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Lumières

Article publié le 20 avril 2009

Lumières

Déjà traité au singulier[1], le mot évoque bien d’autres choses, au pluriel, qu’un phénomène physique. Les lumières représentent la connaissance, et surtout la conquête d’une liberté de pensée acquise au XVIIIe siècle. Nous la devons à de nombreux philosophes français et européens, qui étaient bien différents les uns des autres, mais qui partageaient ce besoin de ne pas se laisser piéger par les systèmes de pensée traditionnels. Des dissidents avant l’heure.

Le développement durable représente les lumières du XXIe siècle. Cela pourra surprendre, tant le mot à la mode[2],largement repris et porté aux nues par les commentateurs, mais bien dévalorisé, récupéré et transformé en une addition de mesures techniques utiles mais sans signification en elles-mêmes.

Le développement durable, c’est conquérir une nouvelle liberté de penser. Ne nous y trompons pas, les lumières du XVIIIe, les historiques, sont toujours en danger, comme nous le rappelle Slodan Todoroff dans l’Esprit des lumières[3]. Il s’agissait alors de secouer le joug d’une forme de totalitarisme religieux relayé par le pouvoir politique qui en profitait largement. Ce totalitarisme n’est pas mort, on peut même dire qu’il prospère avec la montée des intégrismes de tous poils, qui se renvoient habilement la balle. Le fait religieux semble en proie à une dérive bien inquiétante, avec les créationnismes en figure de proue, et les partis de Dieu, quel que soit le nom qu’on donne à ce dernier. L’extrémisme religieux, anti-lumières par nature du fait de son absolutisme[4] militant, se propage dans de nombreuses universités, où il a remplacé la contestation marxiste ou cubaine des années 1960. Il est possible d’y voir une forme de rejet du progrès[5], dont les perspectives apparaissent effectivement plus proches d’une fuite en avant que d’un aboutissement pour l’humanité.

Les lumières du XXIe siècle ne peuvent que prolonger leurs ainées du XVIIIe, en les enrichissant de l’expérience des révolutions industrielle et démographiques, intervenues entre temps et dont les effets se feront encore sentir très longtemps. Reprenons notre liberté de penser, si l’on veut trouver les voies d’un avenir pour l’humanité qui ne soit pas le simple prolongement des tendances du passé. Le récent G20 de Londres ne nous a pas paru très rassurant sur la capacité de nos dirigeants à choisir cette liberté comme moteur de la dynamique à créer pour sortir de la crise. Keynes avait bien raison d’affirmer que La difficulté n’est pas de comprendre des idées nouvelles, mais d’échapper aux idéesnanciennes.

Les lumières ne naissent pas dans un cerveau[6] unique, fut-ce t-il génial, mais au sein d’une société. Celles du XVIIIe sont le fruit d’échanges et de confrontations entre des esprits indépendants qui voulaient explorer de nouveaux champs de pensée, de nouvelles manières de voir le monde, sans les lunettes ni les œillères de l’establishment religieux et politique. Celles du XXIe siècle pourront-elles se faire jour face aux puissances idéologiques et financières qui tentent d’occuper le terrain des idées et des règles de la vie sociale. Les échecs sont masqués, voire niés ou oubliés, malgré un coût humain souvent dramatique. Le négationnisme s’exerce de nombreuses manières. Les brèches sont colmatées au plus vite, pour parer au plus pressé, sans vision d’avenir digne de ce nom.

Abandonner la voie facile de l’expansion à l’infini au profit de la recherche d’une croissance qualitative fondée sur l’intelligence humaine et la valorisation maximale de la production spontanée de la nature n’est pourtant pas si compliqué. C’est même une perspective enthousiasmante, pour quiconque croit en l’Homme et en son génie. Mais cette nouvelle attitude provoque de nombreux chambardements dans nos têtes. Le bonheur[7] est en vue, mais à condition de savoir changer de perspective. Quelques revirements à entreprendre tout de suite, pour ouvrir de nouveaux horizons. De nouvelles lumières pour éclairer la marche de l’humanité.

_________________
[1]Voir la chronique Lumière, 14/12/2006 et n°39 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)
[2]Mode (03/07/2008)
[3]Szvetan Todorov, L’esprit des lumières, Robert Laffont, 2006
[4]Voir Absolu (04/12/2008)
[5]Progrès (02/10/2006)
[6]Cerveau (07/02/2008)
[7] Bonheur (28/07/2006 et n°5 dans Coup de shampoing)


Thèmes

Développement durable Réflexion

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commentaires
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par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 20 avril 2009 à 21H17

« croissance qualitative », c’est un oxymore. Pour être plus méchant, une absurdité. Un changement peut être qualitatif ou quantitatif. S’il est quantitatif, c’est une croissance ou une décroissance. Il n’y a pas moyen de sortir de là.

« valorisation maximale de la production spontanée de la nature », C’est une périphrase. En plus court,la cueillette et la chasse.

le total chambarde mon entendement, sans éveiller mon enthousiasme.

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par Capitaine Poltron (IP:xxx.xx8.114.156) le 20 avril 2009 à 23H23

« croissance qualitative » : oxymore

« valorisation maximale de la production spontanée de la nature » : périphrase (pour chasse et cueillette)

Au total, grand chambardement dans ma tête — et donc manque d’enthousiasme.

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par bernard labat (IP:xxx.xx3.91.196) le 21 avril 2009 à 11H57

Je suis assez d’accord avec vous, notamment quand vous évoquez la circonstance que la contestation du "progrès" est aujourd’hui largement menée par des forces intellectuelles et morales farouchement "réactionnaires", à caractère intégriste. D’où justement la nécessité de mettre en place une contestation moderniste de l’idée de progrès. Tendance qui a du mal à "percer" car la caricature triomphe toujours dans les cerveaux, y compris en occident ; il en ira ainsi tant qu’il y aura un intérêt économique à la faire perdurer.

c’est pourquoi en revanche je suis plus dubitatif devant la formule "croissance qualitative fondée sur l’intelligence humaine". Très honnêtement, présenté de la sorte, c’est de la com’. La véritable "intelligence humaine" doit être affectée aux modalités de la décroissance : c’est le seul moyen j’en ai peur de donner du sens à votre formule. Et de faire un pas vers le concret.

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par yunhe (IP:xxx.xx7.72.116) le 10 novembre 2009 à 10H39

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