Article publié le 13 septembre 2007
Selon le Canard enchaîné du 12 septembre, l’Elysée étudierait une refonte de la filière nucléaire française qui amènerait le groupe Bouygues à posséder 35% d’une nouvelle entité constituée de la fusion d’Areva et d’Alstom. Gênant, quant on connaît l’étroitesse des liens qui lient Martin Bouygues, patron du groupe éponyme, et Nicolas Sarkozy. “Le soupçon de favoritisme sera difficile à écarter” note Libération.
Après le gaz, Nicolas Sarkozy, baptisé par certains energyman, se rêverait en obstétricien d’un nouveau géant de l’énergie. Nucléaire cette fois. Dans la balance, comme dans la fusion Suez-GDF, des intérêts financiers colossaux et beaucoup d’argent à gagner facilement pour une poignée de privilégiés. Autre type de régime spécial jugé moins choquant celui-ci par le Président.
Officiellement, le projet élyséen vise à renforcer la place du géant nucléaire français Areva sur le marché mondial. Confirmant une information des Echos, l’Elysée, a reconnu l’existence d’une réflexion stratégique et la constitution d’un groupe de travail. La banque HSBC et le cabinet McKinsey ont été missionnés par l’Agence des participations de l’Etat, qui dépend de Bercy, pour réfléchir à une restructuration du capital d’Areva.
Si un scénario repose sur alliance avec l’Allemagne et son groupe Siemens il semblerait que la préférence du chef de l’Etat aille vers une solution franco-française avec Alstom. Une solution qui permettrait de réserver une place de choix au groupe Bouygues, premier actionnaire d’Alstom.
En 2004 déjà, Nicolas Sarkozy alors Ministre de l’Economie et des Finances avait volé au secours du groupe en grandes difficultés et avait imposé, le mot n’est pas trop fort, son sauvetage aux banques françaises et à la Commission européenne. Cette fois, le mariage d’Areva et d’Alstom aurait pour principal avantage de permettre à ce dernier de vendre à son nouveau conjoint ses turbines à la place de Siemens. Une société holding de tête serait créée dont le premier actionnaire serait Bouygues avec 35% du capital devant l’Etat avec 18%.
Cet intérêt, pour ne pas dire cette fascination présidentielle pour ce capitalisme glouton très haut de gamme n’est en rien surprenant pour François Bayrou. Le président du Modem qui effectuait sa rentrée politique le 11 septembre sur Canal+, a décrit le Président de la République comme quelqu’un qui aime la société de l’argent roi.
Le constat semble juste. Jusqu’à présent on apprenait dans les facs de droit que l’intérêt général n’est pas constitué par la somme des intérêts particuliers. Le principe n’aura pas résisté à la rupture tranquille.
Thèmes
La mise en place d’un géant de l’énergie nucléaire français, donc facilement contrôlable par l’État (qui, de plus, reste actionnaire à un bon niveau) me paraît nettement préférable à celle d’une multinationale sur laquelle, l’expérience le prouve, il est toujours très difficle d’exercer un contrôle strict.










