NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Parler de développement durable dans une banque

Article publié le 5 juillet 2007

Parler de développement durable dans une banque

Non, bien sûr, on ne va pas essayer de tomber dans le cliché du banquier, cigare au bec qui parle du CAC40 avec amour... non, on ne va pas faire ça.

Quoique ! La semaine dernière, je suis allé tenir un stand sur le développement durable dans une grande banque. Le groupe semble avoir la volonté de développer un peu son côté développement durable. On ne peut que l’encourager. Cela dit, un univers sépare la politique de la direction et la vision du développement durable des cadres de l’institution.

Mon intervention s’intégrait dans une semaine du développement durable organisée par la banque pour faire de la "sensibilisation". J’avais eu quelques échos de la tenue d’un stand, quelques jours plus tôt, par une association de commerce équitable. Cette dernière s’était faite accuser de fausser le marché, en assurant un prix plancher décent aux petits producteurs. Aux dires des banquiers donc, tant pis pour les conditions de survie des agriculteurs, du moment que le prix est optimum et que le marché reste efficient. Mais que dire alors des subventions que verse l’Europe dans la cadre de la politique agricole commune à l’industrie agroalimentaire (dans laquelle les banques investissent de manière conséquente) ? N’est-ce pas là aussi une manipulation des cours ? Enfin, c’est un autre sujet. Bref, ces échos laissaient présager une séance de sensibilisation "motivante"...

Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, après avoir passé le portique de sécurité, donné notre carte d’identité, nous avons installé notre étal de documentation, nos posters fraîchement imprimés et nous étions prêts à confronter nos opinions à tous ceux qui voudraient bien croiser notre route. Notre stand était stratégiquement placé entre la cantine et la cafétéria, passage habituellement incontournable pour la plupart des employés de l’entreprise. Pourtant, ce jour là, comme les autres jours de cette semaine du développement durable, les employés empruntaient des chemins détournés pour éviter de passer devant notre stand. Pourquoi donc ? Difficile de trouver des explications à cela, mais on peut tout de même avancer quelques hypothèses. Tout d’abord, il y a clairement un refus de la discussion. Je pense que les cadres de cette banque (représentative de bien d’autres...) n’ont pas envie de discuter avec des ONG. Ils croient connaîtrent nos arguments et, fiers de leur  savoir, ne veulent pas remettre en cause leur jugement et le système capitaliste dans lequel ils évoluent. Nous sommes certainement perçus comme des écolos écervelés, utopistes, rêveurs, irréalistes, passéistes, extrémistes, catastrophistes... les qualificatifs ne manquent pas. Il nous a suffi de voir les regards de mépris de certains pour comprendre que nous n’étions pas vraiment les bienvenus. Et puis du point de vue du système libéral, nous ne créons pas de richesse !

Nous avons discuté entre autre avec une dame, responsable d’un département, qui, après nous avoir questionné sur de la finance, pour juger notre pertinence, nous a, tout de go, sorti que les éoliennes, c’était moche et bruyant, que le projet EPR ne pouvait pas être contesté, que les déchets nucléaires n’étaient pas un souci, qu’elle refusait de prendre les transports en commun par peur de se faire agresser et donc venait au travail en voiture... Le tout avec un aplomb inébranlable... bref, l’écologie c’est de la connerie...

Cela dit, nous avons eu quand même quelques échanges intéressants, ça et là, plus souvent avec les employés(plus soucieux des problèmes environnementaux apparemment) qu’avec les cadres. Au bout d’une heure et demi, une dizaine de discussions plus tard, et une 50aine de dépliants distribués, nous avons plié baggages et quitté ce milieu plutôt fermé à la discussion. Néanmoins, il est toujours enrichissant de confronter ses idées, même devant des publics un peu virulents. Cela nous contraint à nous remettre en cause, à préciser nos arguments, à approfondir certaines questions. C’est aussi à ce prix que nos idées peuvent avancer et si quelques personnes seulement sont convaincues ou même seulement intéressées par le développement durable, c’est toujours un pas supplémentaire de franchi.

Et devant l’urgence de la situation, chaque conducteur de 4x4 ou de coupé Mercedes converti au vélo est une petite victoire !

Bookmark and Share
24 votes

commentaires
votez :
par jcm (IP:xxx.xx4.56.24) le 5 juillet 2007 à 16H53

Une des solutions les plus efficaces pour que nous pratiquions le "développement durable" plutôt que de seulement "en parler" serait que nous disposions tous d’un système de repères qui situerait nos actions récentes par rapport à des limites que nous ne devrions pas dépasser.

Cela s’appelle un indicateur, et l’on pourrait transformer le PIB en un indicateur qui ne refléterait pas seulement notre activité économique mais la caractériserait par rapport à leur nocivité potentielle.

On pourra lire une telle approche ici : Du PIB au PIB+.

votez :
par jcm (IP:xxx.xx4.56.24) le 5 juillet 2007 à 16H54

Une des solutions les plus efficaces pour que nous pratiquions le "développement durable" plutôt que de seulement "en parler" serait que nous disposions tous d’un système de repères qui situerait nos actions récentes par rapport à des limites que nous ne devrions pas dépasser.

Cela s’appelle un indicateur, et l’on pourrait transformer le PIB en un indicateur qui ne refléterait pas seulement notre activité économique mais la caractériserait par rapport à leur nocivité potentielle.

On pourra lire une telle approche ici : Du PIB au PIB+.

votez :
par Atlantis (IP:xxx.xx6.163.127) le 7 juillet 2007 à 17H05

Bonne approche que ce PIB+, mais je doute que ça les intéresse. Même le PIB à mon avis ils s’en tapent. C’est des macro paramètrse qui intéressent les analystes financiers de haut vol, ainsi que les gouvernementaux. Dans une banque on te demande de tirer le plus de fric possible de ton client sans le faire partir (ou alors faut un roulement). En gros on pourrait même assimiler ça à une religion extrémiste, le culte du fric.

Déjà le social ils voient pas l’intérêt, mais alors l’écologie ... Alors le développement durable qui essaie de concilier l’économie, le social et l’écologie à un juste niveau, c’est le diable incarné !

Mon banquier a compris que les schémas classiques ne marcheraient pas sur moi et je lui rend grâce de pas me prendre pour un veau. Il est géographiquement très loin de moi, mais je le changerait pas pour un autre, dans ce milieu ils sont trop rares ! Mais il y a malheureusement des limites à ce qu’il peut faire, du fait des contraintes de la boite. Je parie qu’il aurait p-e évité votre stand si il était potentiellement observable par des collègues, mais qu’il aurait p-e dialogué avec vous si ça restait dans la sphère privée.

Malheureusement, les travailler tous individuellement c’est pas possible techniquement et c’est épuisant.

votez :
par Guesar (IP:xxx.xx4.135.130) le 9 octobre 2007 à 19H54

Ben moi je viens de quitter le crédit agricole (sic) pour m’installer à la NEF et j’en suis bien contant et mon argent aussi ! ;-) J’ai pu discuter avec ma banquière de développement durable, etc. Le plus dingue : c’est son metier ! :-p


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deSociété
Dynamicsauto - 28 articles
rcoutouly - 47 articles
Biosphère Blog - 44 articles
Marc Girard - 17 articles
Mobilité durable - 171 articles
Héloïm Sinclair - 43 articles
René HAMM - 2 articles
Littlecelt - 23 articles