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Le totalitarisme pour sauver la planète

Article publié le 23 avril 2009

Le totalitarisme pour sauver la planète

C’est quoi une société totalitaire ? Une société profondément inégale. D’un côté des privilégiés, des maîtres, des seigneurs. D’un autre côté, des esclaves, des soldats, des pions.

Si nous considérons la population mondiale nous sommes déjà dans cette situation. Nous autres occidentaux sommes les nantis. Nous vivons plus vieux que les plus pauvres, nous voyageons ils ne voyagent pas, nous avons accès à la culture ils se contentent souvent de survivre… Notre monde actuel est donc totalitaire parce qu’il maintient des inégalités gigantesques d’un bout à l’autre de la planète.

Qu’en est-il au sein même de l’occident ? Les plus riches d’entre nous ne vivent guère différemment des classes moyennes. Ils voyagent, assistent aux mêmes spectacles, voient les mêmes films ou lisent les mêmes livres, mangent à peu près la même chose, vivent en moyenne tout aussi vieux…

Certes les plus riches ont plus de moyens. Ils voyagent dans des avions privés, ont des chauffeurs pour leurs voitures, plutôt que de prendre le train ils prennent l’hélico. Mais quand on y regarde de près ça ne fait pas beaucoup de différences. Au final, le soir, ils regardent les mêmes séries TV. J’ai découvert dans NewScientist, je sais plus où, une étude qui révèle que le bien-être perçu n’augmente pas en deçà d’un revenu moyen.

L’occident, pris en tant que tel, n’apparaît donc pas totalitaire. Si, au temps de la royauté, on avait appliqué le même raisonnement, on aurait affirmé que la noblesse n’était pas une société totalitaire. Différence : la noblesse constituait alors une minorité. Aujourd’hui, la minorité est passée de l’autre côté, dans le camp de ceux qui n’ont pas accès au bien-être moyen.

J’ai donc envie de définir le totalitarisme comme une situation sociale où une minorité possède un bien-être ou des privilèges inaccessibles à la majorité.

Le communisme appliqué à l’écologie

Certaines voix s’élèvent pour dire qu’il n’existe qu’une façon de régler la crise climatique qui nous pend au nez : réduire de manière drastique notre train de vie pour réduire notre consommation d’énergie. Cette réduction ne pourrait être imposée que par l’État.

Les tenants de cette théorie, que j’appelle les Croisés dans mon twiller, supposent déjà qu’il est impossible d’accroître notre train de vie sans réduire en même temps notre consommation d’énergie, ce qui est loin d’être prouvé (et qui est faux d’ailleurs). On peut consommer jusqu’à plus soif les énergies renouvelables sans que ça impacte la planète.

Pour faire pencher la balance dans le sens de leur théorie politique, les tenants de la rigueur invoquent l’imminence de la crise, et par la même, la nécessité d’agir vite, et surtout avec force et autorité. Ils sont bien sûr persuadés que leurs méthodes d’action pyramidale sont les plus optimales, alors que toutes les avancées scientifiques de ces vingt dernières années prouvent le contraire. Mais on ne peut pas s’attendre à voir les idées de progrès dans leur camp.

Comme eux, supposons donc que nous allons tous nous serrer la ceinture. Nous allons nous appliquer une rigueur drastique. Mais alors comment empêcher certains d’entre-nous de festoyer ? De continuer à prendre l’avion plus de fois que les quotas autorisés par exemple ?

Nous ne l’empêcherons pas, comme nous n’empêchons pas déjà les ministres de faire des excès de vitesse. Une nouvelle noblesse apparaîtra, des gens se permettront ce qui sera inaccessible à la majorité. Ils auront des droits que les autres n’auront pas. Et pour leur survie, ils veilleront à ce que personne n’outrepasse les lois restrictives. Le totalitarisme deviendra immanquablement autoritaire.

Pour que la minorité survive dans le bien-être maximal, la majorité besognera. C’est ni plus ni moins que le communisme dur appliqué à l’écologie. Nous revivrions ce qu’a connu la Russie au temps de l’URSS. Il faudra faire entrer les masses dans le rang. Et si ça ne suffit pas, il faudra réduire la population, pour finir par atteindre un régime écologiquement soutenable.

Qui est près aujourd’hui à signer pour un tel plan de sauvetage ? Pas moi en tout cas. Et je crains que certains ne soient un jour tenté de mettre en œuvre ce scénario. Ils chercheront à nous séduire avec leurs bonnes intentions, leurs désirs de nous sauver, mais ils se garderont de renoncer à leurs privilèges… Parce que l’homme ne renonce pas une fois qu’il a quelque chose sauf si on le force.

Plus idées, pas plus de lois

Je crois que nous devons lutter à tout prix contre le totalitarisme et toute idéologie qui s’en réclame. Dès que j’entends quelqu’un évoquer une solution miraculeuse, extrêmement simpliste, pour régler la crise climatique, je vois poindre le totalitarisme (dans lequel tombe de plus en plus souvent James Lovelock par exemple). Il n’existe pas de solution simpliste à un problème complexe.

Si nous réglons la crise climatique par le totalitarisme, nous revenons en arrière, nous renonçons à une partie du rêve humaniste, nous renonçons à notre propre humanité. Je ne m’intéresse qu’aux solutions climatiques qui, en même temps, luttent contre le totalitarisme.

Nous devons changer de mode de vie, d’habitude, de technologie… mais non pour revenir à un stade antérieur de nos sociétés, mais aller vers un stade ultérieur.

Je le redis parce que j’en suis convaincu : si par des lois ou toute autre forme d’autorité, on force les gens à réduire leur bien-être, ce qu’ils entendent par bien-être, au nom du réchauffement climatique ce sera une catastrophe plus grande que le réchauffement lui-même. On doit, au contraire, inventer des solutions qui mènent le bien-être à devenir plus respectueux de la planète.

L’alimentation bio par exemple. C’est quoi idéalement ? Surtout pas celle du retour à la terre. C’est des aliments qui ont nécessité moins d’eau, moins d’énergie, moins de pesticides… et qui en plus, surtout, avant tout, sont meilleurs au goût comme à la santé. Cette alimentation bio, encore embryonnaire dans sa mise en œuvre, se base sur une haute maîtrise technologique. Elle est moins coûteuse à produire et, une fois déployée, aboutira à des coûts réduits à l’achat aussi (je ne parle surtout pas du bio des villes à la mode aujourd’hui).

Tout le monde peut avoir envie de consommer de tels aliments, les riches comme les plus pauvres. On est dans l’ordre du désir et non dans celui de la dictature. Et pourtant, on aboutit au même résultat qu’en se serrant la ceinture.

Plutôt que de dire aux gens de ne plus se chauffer, on peut leur expliquer comment isoler leur maison et les rendre positives. Plutôt que leur dire de ne plus se déplacer, on peut imaginer des technologies propres. J’ai rencontré quelqu’un qui vient d’acheter un vélo cigare. Il fait 25 km comme s’il en faisait 5 avec un vélo classique, en plus il est à l’abri des intempéries. Nous avons des solutions. Il faut arrêter de dire que tout est utopie et que seul le retour en arrière, et donc au totalitarisme, nous sauvera.

En plus, les pays les plus pauvres veulent rejoindre notre niveau de bien-être. On ne va pas à eux aussi leur imposer de nouvelles dictatures. Ils ne le supporteront pas. Ils exploseront. Il faut leur proposer nos nouvelles technologies, le bio dont je parle, qu’ils pourront eux aussi mettre en œuvre puisqu’il est moins dispendieux. C’est ainsi que tous ensemble nous nous en sortirons, en allant tous dans la même direction, les riches comme les pauvres.

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Thèmes

Politique Réflexion Réchauffement climatique

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commentaires
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par Mr.K (generation-volée) (IP:xxx.xx7.246.3) le 23 avril 2009 à 12H59

"Le totalitarisme est le système politique des régimes à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée, dans lequel l’État tend à confisquer la totalité des activités de la société"

Rien a voir avec l’occident ou les etats tendent de plus en plus à disparaitre pour laisser l’espace au privé. De plus rien n’empeche de penser qu’un totalitarisme egalitaire peut naitre meme si cela reste peu probable.

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(IP:xxx.xx9.75.175) le 23 avril 2009 à 14H05

à l’auteur

le toalitarisme vient du fait qu’une élité malsaine cachent les système energétique gratuit et non polluant nous pourrions vivre à 20 miliard sur terre sas problème

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par kelson (IP:xxx.xx6.55.199) le 23 avril 2009 à 14H08

"Les tenants de cette théorie, que j’appelle les Croisés dans mon twiller, supposent déjà qu’il est impossible d’accroître notre train de vie sans réduire en même temps notre consommation d’énergie, ce qui est loin d’être prouvé (et qui est faux d’ailleurs). On peut consommer jusqu’à plus soif les énergies renouvelables sans que ça impacte la planète."

Vous annoncez que c’est faux : prouvez le ?

À vrai dire je n’en attends pas autant, personne n’est devin et la réponse dépend en grande partie de progrès technologiques à venir.

Cependant, avez-vous des scénarios possibles et réalistes pour les 20 prochaines années ? Le but étant à la fois de la croissance et une réduction des énergies fossiles très importantes (% 2 ou 3).

En attendant, j’invite chacun à trouver des éléments de réflexion *chiffrés* : http://www.manicore.com/

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par Sam (IP:xxx.xx5.82.2) le 23 avril 2009 à 14H16

Pourquoi cette idée que le "bien être" est directement proportionnel au bien matériel.

Si "niveau de bien être" rime avec consommation à outrance (ce qui n’est pas discuté dans cet article) alors l’environnement en prendra toujours un sacré coup.

Il ne s’agit donc pas de retourner à l’âge de pierre, il s’agit de consommer de manière plus responsable, voire de moins consommer. De consommer ce qui est nécessaire et de se faire plaisir de temps en temps sans être boulimique de la consommation, des achats.

C’est bien donc au pouvoir publique de donner l’exemple et de miser en premier fortement sur l’éducation qui est un investissement à "long terme" pour la société.

Deuxièmement, Il faut pour lancer la machine fortement sensibiliser la population adulte (recyclage, incitation à contrôler ses achats, taxes sur les produits les plus polluants ...) et voire peut être émettre des lois répressives si nécessaire sur des comportements (industriels et/ou particulier) qui mettent en péril l’environnement tout en expliquant la démarche. A chacun chez soi de mettre la main à la pâte ! :-)

Et en même temps, investir MASSIVEMENT dans la recherche sur les énergies renouvelables. La conquête spatiale par exemple peut bien attendre une petite dizaine d’années.

Le totalitarisme n’est clairement donc pas LA solution.

http://www.defi-energie.be/pdf/pres...

http://www.maxisciences.com/ob%e9si... (ça ne me surprend pas !)

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par sobriquet (IP:xxx.xx5.100.34) le 23 avril 2009 à 14H17

En effet une décroissance qui passe par des lois imposées et une baisse du bien-être risque fort de virer à la catastrophe. Seuls quelques fous peuvent espérer empêcher les gens de festoyer ; je crois que c’est une opinion trop marginale pour mériter d’être mentionnée.

Mais une baisse de la consommation de biens et d’énergie n’implique pas nécessairement une baisse du bien être ; au contraire, accompagnée d’une évolution de l’état d’esprit, elle peut devenir un facteur majeur de mieux-être. Une évolution des moeurs passe inévitablement par une évolution des valeurs.

Pour finir, je vous invite à vous interroger sur les prénotions de "progrès", de "passé" technologique, et de "futur" technologique : elles comportent beaucoup de sous-entendus et de croyances qui ne se fondent que sur des clichés.

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par piquouze (IP:xxx.xx3.204.68) le 23 avril 2009 à 19H05

Par pitié Thierry, reste-en à écrire des livres sur la suite bureautique de Microsoft si tu veux mais évite d’écrire des contre-vérités sur l’écologisme avec comme raccourci totalitarisme = communisme = écologisme et laisse parler les vrais experts, comme James Lovelock justement. D’ailleurs qu’est-ce qui n’est pas simple dans le fait de sur-consommer ? Faire prendre conscience aux gens qu’il est inutile de changer de téléphone portable tous les six mois juste parce que le nouvel iphone vient de sortir ? oui ça c’est pas simple c’est vrai.

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par Actias (IP:xxx.xx3.189.181) le 23 avril 2009 à 20H38

" Le totalitarisme deviendra immanquablement autoritaire."

Eux ... et les grands seront moins petits que les autres ?

Bon il y a du bon dans votre raisonnement mais vous considérez, à tord, la situation actuelle comme "normale". La situation actuelle est dejà un extremisme. De plus il faut une decroissance de la population humaine (a moins de vouloir faire de la terre une fourmillère humaine, ce qui est presaue deja le cas), de la consomation de produits inutiles (vous le reconnaissez vous même, a partir d’un certain niveau cela n’impacte pas le bien etre percu) et non renoncer au progres technologique.

Et pour finir mefions de ceux qui hurlent des que l’on parle de reduire la consommation, ce n’est pas liberticide ni totalitaire de s’attaquer aux interets industriels.

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par Céline Ertalif (IP:xxx.xx6.209.187) le 23 avril 2009 à 22H50

70% de l’effet de serre provient de l’habitat et des transports, et donc de ce qui relève essentiellement de la politique locale d’urbanisme. Comme l’évidence semble souvent échapper, je répète. Ce prorata (peu contesté) provoque surtout une indifférence à hauteur encore plus élevée. 70%, je répète, encore et encore... 70%.

Il faut mettre fin au rêve du pavillon individuel sur 1000 m2, conçu pour un couple avec 2 ou 3 enfants. La vie d’adulte dure aujourd’hui entre 50 et 60 ans, et le schéma familial archétypique que je viens d’évoquer correspond à une quinzaine d’années, une vingtaine au maximum.

La politique urbaine, via les SCOT, POS ou PLU est-elle totalitaire ? Généralement, nos concitoyens la connaissent mal, la comprennent mal et pensent qu’elle est autoritaire dès lors qu’elle contrarie leur projet. Nous vivons largement sous l’emprise de la fameuse règle de la privatisation des profits et de la mutualisation des pertes, c’est particulièrement vrai pour la spéculation sur les terrains privés et pour la prise en charge des réseaux publics par les contribuables.

La démocratie dépend aussi de la culture des citoyens, de leur implication dans la vie locale. Cet article laisse penser que les choses se passent très loin de nous à une échelle mondiale sur laquelle nous n’avons pas ou peu de prise. Eh bien quand on regarde de près ces 70% de l’effet de serre, on peut dire exactement le contraire. J’entends très souvent des dénonciations à l’emporte-pièce contre les règles d’urbanisme, mais la démocratie ça commence aussi en cessant de croire qu’on peut faire la guerre à tout le monde dès qu’on sort de son enclos pavillonnaire et à considérer que nous avons besoin des autres, y compris pour avoir des réseaux publics nécessaires pour que le dit pavillon privé soit accessible. Nos concitoyens vivent avec une conception archaïque de la propriété, un libéralisme rétrograde, alors que plus de maîtrise collective locale est indispensable pour préserver notre environnement et la planète.

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par basquette (IP:xxx.xx3.83.212) le 25 avril 2009 à 01H05

Prenons comme hypothèse que l’auteur a raison. N’écoutons pas ces idéologistes comme James Lovelock qui nous mèneraient tout droit au totalitarisme si on les écoutait et laissons donc le capitalisme continuer d’accroitre les inégalités et prospérer dans sa boulimie économique.

Mais cette boulimie du profit atteindra forcément un jour le seuil critique où la nature nous forcera à freiner radicalement notre mode économique actuel. La classe de loisirs remplacera alors la démocratie par le totalitarisme afin de conserver ses privilèges. C’est d’ailleurs ce qui commence à se passer.

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(IP:xxx.xx4.197.94) le 31 janvier 2012 à 13H13

Il me semble que cet article culpabilisateur oublie une chose très importante ; le droit à l’autodétermination des peuples.

Si l’inde est une des régions les plus polluées de la planète et si on y mutile les enfants pour qu’ils mendient, ce n’est pas la faute du méchant consommateur occidental.

La corruption omniprésente en Afrique n’est pas le fruit d’un gène importé par la colonisation.

etc.

Même si je partage en grande partie votre constat, il convient de regarder les causes réelles du malaise. Ces causes viennent avant tout du comportement des hommes et des systèmes dans lesquels ils sont enfermés ( culturels, éducatifs, politiques .... ). Nous avons la chance d’être né sur une partie du globe ou nos peuples ont pris des directions moins destructrice sur nos existences, mais nous restons le fruit de forces multiples ( encore une fois culturels, éducatifs, politiques .... ) qui nous dépassent et qui ne nous rendent pas coupables de l’état du "reste du monde".

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par hardi (IP:xxx.xx8.27.45) le 25 juin 2012 à 11H55

Un bel exemple du n’importe quoi des ayatollahs verts :

http://www.agoravox.fr/actualites/p...

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