Le tourisme permet-il la solidarité et le développement ?
Article publié le 7 avril 2008
Invité samedi 6 avril par le Festival Partir Autrement,
organisé par l’association Aventure du Bout du Monde, à présenter mon
expérience avec les coopératives de producteurs du Mexique, j’ai
participé à cette évènement convivial qui se tenait cette fin de
semaine à l’espace Reuilly. Voici un petit compte-rendu subjectif des
moments qui m’ont particulièrement marqué.
Rendez-vous à Thulé, un documentaire sur une aventure humaine au
Groénland, entre deux marcheurs et l’équipe d’un voilier. Les deux
marcheurs devaient traverser ce sous-continent, véritable désert blanc,
d’Est en Ouest sur plusieurs milliers de kilomètres. Ils seront déviés
au point de 3 à 4 semaines par le relief et rejoindront le voilier plus
tôt que prévu, au millier de la côte Ouest du Groenland. Aventure
profondément humaine. Dominique Simonneau, après le film, me détaille
la géographie humaine du Groenland, avec 3 ou 4 villes principales de
quelques milliers d’habitants. Ces derniers ont su prendre de la
civilisation moderne ce qui leur était utile, comme Internet ou les
téléphones portables, et limiter ses nuisances, "sauf pour l’alcool".
Mais les motos-neige ont une circulation limitée, par exemple. Cette
femme remarquable prépare un mémoire à l’Institut des Langues
Orientales sur l’impact de l’écotourisme sur les populations et
l’environnement local dans l’Est du Groénland. Cet écotourisme est
constitué aujourd’hui principalement de kayakeurs inoffensifs, certes.
Mais qu’apporte leur présence aux populations locales ?
Ce témoignage aurait du tempérer l’intervention de Thierry Sallantain au
débat intitulé "Tourisme et développement, de plus en plus de voyageurs
!". Son intervention n’est certes pas passé inaperçue. De retour de
Guyane française, où cet ethnologue a risqué semble-t-il sa vie, et
subi une semaine ou deux de prison pour protéger les populations
amérindiennes et la forêt tropicale Sallaintain affirme "carrément" : "le développement, c’est la généralisation du mode de vie occidental,
lequel est "au bout du rouleau". Proche des accents de Yves Paccalet,
l’auteur de "L’humanité va disparaître, bon débarras", mais sans doute
motivé par des sentiments plus altruistes, puisqu’il dit avoir connu
parmi les amérindiens "le paradis sur terre". Pour lui, le touriste
occidental emporte son mal-être à l’autre bout du monde, dans l’espoir
d’y trouver un soulagement illusoire. Ce faisant il génère une
attirance toute aussi illusoire parmi la population locale pour le mode
de vie occidental, encourageant les désirs d’émigration. La solution ?
Elle est simple pour Thierry Sallantain : susciter des "voyages
touristiques" pour amener des personnes du Sud voir "les bas-fonds" de
l’Occident, et être dégoûtés à jamais de ce contre-modèle. Un peu
simpliste et excessif, sans doute, mais stimulant pour la réflexion et
le débat...
Parmi les nombreux documentaires vus, je mentionnerais "L’île Rouge pas à pas",
chronique de deux jeunes marcheuses qui ont parcouru 1500 kilomètres à
pied à Madagascar, à la rencontre de la population locale et d’une
vingtaine d’"initiatives positives", correspondant aux critères de
l’agence Reporters d’Espoir, et qui démontrent que l’espoir existe
aussi sur cette île du bout du monde, qui a paru être la proie du
sous-développement et des difficultés politiques. Le plus émouvant est
de voir la facilité du contact avec les populations locales, des
déserts à la forêt tropical, des artisans ou des riziculteurs à cette
ethnie d’éleveurs réputée bandits. C’est certes filmé et monté avec un
peu d’amateurisme, mais la chronique est racontée avec sensibilité, et
le tout est digne d’intérêt. Le site Positive Mada fournit toutes les informations sur cette petite aventure, et sur les 23 initiatives positives rencontrées à Madagascar.
Quant à mon intervention, et à celle de mes collègues du commerce équitable, demandez à d’autres visiteurs de vous raconter ! Je ne serais certainement objectif si je vous la racontais.










