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Les emplois non durables de la croissance durable

Article publié le 15 avril 2009

Les emplois non durables de la croissance durable

Nous venons de découvrir l’existence du Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), un organisme de recherche apparemment sérieux qui jouit d’une localisation très privilégiée au Jardin Tropical de Paris - pour se projeter en avant dans le futur climatique de la capitale ?

Sur ce site que nous n’avons pas fini d’explorer, nous avons découvert une étude co-réalisée avec WWF-France (aïe aïe aïe) intitulée - 30% de CO2 = + 684 000 emplois - L’équation gagnante pour la France

Ce rapport a évidemment été écrit sous l’influence d’un monumental biais de confirmation d’hypothèse. Le résumé suffit pour alerter le lecteur :

Il apparaît que l’effet sur l’emploi est extrêmement positif puisque 684 000 emplois nets sont créés d’ici à 2020. D’une part, les emplois créés par les énergies renouvelables (316 000) et surtout l’efficacité énergétique (564 000) sont beaucoup plus nombreux que ceux détruits dans les filières énergétiques (138 000) et automobiles (107 000). D’autre part, avec un baril à 100$ en 2020, le scénario négaWatt entraîne une économie nette pour les ménages, d’où une hausse de leur consommation et un gain supplémentaire de 48 000 emplois. Notons que, avec un baril à 150 euros, l’effet induit positif aurait été beaucoup plus fort (467 000 emplois), soit la création nette de 1,1 million d’emplois.
Autrement dit, plus le baril est cher, plus on crée d’emplois ! Ce n’est plus de la macro-économie mais de la magico-économie.

Rappelons qu’à 150 € le baril, soit près de $200, on atteint un seuil difficile à supporter pour l’équilibre de l’économie mondiale, comme l’a montré le choc pétrolier de 1980. Et pourtant à l’époque, malgré des politiques poussant aux économies d’énergies - c’est à ce moment qu’est né le sport national de la "chasse au gaspi" - le chômage a plutôt eu tendance à s’envoler.

Selon nous, les auteurs font fausse route sur trois points.

D’abord, les politiques d’efficacité énergétique ont une vitesse de déploiement très faible en l’absence d’un signal-prix extrêmement fort ou de situations de pénurie : or ce n’est pas avec les hypothèses optimistes de l’AIE d’un baril à $100 en 2020, utilisées par les auteurs du rapport, que de telles conditions seront créées. Alors qu’il ne faut que quelques années pour installer 1000 MW de capacité de production électrique d’origine fossile, c’est plutôt en dizaines d’années qu’il faut compter pour mesurer le délai d’effacement de la consommation correspondante par les particuliers et le secteur tertiaire, au moyen de mesures d’efficacité énergétique.

Ensuite, on additionne des choux et des carottes en parlant d’emplois : on ne reconvertit pas "comme ça" des employés de l’automobile en prestataires du bâtiment. Au-delà de la question de la formation aux compétences requises, il y a un tout petit problème de qualification de l’emploi : quel col blanc de l’automobile va accepter de se transformer en col bleu du bâtiment ? Car les emplois créés par cette fameuse économie verte sont essentiellement non qualifiés... On se gargarise souvent des millions d’emplois potentiellement offerts par la généralisation du recyclage : vous connaissez beaucoup de lycéens qui se destinent à trier des poubelles ou à désosser des machines à laver ? On peut reprocher beaucoup de choses au nucléaire, il est néanmoins indéniable qu’il a contribué à tirer "vers le haut" une partie de l’industrie en France : au-delà d’Areva, d’EDF et du CEA, des sociétés comme Schneider Electric ou Alstom ont bien profité de la manne du programme électronucléaire français pour monter en compétences comme en force de frappe.

Enfin, les auteurs se gardent bien de souligner qu’ils remplacent des emplois récurrents en emplois non récurrents : en 2021, quand tous les immeubles et pavillons seront bien isolés, quand toutes les lignes ferroviaires nouvelles seront construites et quand toutes les éoliennes seront dressées, que va-t-on faire de toute cette main-d’oeuvre ?
Thèmes

Emploi

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commentaires
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par Angelie (IP:xxx.xx8.37.162) le 15 avril 2009 à 13H04

"en 2021, quand tous les immeubles et pavillons seront bien isolés, quand toutes les lignes ferroviaires nouvelles seront construites et quand toutes les éoliennes seront dressées, que va-t-on faire de toute cette main-d’oeuvre ?"

C’est là où vous vous plantez : le temps que tous les bâtiments soient isolés, il y aura toute une floppée de bâtiments décrépits qu’il faudra rénover/détruire pour reconstruire, l’immobilier est en perpétuel mouvement. Il en va de même pour tout. C’est un peu comme dire qu’une fois 10.000 médecins formés, on s’arrête là... Heu, non, il y a ceux qui partent à la retraite et les patients ne disparaissent pas !!!

D’autre part, les problématiques environnementales elles-mêmes évoluent. Ce qui n’est pas un problème aujourd’hui le sera demain. Je peux vous en citer déjà un : l’appauvrissement de la biodiversité avec des cultures qui deviennent de plus en plus fragiles faces à la maladie et des alternatives qui disparaissent, faute de protection.

Bref, je pourrais continuer longtemps comme cela tant votre argumentation est naïve. Vous imaginez vous que le monde se fige en 2021 ?

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par zygomar (IP:xxx.xx0.164.52) le 15 avril 2009 à 14H51

Et il y aura toujours une fraction de la population qui s’ingéniera à trouver quelque chose de nouveau pour faire chier une autre fraction de la population....

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