong est un cordon indéfectible entre les six pays : la Province du Yunnan en Chine (21% du bassin), le Myanmar (3%), la République Démocratique Populaire du Laos (25%), la Thaïlande (23%), le Cambodge (20%), et le Viet Nam (8%). Mais la contigüité de ces six pays asiatiques ne suffit malheureusement pas à assurer une coopération régionale. C’est dans ce cadre que fut créée la Commission du Mékong (MRC) en 1995. Les valeurs économiques, sociales, culturelles ou encore touristiques qui se dégagent du fleuve ont une potentialité énorme qu’il est nécessaire de développer de façon durable.
N’oublions pas que le Mékong est sujet à une saisonnalité
importante. Si le Bangladesh souffrait de sécheresse en saison aride et
d’inondations en saison des pluies, le Mékong, pour sa part, n’en est
pas moins touché. La mousson s’étend d’avril à octobre, puis l’humidité
décroit progressivement jusqu’à la saison sèche de décembre à mars,
avant le retour des pluies. Mais le Mékong a la chance d’avoir un
appareil hydrologique bien équipé, avec notamment un « réservoir » de
taille régionale : le lac de Tonlé Sap. Pendant la
saison aride, l’eau s’écoule progressivement du lac et vient rejoindre
le Mékong à hauteur de Phnom Penh. Pendant la saison des pluies, au
contraire, le flux s’inverse et le lac triple en taille, servant ainsi
à réguler naturellement la quantité d’eau du fleuve. C’est également
dans cette plaine inondée que réside la pêcherie fluviale la plus
importante au monde. Nous avons eu la chance d’être dans la région
exactement au moment où le flux s’inverse, draguant avec lui des
millions de poissons qui viennent heurter les filets tendus sur toute
la largeur du fleuve par les pêcheurs. Car 60 millions d’habitants
peuplent le bassin, dont plus d’une centaine de groupes ethniques dont
la majorité pêche à plein ou mi-temps.
Outre cette éponge géante, le Mékong possède également un grand nombre de bassins profonds
(deep pools) connectés les uns aux autres pendant la saison des pluies
qui en profite pour les remplir de poissons et qui s’ont
d’extraordinaires écosystèmes présentant une biodiversité étonnante.
Ce qui nous a marqué lors de nos diverses visites le long du fleuve, est l’importance des crues : au Cambodge, nous roulions parfois sur une route dont seule la lignée de bitume dépassait des eaux. Tout autour de nous, jusqu’à l’horizon, s’étendaient de vastes plaines entièrement inondées. A certains endroits, l’eau monte jusqu’à 5 à 6 mètres au dessus du niveau du sol. Certains villages ne sont accessibles qu’en bateau pendant plus de la moitié de l’année. Pendant la saison sèche, par contre, on aperçoit ces maisons sur pilotis perchées à 6 mètres de hauteur, comme flottant au dessus d’un autre monde. Les habitants du bassin sont principalement des fermiers et des pêcheurs. C’est d’ailleurs là la difficulté de leur recensement : beaucoup d’entre eux cultivent leurs terres pendant la saison sèche et pêchent sur ce même terrain le reste du temps ! On estime que l’agriculture, la pêcherie et l’exploitation des forêts emploient 85% des habitants du bassin.
Ainsi, le secteur le plus prolifique est la riziculture (cf article « Dans les Rizières de Sapa » ) qui nourrit 300 millions de personnes par an. Dans le nord de la région, les récoltes sont généralement d’autosubsistance, tandis que le sud, et principalement le Delta, est le « Bol de riz » régional, produisant jusqu’à 3 récoltes de riz par an (16 millions de tonnes annuels). Cette surexploitation risque de poser des problèmes environnementaux, notamment de par l’utilisation de produits chimiques et de pesticides. Mais encore une fois, la « Mère Mékong » joue son rôle protecteur et vient déposer une couche de sédiments propice à l’agriculture. Nous avons eu la chance de séjourner quelques jours à Cai Mon, une petite communauté catholique au cœur du delta qui nous a accueillis à bras ouverts et nous a permis de découvrir la vie entre les pêcheurs, les fermes aquacoles et les arboristeries.
En plus de la riziculture, deux autres secteurs ont une part importante dans l’économie régionale : le transport de fret et le tourisme, sur lesquels le Mékong a un impact majeur. En 2001, le transport de marchandises par voie intérieure dans la partie basse du bassin du Mékong a été évalué à 4,7 milliards de dollars. Parmi les ports les plus actifs, on trouve ceux de Chiang Sean and Chiang Khong dans le « Triangle de la Liberté » (Chine, Myanmar, Thaïlande et Laos).
Aujourd’hui, le principal enjeu qui se pose sur le bassin et qui divise les opinions a été lancé par les infrastructures hydrauliques. 1 600 mégawatts d’électricité sont produits par les barrages hydroélectriques situés sur le cours principal et les affluents en Chine, dont la plupart servent à alimenter les villes et les industries en dehors du bassin. Il a été estimé que la capacité totale de production hydroélectrique du bassin est de 30 000 mégawatts. Le Laos, principalement, a la volonté de lancer un grand programme de construction de barrages afin d’en exporter la production hydroélectrique. Il faut dire que la topographie du pays, propice à de telles implantations, ne l’est pas pour l’agriculture. Mais comme partout, il y a de bons et de mauvais barrages (cf article « Pour ou contre les barrages ? » ) et les scientifiques et environnementalistes craignent aujourd’hui des conséquences désastreuses sur le fleuve, et notamment sur les poissons et leurs migrations. A l’heure actuelle, 212 plans de barrage sont à l’étude dont 58 fermes. Cet enjeu est au cœur des préoccupations, et la MRC est notamment attendue sur le sujet, n’ayant pas encore pris position. En effet, elle n’est pas un organisme indépendant, mais représente la voix des 4 Etats qui la composent (Thaïlande, Laos, Cambodge et Vietnam). Etudions plus en profondeur son fonctionnement.
LA COMMISSION DU MEKONG (MRC)
La Commission du Mékong (MRC), vit le jour le 5 avril 1995 sur les bases du « Comité du Mékong » existant
depuis
1957. Elle comprend officiellement 4 membres, mais la Chine et le
Myanmar en sont devenus des partenaires de dialogue en 1996. (Pour voir un historique complet )
Elle vise à assurer un usage raisonnable et équitable des ressources du Mékong. Le secrétariat général est basé à Vientiane, et quatre Comités Nationaux du Mékong (NMC) sont basés dans chacun des quatre pays. Les Etats siègent au Conseil de la MRC. La Commission est un organisme de conseil et de consultation mais les Etats sont souverains. Elle est là pour apporter des solutions techniques aux questions techniques posées par les gouvernements et pour développer un processus de planification à travers notamment le Plan de Développement du Bassin (BDP). Ses financements viennent majoritairement de donneurs internationaux et dans une moindre mesure des contributions des quatre Etats. L’implémentation des projets sur le terrain est effectuée par des Agences d’exécution qui sont des agences gouvernementales dans les quatre pays et qui travaillent avec la MRC une base contractuelle.
Lors de nos rencontres, nous avons demandé à nos interviewés à différentes échelles (gouvernementale, scientifique, communautés,…) quel était selon eux le rôle de cette commission. Sur le terrain, les acteurs la voient surtout comme un portefeuille, puisque c’est d’elle que viennent les financements pour leurs projets. Cependant, la MRC n’est pas un organisme financeur, elle joue le rôle d’intermédiaire entre les donneurs et les exécutants.
Ses principaux apports sont :
1. La MRC est un forum de discussion entre les acteurs des quatre pays.
2. Elle a permis de rassembler des données sur des ressources naturelles encore méconnues, a fortiori sur la pêche,
3. Une expertise technique : elle fournit des informations techniques aux gouvernements ainsi qu’aux autres acteurs du bassin,
4. Elle a permis de porter la pêche à l’agenda des 4 pays et de les faire se rendre compte de l’importance de ce secteur.
Face à ces missions, on peut lui opposer quelques critiques et dysfonctionnements :
1. Dans son organisation interne : la MRC est très lourde, et rassemble
un grand nombre de personnes. De ce fait, un bon nombre d’actions font
face à un blocage administratif. Il est par exemple plus facile
d’embaucher un consultant international, plus onéreux et moins informé
sur les programmes, qu’un des membres du personnel existant pour
effectuer une étude. De même, la politique de quotas selon laquelle les
quatre nationalités doivent être également représentées, connaît un
certain nombre de limites. Le Cambodge et le Laos ne disposent pas des
mêmes capacités universitaires que leurs grands voisins et il est
parfois difficile de trouver des profils capables d’occuper certaines
responsabilités. Des postes restent ainsi vacant pendant des mois car
enlisée dans des démarches humaines qui doivent répondre aux soucis
d’équité de représentation des pays. Cependant, l’organisation est
actuellement en pleine restructuration pour s’adapter à ces changements
contextuels constants et rester flexible.
2. La MRC n’est pas une entité indépendante, elle est sous la tutelle
des gouvernements et ne peut donc s’opposer à leurs décisions. Comme
les décisions doivent être prises par consensus, ce dernier porte
souvent sur des questions secondaires, laissant les sujets primordiaux,
comme les barrages par exemple, en suspend. La MRC ne peut pas prendre
de décisions par elle-même.
3. L’accord de 1995 proposait une vision très avant-gardiste de la
coopération régionale. Cependant, concrètement, les échanges entre les
quatre pays restent encore limités, tout comme l’implication des
agences d’exécution au quotidien.
Gérer une entité aussi massive que le Mékong n’est pas une mince affaire. Malgré ces critiques, l’existence d’une commission de bassin en elle-même est déjà une étape que bien des bassins transfrontaliers n’ont jamais atteinte. Avec ses nouvelles réformes, il reste à espérer que la MRC saura s’adapter à ce bassin complexe, comme elle a su le faire ces 14 dernières années.
Pour en savoir plus sur l’organisation et le fonctionnement des commissions de bassin, lire l’article sur le sujet )
LA PECHE : UN SECTEUR VITAL !
Le Mékong est la première région au monde pour les pêcheries fluviales. Il rassemble tous les facteurs nécessaires :
Biodiversité,
Plaines d’inondations,
Pêcheries.

Alors que l’Afrique manque de plaines d’inondations ou que l’Amazonie a de la biodiversité et des plaines d’inondations mais pas de pêcheries, le fleuve asiatique a des caractéristiques idéales à l’exploitation de la pêche. Et pour cause : plus de 1 300 espèces y ont élu domicile. Cependant, ces chiffres restent difficiles à évaluer car les captures en eau douce sont une activité diffuse, non concentrée, et pratiquée par des individuels. Dans le bassin, de nombreux pêcheurs ne pratiquent la pêche qu’à temps partiel. En visitant les communautés cambodgiennes, nous avons constaté également que de nombreuses familles vietnamiennes vivaient au Cambodge, dans l’illégalité mais en parfaite entente avec les pêcheurs locaux. Comment dans ces conditions estimer l’inestimable ? Beaucoup de marchandises traversent les frontières sans autorisation, à dos d’âne ou de cheval, sans compter les flux financiers et de marchandises qui terminent leur cours dans les mains de politiciens et de businessmen corrompus.
Mais aujourd’hui, le principal risque qui pèse sur le secteur de la pêche provient des barrages : l’enjeu est de 1 million de tonnes de poissons migrateurs, soit 1/8 des pêches de la planète ! A côté de ce chiffre monumental, le reste n’est que chimère : le risque de pollution est faible, le bassin n’étant pas très développé économiquement, et l’on n’a pas encore pu véritablement remarquer de conséquences notables dues au haut niveau d’exploitation. Certains scientifiques avancent qu’il y aurait moins de grosses espèces car elles sont la cible des pêcheurs et donc plus d’espèces de plus petites tailles (anchois, sardines,…) qui vivent moins longtemps et sont plus fluctuantes, mais ce phénomène n’a pas été prouvé.
ENTRE PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT ET DIMINUTION DE LA PAUVRETE : LES ENJEUX
Plus globalement, un certain nombre d’enjeux pèsent sur le Mékong.
Mais il me semble d’abord primordial de remettre les choses dans leur
contexte : les quatre pays sont très différents tant économiquement que
politiquement ou culturellement ! La Thaïlande reste
la plus avancée (34ème mondiale en terme de PIB selon le classement de
la Banque Mondiale, Octobre 2009), le système académique y est bien
développé et, facteur notable, le pays a de nombreuses autres sources
d’approvisionnement en eau. Le Mékong n’en représente qu’une petite
partie qui sert principalement à l’irrigation. En termes de
développement, le Vietnam vient ensuite (58ème
mondial), avec un système d’éducation hérité de la présence française,
mais qui fonctionne bien et touche toutes les catégories de la
population. Le pays a une position controversée par rapport au Mékong :
il est à la fois en
amont
car traversé par certains affluents et en aval, avec le delta. C’est
d’ailleurs à cet endroit que réside le fer de lance de la position
vietnamienne : un relief plat, naturellement irrigué et donc propice à
la riziculture. Par contre, l’hydroélectricité n’y est pas
envisageable. On ne peut pas en dire autant du Laos
qui, au contraire, est trop montagneux pour envisager des systèmes
d’irrigation et s’est donc concentré sur des projets d’infrastructures
monumentaux. En effet, économiquement, le pays est encore peu développé
(140ème mondial) et recherche une source de revenu dans un secteur où
les pays environnants sont demandeurs. C’est le cas notamment de la
Thaïlande, dont les projets d’infrastructures sont souvent retardés et
contestés par une société civile très nombreuse et ayant beaucoup de
pouvoir. Enfin, concernant le Laos, si ses trois pays voisins ont
atteint l’autosuffisance en matière de production rizicole il y a
quelques années, voire exportent, la République Démocratique Populaire
est la seule à devoir importer la céréale.
Enfin, la situation du Cambodge
est très délicate : c’est un des deux pays les plus pauvres de la
région (122ème mondial) et dont la population dépend le plus des
ressources fournies par le Mékong. Le niveau d’éducation y est peu
élevé et la pêcherie, un des secteurs économiques les plus importants,
n’attire pas les diplômés cambodgiens qui préfèrent se tourner vers le
business ou l’administration. C’est donc la sécurité alimentaire du
pays qui est en jeu.
Certains aspects, cependant, sont régionaux et communs aux quatre pays :
La pauvreté
: même si les niveaux de développement sont disparates, le phénomène
est régional : 40% des populations du Cambodge, du Vietnam et du Laos
sont en dessous du seuil de pauvreté,
- La densité de population : d’ici 2025, la population
du bassin devrait croître de 40 à 50% et atteindre une centaine de
millions de personnes. Cette tendance démographique a commencé après la
deuxième guerre mondiale et n’a fait que s’accélérer depuis. Cela a
entraîné une conversion importante des forêts en terres arables et,
combiné au développement économique, une augmentation de la pollution
domestique avec, par exemple, le sac plastique remplaçant les
emballages alimentaires traditionnels comme la feuille de banane.
- L’industrialisation : elle ne pose pas encore de
problèmes environnementaux majeurs aujourd’hui mais la technologie
disponible pour exploiter les ressources est devenue plus sophistiquée
et plus accessible, devenant une menace à plus ou moins long terme.
La résultante de tous ces facteurs est que la pression sur les ressources a augmenté. Comparé aux autres bassins, le volume des flux parcourant le Mékong est étonnamment prévisible : d’une année sur l’autre, il y a très peu de variations, quelque soit la saison considérée. Cependant, L’intervention humaine et la création de barrages tend à modifier cette donne et à mettre dans la main de l’homme de nombreux phénomènes naturels, action dont on ne mesure pas encore les conséquences. Depuis les inondations désastreuses de 2000 et 2001, le management et la mitigation des inondations sont devenues une des priorités régionales. Dans les 10 derniers jours, 17 personnes sont mortes dans les inondations au Laos et 23 avec le typhon vietnamien. Preuve que la nature a encore son mot à dire et l’homme des progrès à faire…
CONCLUSION : FUTUR ET EXPERIENCE
Nous avons terminé toutes nos interviews sur le Mékong par la question suivante : « Comment voyez-vous la coopération régionale dans le futur ? ».
Entre optimistes, pessimistes et réalistes, l’éventail final est plutôt
large. Il semble globalement que la coopération régionale soit plutôt
bien partie, avec des bases
institutionnelles
et de communication solides, notamment au travers de la MRC. Malgré
tout, il y a un véritable challenge en termes de disparités de
développement, et de politique : deux des quatre pays de la région (le
Vietnam et la Laos) sont encore sous régime communiste alors que la
Thaïlande et le Cambodge ont des économies de marché ! Deux visions du
monde s’opposent et on comprend aisément qu’il est plus facile pour le
Vietnam et le Laos de travailler ensemble qu’avec leurs deux autres
voisins. De nombreuses tensions historiques et culturelles n’ont ainsi
pas encore été résolues : en 2008, il y avait encore des conflits armés
à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge. Alors qu’en sera-t-il
lorsque d’autres facteurs extérieurs, comme le réchauffement
climatique, vont mettre leur nez dans l’affaire ? Probablement des
déplacements de population et des changements radicaux dans les plans
agricoles vont devoir avoir lieu. Difficile à considérer lorsque les
pays sont encore en train de chercher des voies de développement
économique.
De ces trois mois dans la région nous resteront beaucoup de souvenirs : l’incroyable boom économique de la Thaïlande, la forte identité du Vietnam, les paysages du Laos et les sourires des cambodgiens. Et par-dessus tout, tous ces échanges et ces apprentissages, de populations incroyables aux histoires sanglantes. Ajoutons à cela les rizières de Sapa, la jungle de Luang Prabang, les jonques de la Baie d’Along et les temples d’Angkor, agrémentés de beaucoup de poisson, de soupes aux nouilles et de riz, et le tableau est complet : un Mékong complexe et mystérieux, et beaucoup de choses en perspective.
EN SAVOIR PLUS (SOURCES) :
-Un super film « Courants Contraires », de deux français ayant descendu le Mékong : Elsa BERTHET & R. KOSELLEK à voir sur http://www.vimeo.com/2449698
- Site de la MRC : www.mrcmekong.org
« The study on Hydro meteorological monitoring for water quantity
rules in the Mekong River Basin. Existing agreements for Water
Utilization. » March 2002, MRC & JICA
www.mekonginfo.org
“International Water Resources Management in South and SEA.”, Asit K. BISWAS, Water Resources Management Series
“Democratizing Water Governance in the Mekong Region”, Louis Lebel, John Dore, Rajesh Daniel, et Yang Saing Koma.
“The Mekong arranged and rearranged”, Seasrep Foundation, Mekong Press
“L’Aménagement du Mékong 1957-1997, L’échec d’une grande ambition ?”, Luc LACROZE, L’Harmattan.
Article : « Dams and Fisheries in the Mekong Basin », E. BARAN, C. MYSCHOWODA (à paraître)
Interview avec Eric BARAN du World Fish Center www.worldfishcenter.org
Très intéressant article sur ce fleuve légendaire qu’est le Mékong. Je me trompe ou seules les deux avant dernières photos ont été prises au Cambodge ? (Celle où l’on voit le pêcheur avec le tee shirt rouge et noir, et celle où l’on voit le pêcheur en contre jour avec dans le fond les trucs pour les filets de pêche ? Au cambodge, la population peut également compter sur le lac Tonlé Sap, près d’Angkor, pour la pêche. En saison des pluies, quand le fleuve Tonlé Sap a changé le sens de son cours et est venu le remplir, il déborde, non seulement au premier sens du terme, mais aussi de poissons. Ensuite, quand le TS a de nouveau changé le sens de son courant et que les eaux redescendent vers Phnom Penh, là je ne sais pas. Il est temps que les affrontements frontaliers entre la Thaïlande et le Cambodge cessent. Ca fait plus d’un an que ça dure, et il y a déjà eu des morts. Il me semble pourtant que l’UNESCO a officiellement reconnu Preah Vihear comme appartenant au Cambodge, mais visiblement la Thaïlande ne veut rien savoir. On se croirait revenu au temps des guerres avec le Siam ! Très belle vidéo ! C’est la porte sud d’Angkor Thom que l’on voit ? Belles images du Bayon. Okun Tchreun. (désolée je n’ai pas les polices de caractère Khmères ici)
Très intéressant article sur ce fleuve légendaire qu’est le Mékong. Je me trompe ou seules les deux avant dernières photos ont été prises au Cambodge ? (Celle où l’on voit le pêcheur avec le tee shirt rouge et noir, et celle où l’on voit le pêcheur en contre jour avec dans le fond les trucs pour les filets de pêche ? Au cambodge, la population peut également compter sur le lac Tonlé Sap, près d’Angkor, pour la pêche. En saison des pluies, quand le fleuve Tonlé Sap a changé le sens de son cours et est venu le remplir, il déborde, non seulement au premier sens du terme, mais aussi de poissons. Ensuite, quand le TS a de nouveau changé le sens de son courant et que les eaux redescendent vers Phnom Penh, là je ne sais pas. Il est temps que les affrontements frontaliers entre la Thaïlande et le Cambodge cessent. Ca fait plus d’un an que ça dure, et il y a déjà eu des morts. Il me semble pourtant que l’UNESCO a officiellement reconnu Preah Vihear comme appartenant au Cambodge, mais visiblement la Thaïlande ne veut rien savoir. On se croirait revenu au temps des guerres avec le Siam ! Très belle vidéo ! C’est la porte sud d’Angkor Thom que l’on voit ? Belles images du Bayon. Okun Tchreun. (désolée je n’ai pas les polices de caractère Khmères ici)
La photo du pêcheur au tee-shirt rouge a été prise sur les bords du Mékong dans le sud du Cambodge là où le fleuve sert de frontière avec le Vietnam. En revanche la deuxième se situe à Chau Doc, au Vietnam.
Vous avez raison d’insister sur l’importance du Tonle Sap pour le Cambodge. Véritable cœur hydrographique de la région, ses pulsations jouent un rôle prépondérant dans la migration des poissons.
Pour la vidéo, il s’agit de la porte nord d’Angkor Thom. Il est bien difficile de les différencier les unes des autres sans leur environnement.
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