Article publié le 14 novembre 2007
En annonçant des pistes d’action pour réduire les pollutions et les émissions de gaz à effet de serre, Nicolas Sarkozy a surtout affiché des intentions qui manquent de volonté réelle.
1. Les OGM.
Version entendue par le grand public : la culture commerciale des OGM est suspendue en attendant une future loi. Le discours de Sarkozy est en fait celui-ci : "dans le respect du principe de précaution, je souhaite que la culture commerciale des OGM pesticides soit suspendue. Ceci en attendant les conclusions d’une expertise à conduire par une nouvelle instance créée avant la fin de l’année (...) je m’engage à ce que la France transpose au printemps 2008 la directive sur le sujet. (...) ». Premier commentaire : la directive en question, adoptée par le parlement européen en 2001 ( !), a déjà été transposée chez la plupart de nos voisins. Deuxième commentaire : cette directive a d’abord une portée commerciale, inscrite dans les règles du marché communautaire. Cette loi européenne prévoit en effet une procédure d’autorisation de dissémination volontaire et de mise sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM) plus transparente. Elle a également pour but de limiter l’autorisation de mise sur le marché à une durée de 10 ans renouvelables, en introduisant un contrôle obligatoire après la mise sur le marché des OGM. Bref, s’engager à transposer cette directive en France, c’est bien, mais cela aurait pu être fait avant le Grenelle. Et cela ne résout pas une double question fondamentale : que fait-on des OGM et avec quelle démocratie ? La Suisse a posé cette question. Résultat : les OGM sont interdits en Suisse. La France est-elle capable de poser démocratiquement ce type de question ?
Sarkozy affirme aussi : « le Grenelle de l’environnement pose de nouveaux principes pour encadrer la recherche et la culture des OGM. Je pense au principe de transparence ». Cette phrase ne fait que reprendre le principe de la directive européenne. Enfin, le président de la République insiste sur le fait que « cette suspension de la culture commerciale des OGM pesticides ne signifie pas, là aussi, je veux être clair, que nous devons condamner tous les OGM, et notamment les OGM d’avenir ».
2. Les transports
Le compte-rendu du groupe de travail « mobilité et transports » du Grenelle propose une « écotaxe kilométrique sur les poids lourds pour l’utilisation du réseau routier national non concédé ». Les autoroutes sont donc exclues de l’idée de cette taxe. Pourtant, elles représentent une part majoritaire des trajets de poids lourds.
Autre bémol - de taille - les taxes en général sont un sujet sensible. « L’objectif est de taxer plus les pollutions, notamment les énergies fossiles, et de taxer moins le travail », a rappelé Sarkozy, en insistant qu’il ne voulait pas d’impôts supplémentaires sans compensation. Vu les cadeaux faits aux riches et l’enterrement du débat sur la TVA sociale, l’instauration d’une « taxe carbone » ne semble donc pas être pour demain.
Enfin, sous ce chapitre transports, le Grenelle a évoqué « l’arrêt des constructions d’autoroute », idée reprise par le chef de l’Etat. Mais Nicolas Sarkozy a mis en avant une exception importante : « le principe de l’intérêt local ». Autrement dit, si l’Etat, en concertation avec les collectivités locales, juge qu’il faut construire un axe routier pour développer une région, on le fera.
3. Les énergies renouvelables
Sur ce plan, la France est en retard et risque de le rester. On peut lire à ce sujet le récent dossier d’Alternatives Economiques (n° 262
octobre 2007). Le Royaume-Uni, en tête des pays européens pour les
énergies renouvelables, produit trois fois plus de renouvelables que la
France, dernier du classement de l’Union. Surtout, notre pays est le
seul à avoir diminué sa part d’énergies renouvelables, entre 1990 et
2004. La commission européenne vient d’adopter l’objectif de 20%
d’énergies renouvelables en Europe d’ici à 2020. Mais c’est un objectif
global. La voix de la France a imposé, dans ce compromis, que ce seuil
de 20% ne soit pas appliqué par chaque pays mais en moyenne à travers
l’Union, en tenant compte "du point de départ" de chaque Etat. Dans la
moyenne générale, la France espère pouvoir maintenir son parc
stratégique de centrales nucléaires, que Nicolas Sarkozy ne veut pas
remettre en question. Ce qui ne l’a pas empêché de proposer, après le
Grenelle, le gel de la construction de centrales, histoire de calmer
les écologistes (ce qui n’a pas trop fonctionné d’ailleurs).
4. Déchets et pesticides
Le Grenelle a réaffirmé l’intention de recycler plus et de réduire notamment les emballages. Mais rien n’est concrètement proposé. Les industriels peuvent continuer à inonder le marché de produits venant grossir les stocks d’ordures. Et le consommateur pourrait payer plus cher ses grosses poubelles dans la taxe des ordures ménagères. Ce principe, formulé par le Grenelle, est déjà appliqué dans certaines collectivités, en Alsace notamment. Cela n’a pas donné de réduction significative des déchets comme l’a exprimé récemment la secrétaire d’Etat à l’écologie en visite sur place.
Sur les pesticides, le Grenelle affiche aussi l’intention de les réduire. C’est déjà ce que prévoient les directives européennes, qui n’ont pas toutes été transposées... et la France reste le principal utilisateur de produits phytosanitaires (près de 70 kg par habitant et par an selon Eurostat), et le deuxième producteur européen, derrière l’Allemagne.
Conclusion provisoire
En attendant les éventuelles applications du Grenelle, on peut, grâce à Nicolas Sarkozy, applaudir l’art de proposer un peu tout et son contraire.
Thèmes
C’est de la mauvaise daube le Grenelle de l’Environnement
Vous parlez dans votre article de la gestion des déchets et notamment du cas alsacien (que je connais bien puisque j’y habite). Vos affirmations sont malheureusement inexactes. En effet certaines communes (une comcom en fait) ont changé le principe de taxe en redevance (ce qui est différent). Les gens paient donc leur poubelle au poids et contrairement à ce que vous affirmer le poids de dechets par habitant a considérablement diminué (divisé par 2 voir 3 !). Ce dont vous ne parlez pas par contre c’est des procès auxquels ils ont du faire face de la part de la société qui gère l’incinérateur local et qui n’était pas contente de voir du si bon combustible lui échapper. Un comble quand on parle d’augmenter (enfin) la part ridicule des déchets recyclés.
Merci pour cette précision utile.
Nous pouvons toujours tenter de combler une des failles de ce Grenelle, dans le domaine énergétique : Grenelle de l’environnement et agrocarburants, une opportunité d’exemplarité manquée.
Il s’agirait d’interrompre la production d’agrocarburants, qui sont pourtant considérés comme des "énergies renouvelables", mais aux effets dévastateurs.
Ne considérons donc pas les "énergies renouvelables" en volume brut sans la moindre distinction et sélectionnons celles qui ont un réel intérêt sur le plan environnemental !!!
Non, bien sûr, ce machin n’aura aucun effet. C’était de la liturgie, pas de l’action. Si le gouvernement pensait que cette méthode de travail permettait des résultats, il aurait appliqué la même pour les régimes spéciaux. Il n’en sort aucune décision concrète, et c’était le but.
Mais la liturgie n’est pas négligeable car elle permet d’affirmer à l’opinion que le sujet compte, au moins en théorie.
Quand développement durable rime avec féminité…
Je viens de découvrir les candidates pour concours « Terre de femmes » de la fondation Yves Rocher qui me tient particulièrement à coeur. En ces temps de Grenelle de l’Environnement, les actions CONCRETES de chacune de ces femmes est une petite pierre à l’édifice.
On y retrouve un certain nombre de projets liés au développement durable, menés par des femmes du monde entier.
La nouveauté cette année c’est qu’on peut voter pour celui que l’on préfère (www.yves-rocher.com/fr/) et cerise sur le gâteau, des cadeaux sont à gagner !
A vos votes !
"Conclusion provisoire :En attendant les éventuelles applications du Grenelle, on peut, grâce à Nicolas Sarkozy, applaudir l’art de proposer un peu tout et son contraire."
C’est l’art de l’équilibre ;notre démocratie ne fonctionnant pas sur le principe de la recherche du projet collectif ,mais sur celui de la gestion des évennements en respectant les équilibres des forces en présence. De ce fait on ne choisit jamais clairement une direction et très clairement c’est le bussnes qui dirige. Oui Nicolas Sarkosy est un grand artiste mais il a beaucoup de public.
Pour que le Grenelle ait pu avoir une réelle efficacité il aurait fallu qu’il devienne un outil de réflexion et de débat , un outil collectif d’émérgence d’un projet de société. Utopiste ,non ? Je ne vois pourtant pas d’autre issue.










