Cela fait maintenant un an, plus ou moins, que l’écologie commence à entrer dans les moeurs du grand public, dans les discours, qu’elle est prise en compte, tout du moins un peu plus qu’avant… Un an que M.Hulot commençait à faire du bruit, un an que le commerce équitable connaît un vrai succès, que les consommateurs commencent à être plus sensibles au bio… Bien sûr, ce n’est pas encore gagné, loin de là, mais il semblerait que les choses commencent à progresser, peu à peu… Le temps de faire le point sur la manière dont la consommation alter est généralement perçue… Sur les aspects bio, équitables et locaux, histoire de s’y retrouver un peu…
Tout d’abord, le marché des produits équitables est bien plus réduit que celui du bio, mais sa croissance est nettement plus rapide : il a gagné 37 % en 2005, pour atteindre 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Question interprétation, l’augmentation de la consommation de produits bio et équitables est généralement interprétée comme un moyen d’exprimer son opinion politique. On peut se sentir impuissant face au réchauffement climatique, mais en remplissant son chariot, on sait envoyer des messages clairs. Certes, il est toujours possible de “boycotter”, mais l’acte militant le plus efficace passe encore par le choix de consommation plutôt que par la non consommation… Les consommateurs étant au bout de la chaîne, ce sont leurs comportements qui font remonter les messages aux producteurs : on appelle ça le “consumérisme politique” !
Au Royaume Uni par exemple, les consommateurs invoquent plus la protection de l’environnement que les bienfaits pour la santé comme raison de choisir des produits bio ! D’ailleurs, il paraît que Tesco, l’une des marques de distribution les plus importantes chez nos voisins britaniques, vient de passer à un mode d’étiquetage prenant en compte le coût en CO2 du produit (voir ici) ! Pas mal non !?
Alors certes, on ne reviendra pas sur les arguments de ceux qui estiment que la production bio ne peut nourrir toute la planète, d’autant que la FAO a récemment prouvé l’inverse. On ne reviendra pas non plus sur les arguments de certains économistes selon lesquels le commerce équitable n’est pas la solution (cf. notes en fin de post)
Mais le nouveau sujet qui fait débat maintenant pour les convaincus de longue date, c’est le “big bio” : ainsi que l’expliquait un article de The Economist repris par Courrier International en février dernier, “l’essor de la production à grande échelle de produits biologiques pour répondre à une demande croissante, a entraîné une réaction de rejet, certains estimant que l’agriculture biologique a perdu son âme.”
Pour exemple : “le
lancement par le géant de l’agroalimentaire Nestlé de Partners Blend,
un café instantané issu du commerce équitable, a convaincu certains
militants que leur mouvement s’inclinait devant le big business.
Nestlé, qui commercialise plus de 8 000 produits non équitables, est
accusé d’exploiter le label Fairtrade pour améliorer son image tout en
poursuivant ses activités habituelles“. Mais certains ne sont pas de cet avis, estimant qu’il ne serait irresponsable “de
ne pas saisir une occasion d’aider des centaines, voire des milliers
d’agriculteurs. Pour gagner la bataille, nous devons rallier les grands
groupes à nos idées.” affirmait alors M. Bretman, de FLO International. Certains, de la même manière, critiqueront la marque “les 2 vaches”, filiale de Stonyfield,
rachetée par Nestlé. Une communication dynamique, une marque
sympathique, et des yaourts bio dans les grandes surfaces qui se voient
bien et atteignent ainsi le grand public. Voilà la recette de cette
nouvelle marque bio.
Mais là aussi, comme pour le commerce équitable, certains pensent que le bio se fourvoie, et de l’intérieur, par ceux qui pensent qu’il a vendu son âme au diable. Et il semblerait donc maintenant que le militantisme alimentaire soit entre les mains des tenants des circuits courts.
Explication : “les produits locaux n’ont pas à être bio, et acheter directement aux petits exploitants court-circuite les systèmes de production et de distribution classiques, comme le faisait le bio à ses débuts. Résultat, les circuits courts semblent à l’abri de la production à grande échelle ou d’une récupération par les géants de l’agroalimentaire.” Le bio était un moyen pour les consommateurs de protester contre les grands groupes, et, désormais, les circuits courts en seraient un autre. Mais attention, là aussi un débat existe et une fois encore, les choses ne sont pas simples… (cf. notes 2 en fin de post). Il est surtout important de faire attention aux saisons, car certains aliments produits sous serre en hiver localement peuvent être plus gourmands en énergie que les mêmes aliments produits plus loin naturellement… Vive les AMAP donc !
Bref, entre le bio, l’équitable et le local, il faut surtout arbitrer. Certes, une telle consommation peut être perçue comme une manière de protester contre les grands groupes, mais s’ils font des efforts, il est difficile de leur en vouloir ! Surtout si ces efforts vont dans le bon sens ! L’idée que l’on peut changer le monde par ses choix alimentaires est aussi attrayante. Mais, comme le souligne si bien la conclusion du CI, “lutter contre le réchauffement de la planète, promouvoir le développement et réformer du commerce mondial passe avant tout par des choix politiques difficiles“. L’action politique traditionnelle, lorsqu’elle arrivera à imposer des normes strictes en la matière, aura peut être plus de chances d’influer sur le cours des choses, même si, en attendant, le pouvoir réside encore dans les choix des consommateurs.
Alors, pour conclure, à quand des étiquetages qui prennent en compte toutes ces dimensions ? A quand la mise en place d’un indicateur synthétique entre le degré de bio, de local, d’équitable et d’émissions de CO2 ? Quoi… ? Je rêve… ? :-) Non ! Il faut persévérer ! Si les anglais commencent à le faire, pourquoi pas nous !
Sources et notes :
Courrier international - n° 850 - 15 févr. 2007 - Débat / Les limites de l’alimentation éthique - Peut-on changer le monde en faisant ses courses ?
Très bon article de John Cloud du Times, “Eating Better than Organic”, 2 mars 2007
Pour aller plus loin :
Virginie Diaz, “le commerce équitable, une des maillons du développement durable ?, et son livre ici.
Marion Nestle Food Politics : How the Food Industry Influences
Nutrition and Health, University of California Press, 2002 ;What to
Eat, North Point Press, 2006.
Michael Pollan The Omnivore’s Dilemma, Penguin Press, 2006.
Brian Halweil Eat Here : Reclaiming Homegrown Pleasures in a Global Supermarket, W. W. Norton & Company, 2004.
Gary Paul Nabhan Coming Home to Eat : The Pleasures and Politics of Local Foods, W. W. Norton & Company, 2002.
Notes :
SUR LE DÉBAT ENTRE ÉCONOMISTES A PROPOS DU COMMERCE EQUITABLE :
Le commerce équitable a pour but de “remédier à “l’injustice des bas prix” en garantissant aux producteurs un prix équitable, “même quand le marché conventionnel ne l’est pas”, peut-on lire sur le site de FLO International. En somme, cela revient à payer les producteurs un prix “commerce équitable” supérieur au cours du marché, à condition qu’ils respectent une série de normes en matière de conditions de travail et de production. Dans le cas du café, les producteurs agréés commerce équitable perçoivent au minimum 1,26 dollar la livre, ou 0,05 dollar au-dessus du prix du marché si celui-ci dépasse ce seuil. Les producteurs reçoivent également une prime de développement, qui sert à financer des projets communautaires [construction d’un dispensaire, d’une école, achat d’équipement, diversification de la production, etc.].
(…)”L’argument économique classique contre le commerce équitable est le suivant : le bas prix de produits de base comme le café est dû à la surproduction et devrait être un signal incitant les producteurs à passer à d’autres cultures. Leur payer un prix minimum garanti – ce qui revient à leur verser une subvention – ne les incite pas à se diversifier. En faisant monter le prix moyen payé pour le café, cela encourage de nouveaux producteurs à entrer sur ce marché, ce qui tire le cours du café non équitable encore un peu plus vers le bas, d’où un appauvrissement de ses producteurs. Pour Tim Harford, auteur de The Undercover Economist (2005), le commerce équitable ne s’attaque pas au vrai problème, qui est que l’on produit trop de café.
M. Bretman, de FLO International, récuse cette analyse. Dans la pratique, assure-t-il, les agriculteurs n’ont pas les moyens de se diversifier quand les prix chutent. Les producteurs “équitables”, en revanche, peuvent utiliser la prime de développement qu’ils perçoivent pour investir, et ainsi élargir leur gamme de produits.
Garantir un prix minimum signifie aussi qu’il n’y a pas d’incitation à améliorer le produit, se plaignent les buveurs de café, qui jugent très variable la qualité des moutures équitables. La Rainforest Alliance fait les choses autrement. Elle ne garantit pas un prix minimum, mais offre des formations, des conseils et un meilleur accès au crédit. “Nous voulons que les producteurs prennent leur destin en main, qu’ils apprennent à commercialiser leurs produits sur des marchés mondialisés très concurrentiels, afin qu’ils ne soient pas tributaires de telle ou telle ONG”, explique M. Wille.
Mais l’argument le plus convaincant est sans doute que le commerce équitable ne permet pas de faire parvenir efficacement l’argent aux petits producteurs du Sud. Les distributeurs ajoutent leur propre marge, considérable, aux produits équitables, faisant croire aux consommateurs que le surcoût qu’ils paient est intégralement reversé aux producteurs. M. Harford calcule que seuls 10 % du surcoût d’une tasse de café équitable leur reviennent effectivement. Le café équitable, dit-il, de même que les produits bio vendus en supermarché, permet surtout à la grande distribution de repérer les clients disposés à payer plus cher.”
SUR LE DÉBAT A PROPOS DES FILIÈRES COURTES :
“En achetant
directement au producteur, on est sûr qu’il perçoit un prix juste, sans
intermédiaires qui se sucrent au passage. Par ailleurs, la production
locale n’est pas acheminée depuis l’autre bout du pays (ou de la
planète), si bien qu’elle est plus écologique. Ainsi, les circuits
courts séduisent à la fois les écologistes, les lobbys agricoles, les
militants altermondialistes et les consommateurs qui souhaitent être
mieux informés de la provenance de ce qu’ils mangent.
De toute
évidence, entre un produit cultivé localement et un même produit
acheminé depuis un pays lointain, il est logique de préférer le
premier. Mais on peut rarement faire des comparaisons aussi simples.
Car réduire au minimum les kilomètres alimentaires [la distance que
parcourt la nourriture entre l’endroit d’où elle provient et l’assiette
du consommateur] n’est pas toujours le meilleur choix en termes
d’impact pour l’environnement.
La notion
même de “kilomètre alimentaire” est trompeuse, si l’on en croit un
rapport publié par le ministère de l’Environnement et de l’Agriculture
britannique. Un kilomètre parcouru par un gros camion rempli de denrées
alimentaires, ce n’est pas la même chose qu’un kilomètre parcouru par
un 4 x 4 transportant un sac de salade. C’est pourquoi, explique Paul
Watkiss, l’un des auteurs du rapport britannique, il est plus judicieux
de raisonner en termes de kilomètres par véhicule alimentaire (la
distance parcourue par des véhicules transportant des denrées
alimentaires) et de kilomètres par tonne alimentaire (ce qui prend en
compte le volume transporté).
Le rapport du
ministère, qui analyse l’approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni,
bouscule certaines idées reçues. On y apprend qu’il est moins nocif
pour l’environnement, par exemple, de faire venir des tomates par
camion d’Espagne en hiver que de les cultiver sous serre chauffée en
Grande-Bretagne. Il en ressort également que la moitié des kilomètres
parcourus par véhicule alimentaire en Grande-Bretagne sont des
allers-retours au supermarché en voiture. Chaque trajet est bref, mais
il y en a des millions chaque jour. Autre découverte étonnante : une
généralisation des circuits courts – au détriment de
l’approvisionnement dans les supermarchés, avec leurs entrepôts, leurs
filières de distribution rationalisées et leurs grands camions chargés
à bloc – pourrait accroître le nombre de kilomètres parcourus par des
véhicules alimentaires à l’échelon local. En effet, les produits
seraient transportés dans un plus grand nombre de petits véhicules,
moins rationnellement chargés.
Une étude
menée par l’université Lincoln, en Nouvelle-Zélande, révèle que
produire dans ce pays des produits laitiers, de l’agneau, des pommes ou
des oignons pour les exporter vers la Grande-Bretagne consomme
globalement moins d’énergie que de les produire en Grande-Bretagne (en
Nouvelle-Zélande, la production et la transformation sont bien moins
gourmandes en énergie). Et même si acheminer des aliments par avion des
pays en développement se traduit par davantage d’émissions de CO2, il
faut aussi tenir compte de l’impulsion donnée au commerce et au
développement.
Il y a des tendances protectionnistes et anticapitalistes chez les partisans des circuits courts, juge Gareth Edwards-Jones, de l’université du pays de Galles. Les lobbys agricoles peuvent ainsi faire campagne contre les importations sous prétexte d’écologie. Les gens, poursuit-il, veulent croire qu’ils font les meilleurs choix du point de vue écologique ou social, “mais nous n’avons pas suffisamment d’éléments” pour en être sûrs.”
RÉACTIONS à l’article de The Economist :
Publié à la une de The Economist courant décembre, l’article a suscité de très nombreuses réactions, pour la plupart outrées. “Dans la presse et dans les blogs, les militants du “consommer autrement” démontent presque tous les arguments avancés par l’hebdomadaire britannique pour décrédibiliser le bio, le commerce équitable et les circuits courts. Concernant le bio, le journaliste Samuel Fromartz, auteur de Organic, Inc., conteste, dans le magazine écolo américain en ligne Grist, que ses rendements sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle et qu’il nécessite par conséquent davantage de terres cultivées. Il cite plusieurs études américaines montrant que le rendement du bio est quasiment équivalent à celui du conventionnel et qu’il peut même être supérieur les années de sécheresse. Quant au commerce équitable, ses défenseurs nient que le prix minimum garanti payé aux producteurs revienne à leur verser une subvention qui les incite à surproduire. “Les communautés de producteurs ne sont que trop conscientes des risques qu’il y a à dépendre d’une seule denrée et sont promptes à saisir toutes les occasions que leur ouvre leur adhésion au programme équitable”, rétorque FLO International, l’organisme de certification du commerce équitable, sur son site. The Economist n’est pas plus jugé convaincant quand il accuse les consommateurs qui privilégient les produits locaux d’être protectionnistes. “Aux Etats-Unis du moins, personne, que je sache, n’appelle à l’érection de barrières commerciales contre les aliments importés. Un consommateur est-il protectionniste parce qu’il choisit d’acheter plus cher l’ail d’un producteur local ?” se gausse, toujours dans Grist, l’agriculteur et journaliste Tom Philpott, avant de conclure : “Bizarre de la part d’un magazine libéral de nous conseiller de restreindre nos choix et de demander à l’Etat de résoudre nos problèmes.” L’hebdo britannique de gauche The New Statesman est encore plus cinglant : “Quand les défenseurs des intérêts de riches entreprises se disent consternés de la façon dont nous dépensons notre argent, nous pouvons être sûrs que nous faisons une bonne chose.””
LES AMAP :
“Parmi les circuits courts de distribution de produits alimentaires créés en France,les Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) constituent l’un des réseaux les plus développés. Une AMAP est un partenariat de proximité entre une ferme, généralement périurbaine, et un groupe de consommateurs. Ces derniers achètent à l’avance un panier de produits – fruits et légumes essentiellement – que le maraîcher leur fournit ensuite au fil des mois. Cette approche est née au Japon dans les années 1970 avec les tekei (“partenariats”), coordonnés à l’époque par l’Association japonaise d’agriculture biologique. Elle s’est ensuite développée aux Etats-Unis et au Canada sous le nom de Community Supported Agriculture, puis en Europe, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. En France, une cinquantaine d’AMAP, dont certaines spécialisées dans les produits bio, sont répertoriées ici, sur le site de l’association Alliance paysans-écologistes-consommateurs.”
Les tendances et analyses qui mettent tout dans le même panier (bio, alter, ecolo, décroisseur) sont toujours discutables et contre-attaquables. Tenter de défendre ces points est pour moi ouvrir la porte à la contestation de l’ensemble de ces points. Les choses sont rarement compliquées, il suffit de décortiquer le problème pour voir que l’on peut distinguer des éléments indépendants et simples. Et alors seulement on peut tenter de les analyser en blindant le dossier de manière à éviter toute contre attaque plausible.
Pour faire un parallèle avec le batiment (je baigne dedans en ce moment) : les tendances passives/biomat/sain/bioclimatisme/productrices d’énergie ne sont pas opposées, mais pas non plus forcément liées. Elles sont souvent utilisées en même temps d’ailleurs dans les projets novateurs d’ailleurs. Mais dès que vous avez affaire à quelqu’un qui mélange plusieurs de ces notions sans distinguer qui fait quoi, les avantages et inconvénients de chacun, fuyez-le : c’est au choix un incompétent ou un arnaqueur !
Et c’est mon impression face à l’analyse présentée par CI au dessus ...
Mais Atlantis, je ne comprends pas trop votre critique. Au contraire, on distinguera ici plusieurs éléments (bio, équitable, local). En mettant en avant le plus et le moins dans chaque cas. Par la suite, un raisonnement par combinaison permet de voir quelles sont les paires et enfin les combinaison qui à terme marcheraient le mieux !
Ce qui me gène, c’est que chaque tendance n’est pas aussi facilement distinguable dans la prise de décision. Mettre un barème ne résoudra rien non plus.
Le problème c’est que c’est une approche cartésienne de quelque chose qui l’est pas. Et à ce petit jeu on peut facilement truquer les conclusions. Les plans d’expériences / approches statistiques c’est bien ... dans le monde des maths ! Déjà en sciences dures ça foire allègrement, mais en sciences humaines ...
Dans la vie réelle faut prendre chaque point l’un après l’autre, bien le cerner et le distinguer des autres. Et pour les effets combinatoires laisser faire l’intuition. Evidemment c’est une approche que les décideurs n’aiment pas. Ils voudraient savoir ce qui va marcher le mieux. Mais je crois que justement, de microcosme naissant ne veut pas subir les pressions des décideurs. Et donc fera mentir les perspectives, qu’elles quelles soient. Si très peu (aucun ?) de politique ne s’est prononcé sur ce genre de question, c’est tout simplement car c’est un sable mouvant : s’y aventurer c’est s’enliser.
Einstein : L’intuition, c’est l’intelligence prise en excès de vitesse // Le mode de pensée qui a généré un problème, ne peut être celui qui va le résoudre.
Il y a une énorme différence entre la théorie et la réalité. La théorie c’est que nous avons tous un rêve : manger sain pour pas cher et sans pollution.
La réalité est malheureusement qu’aujourd’hui, et depuis la révolution industrielle, nous ne savons plus rien faire sans produire de la pollution : le transport des marchandises par bateaux se faisait autrefois à la force du vent, énergie certes très aléatoire mais totalement gratuite et non polluante. Le transport sur route se faisait à la force des jambes (grande tradition africaine, le portement sur la tête existe toujours) ou à la force animale (chevaux, ânes, mulets, boeufs). Aujourd’hui, même pour faire cent mètres, le citadin "m’enfoutiste" et paresseux prend sa bagnole ou, à la rigueur, son deux-roues (qui pollue d’ailleurs tout autant qu’un quatre-roues).
Cultiver bio ET local, ce n’est donc pas un problème, mais le problème reste rigoureusement le transport, pour une seule et principale raison : plus de 50% de la population mondiale vit aujourd’hui dans de grandes villes, et nous nous sommes donc éloignés, de plus en plus éloignés géographiquement des zones rurales.
Je pense donc que bio, équitable ou local et pourquoi pas les trois à la fois, ne résoudra pas le problème majeur de ce XXIe siècle : le réchauffement climatique, la pollution, la surconsommation de carburants polluants.
On a tout faux depuis plus d’un siècle : les humanoïdes s’entassent sans réfléchir dans des villes en expansion constante qui sont comme des chancres, consommant une quantité phénoménale d’énergie en dépi du bon sens (par exemple, pourquoi éclairer les rues désertes la nuit au-delà de minuit ? Les réverbères pourraient s’allumer momentanément au passage des piétons éventuels par détection de mouvement).
Autre problème, c’est la dérive agricole amorcée avec la fin annoncée du pétrole : produire des biocarburants. Il a déjà été démontré que si l’on devait remplacer la consommation mondiale de pétrole telle qu’elle est actuellement par du biocarburant, il faudrait 5 ou 6 fois la surface de la planète en terres cultivables, ce qui est évidemment impossible.
Je suis un consommacteur, mais j’ai malheureusement conscience que même si ma manière de consommer est "engagée", nous courons tous au désastre, parce que le consumérisme est d’abord et avant tout un immense gaspillage. Bio, local ou équitable, que mangerons-nous, que trouvera-t-on à manger demain ? Je me le demande et je n’ai pas la réponse.
C’est pas Nestlé, mais Danone qui a racheté Stonyfield. Démarche plutôt correct jusqu’à présent, je trouve.
Ah oui ! Il faudra rectifier ! Je me demande pourquoi j’ai mis Nestle parce que je sais très bien que c’est Danone en plus ! :-)










