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Patron

Article publié le 3 avril 2009

Patron

Le mot Patron a été mis en exergue ces derniers jours à cause des salaires de certains d’entre eux, et de leurs primes. Il est vrai que le côté mirobolant, hors échelle commune, de ces rémunérations laisse perplexe : que peut-on faire de tout cet argent ? On comprendrait qu’il soit mis au service de l’entreprise, de son développement, de son avenir, une rémunération collective, en quelque sorte, de l’entreprise dans toutes ses composantes. Enrichir le patron est autre chose. Sans doute y a-t-il un marché des patrons, des plus performants, que l’on s’arracherait à travers le monde. Cette concurrence pourrait justifier une certaine surenchère, mais chacun sent qu’il ya des limites à cet exercice, et qu’il y a d’immenses inégalités qui ne se justifient en rien par le mérite desdits patrons. Il s’agit de rester équitable, pour faire référence à un des piliers du développement durable. La crise met en pleine lumière le niveau de rémunération des dirigeants du CAC 40 et de quelques catégories d’employés genre traders, mais la question de l’équité se pose aussi hors crise, bien sûr.

Abandonnons les polémiques actuelles sur la manière de moraliser[1] les patrons, ou le capitalisme, ou encore les affaires, et penchons nous sur le métier des patrons, la manière de diriger, la gouvernance, un classique du développement durable.

Patron fait référence au pouvoir. On est frappé de l’utilisation du mot patron par les media. La présidence d’un groupe, en premier lieu celui des patrons, donne le droit au titre de patron. On est patron (ou patronne) des patrons, des producteurs de fruits et légumes, d’un ministère, d’un parti politique, d’un syndicat ouvrier, etc. comme si les dirigeants de ces organismes collectifs étaient des chefs absolus, qui donnaient leurs instructions aux membres de leurs groupes. Le réflexe monarchique n’est pas encore dépassé en France, et même de monarchie absolue. L’usage du mot patron est trompeur, s’il sous-entend une autorité absolue, de droit divin. Nous savons bien que ça ne se passe pas comme ça, et que l’art du patron est bien de faire émerger des sensibilités, des initiatives convergentes, des positions communes, et non d’imposer ses vues brutalement. Ce que l’on appelle la bonne gouvernance est avant tout la capacité à valoriser les talents[2] de chacun, et à créer les conditions de l’élaboration partagée d’un consensus, consensus qui sera d’autant plus dur qu’il sera partagé, ce qui ne fera que renforcer l’autorité du patron qui aura su le dégager.

C’est dans les entreprises qu’il y a encore des patrons de droit divin. Ils ont créé leur affaire, et s’identifient totalement à elle. Pas de différence entre leur succès personnel et celui de l’entreprise. Tout dépend alors d’un seul homme (ou d’une seule femme), avec d’un côté un engagement quasi total, bien sympathique, mais aussi une réelle difficulté à absorber les apports spécifiques des collaborateurs. Ceux-ci ne participent guère à l’élaboration du projet collectif, ils ne sont que les servants du projet du patron, ce qui n’empêche pas ce dernier de récupérer de bonnes idées ici et là, faites siennes immédiatement.

La bonne gouvernance permet à l’inverse de passer d’une aventure personnelle à une entreprise portée par un groupe, avec tout ce que cela représente de solidarité et de responsabilité partagée. Le rôle de patron s’enrichit alors d’une écoute et d’une capacité à renforcer en permanence sa vision de l’avenir de sa société, grâce aux contributions de l’ensemble des personnels. Bien sûr, il faut trancher, il faut décider, il faut recruter les compétences et les tempéraments utiles à la dynamique de l’entreprise, et le patron doit assurer ces missions. Pour reprendre l’essence des démarches Qualité[3], il doit satisfaire trois familles de partenaires, les clients[4], les actionnaires et les salariés de l’entreprise. A lui de faire converger les intérêts de ces trois composantes de l’entreprise, de s’adapter en continu à leurs exigences et à leurs besoins pour que cette alliance perdure et se renforce. Certains ajoutent aujourd’hui une quatrième composante, le long terme, ou encore la planète. Celle-ci commence à la porte de l’entreprise, avec ses voisins, et s’étend progressivement à la rivière et aux océans, à la haute atmosphère, aux forêts primaires. Ce sont les approvisionnements de l’entreprise, ou les effets à long terme de ses produits, ou encore les comportements humains provoqués par son activité.

Le développement durable consiste à gagner sur plusieurs tableaux à la fois, notamment le court terme et le long terme, l’individuel et le collectif. Toute victoire sur un plan au détriment de l‘autre ne serait qu’une victoire à la Pyrrhus, sans lendemain. Certains s’en satisferont, pressés par l’immédiat ou l’individuel, valeurs directement perceptibles. No future. C’est bien dommage car l’entreprise et son patron ont un rôle privilégié à remplir dans la recherche du monde nouveau à construire, puisque nous savons que le simple prolongement des pratiques anciennes nous conduit droit dans le mur.

Il s’agit d’abandonner les modèles de passé, conçus en un temps où l’on pensait que le monde était infini. Il faut s’extirper de modes de penser hérités d’une autre époque. Défricher des terres vierges, explorer des futurs inédits, voilà bien des comportements d’entrepreneurs, à l’inverse des suiveurs qui ne font que répéter les pratiques antérieures. Un beau défi pour un patron moderne.


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Développement durable Entreprise

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