NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Peut-on réellement parler d'éthique d'entreprise ?

Article publié le 24 janvier 2008

Depuis quelques temps, le mot florès en faisant le tour des entreprises qui s’empressent de l’adopter : "entreprise éthique" ou "l’éthique d’entreprise" sont mis à toutes les sauces. Et chaque "spécialiste" de venir ajouter son argumentations, son grain de sel. Les nouveaux gourous du management envahissent la planète entrepreneuriale et convoquent colloques et symposiums pour expliquer cette soudaine nécessité, allant jusqu’à susciter de nouvelles vocations. Ne serait-il pas temps de remettre les choses à leur juste place et tant pis si cela est "politiquement incorrect".

C’est quoi, une entreprise ? C’est un lieu de production de biens ou de services qui a pour principal moteur économique, le profit. Le profit étant le bénéfice que retire l’entreprise de la vente des biens ou de services qu’elle produit, à des clients, après avoir payé ses charges, ses salaires et ses fournisseurs. L’objectif demandé à une entreprise est de maximaliser le profit pour que les actionnaires, mais aussi les ouvriers ou employés puissent vivre décemment. Ainsi, l’entreprise tente-t-elle (généralement) de minimiser ses coûts d’achats et de production, de maximaliser ses prix de vente (jusqu’à l’acceptable par le client) et augmenter son volume de vente pour faire croître ses profits. Cet objectif – communément accepté et compris – est difficilement assimilable à une démarche éthique.

C’est quoi l’éthique ? L’éthique, du grec "ethos", signifie "mœurs". Au sens large de sa définition, c’est la science de la morale qui définit l’art de diriger la conduite de l’Homme dans son univers. La terminologie de morale, elle, vient du latin "mores" qui se traduit aussi par "mœurs". La morale, est "la science du bien et du mal" selon la définition donnée par Cuvillier dans son Dictionnaire de Philosophie. Cette façon de normaliser l’action humaine a permis d’édicter et d’énoncer des règles, des normes sur la conduite à considérer comme valables et ce, de façon absolue. La morale permet d’aborder le concept "d’obligation morale" qui, concrètement se traduit dans les faites par la "déontologie", un ensemble de règles morales qui définissent une profession et son exercice. Tout comme la déontologie, la morale peut soulever des cas de conscience ("dois-je ou ne dois-je pas ?").

Ainsi, éthique et morale sont-ils deux vocables qui recouvrent un même domaine, celui des mœurs sans rapport hiérarchique avec quelques nuances cependant et selon Paul Ricœur. La morale la base de référence qui permet de fixer les normes (principe du permis/défendu) et de définir le sentiment d’obligation d’un homme face à des normes. L’éthique, elle, recouvre deux concepts fondamentaux : l’éthique antérieure qui est en amont des normes et les enracine dans la vie avec le désir et l’éthique postérieure, en aval des normes et vise à les insérer sous forme de morale, dans les situations concrètes.

Ainsi donc, l’éthique est-elle une métamorale, une réflexion au second degré sur les normes de comportement en même temps qu’elle est une application concrète de ces normes dans la vie quotidienne ?

D’une façon philosophique, l’éthique concerne des vastes champs de connaissance comme l’éthique médicale, juridique, politique ou celle des affaires. Pour autant, et jusqu’à présent, l’éthique – même si elle dispose d’une facette pragmatique et concrète – ne s’applique pas à un cas particulier. Si l’on parle de l’éthique médicale, on conçoit rarement une éthique des ORL ou celle des médecins anesthésistes. Tous agissent sous couvert de l’éthique médicale (sorte de morale générique) et sous couvert de la déontologie médicale.

Ainsi, le monde de l’entreprise agit-il – dans son ensemble – sous couvert de l’éthique des affaires et certaines professions ce sont même dotées d’un encadrement moral spécifique, la déontologie, comme les experts comptables, par exemple.

Alors pourquoi vouloir à tout prix, adopter une "éthique d’entreprise, propre à chacun" alors que "l’éthique" s’applique à tout le monde ? Affaire de mode, diront certains. Peut-être, mais quelle est cette mode qui veut adapter des normes universelles, des valeurs humaines fortes et partagées par tous, à des cas particuliers qui – le cas échéant – diffèreront d’un cas à l’autre ? Affaire d’opportunité, diront d’autres. Là, c’est plus grave et plus près de la réalité qui est en train de dévoyer notre société, lui faisant prendre des "vessies pour des lanternes" et en détournant mots et concepts de leurs valeurs fondamentales. Sans vouloir systématiser ni jeter l’opprobre sur le monde de l’entreprise ou du commerce, la production et la vente de biens et de services, ne sont pas à franchement parler d’une haute moralité. Est-il moral de vouloir minimiser les prix d’achats d’un côté pour maximiser les profits d’un autre ? Est-il seulement moral de vouloir faire du bénéfice ? Bien entendu, cette question peut sembler saugrenue et hors d’âge. Elle est entrée dans les mœurs, dans notre culture et plus personne n’ose la remettre en cause sous peine d’ébranler le système (fragile édifice sur lequel toute notre société repose) ou se faire agonir d’injures voire, être traité de fou ! Et pourtant, même le commerce équitable ("invention moderne") peut-être inclus dans cette interrogation fondamentale.

Le jour où l’entreprise deviendra "éthique", elle ne sera plus une entreprise, elle sera une ONG, une association à but caritatif…

Voilà, en réalité, nos entreprises ne sont finalement pas "éthiques", mais agissent seulement (du moins l’espère-t-on) selon "l’éthique des affaires" qui "gouverne" toutes les entreprises. Et si certaines, sous prétexte de donner de meilleurs gages de "bonne conduite" à leurs clients (réels et potentiels) et leurs fournisseurs quant à la fixation des prix, souhaitent dire clairement leur engagement, ce n’est pas à travers une charte éthique "personnalisée" qu’elles devraient le faire, mais seulement "un code de bonne conduite" ce qui n’a rien à voir – du moins directement – avec l’éthique d’entreprise, tout au moins, celle dont on veut nous faire croire qu’elle s’inscrit dans une "démarche de responsabilité sociale"…

Bookmark and Share
30 votes

commentaires
votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx4.175.14) le 24 janvier 2008 à 09H50

news qui rejoint celle sur agoravox qui va passer au status de fondation.


Alors pourquoi vouloir à tout prix, adopter une "éthique d’entreprise" ?

=> comme on essaie d’adopter un "développement durable", un "commerce équitable", ... C’est la fête aux associations de mots opposées (oxymore, si mes souvenirs de français sont bons) et le plus rigolo c’est que personne ne voit rien. Le peu de personnes qui pointent l’incohérence totale sont noyées sous le matraquage médiatique.

votez :
par alberto (IP:xxx.xx9.243.227) le 24 janvier 2008 à 14H13

Pour avoir eu le bonheur d’être employé dans une entreprise qui s’était doté d’un "code éthique", et ayant par ailleurs été chargé d’établir un rapport sur le suivi dans l’entreprise de ce code éthique : c’est du pipeau pour les gogos qui y croient !

D’ailleurs, même s’il existe un semblant de "commerce équitable", mais encore loin d’être éthique, je ne connais pas de "charte internationale de l’entreprise éthique".

Bon article, avec de bonnes remarques.

Bien à vous.


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deSociété
Dynamicsauto - 28 articles
rcoutouly - 47 articles
Biosphère Blog - 44 articles
Marc Girard - 17 articles
Mobilité durable - 171 articles
Héloïm Sinclair - 43 articles
René HAMM - 2 articles
Littlecelt - 23 articles