NaturaVox : partager pour préserver
ConsoSociétéAlimentationSantéBiodiversitéClimatÉnergies
Le réchauffement de la planète et l'opinion publique

Article publié le 23 avril 2007

Le réchauffement de la planète et l'opinion publique

A force de lire des articles sur le réchauffement climatique, ou d’en écrire, sa réalité et ses conséquences me sont tellement familières que j’oublie souvent que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Je m’en aperçois en particulier lors de réunions de famille quand le sujet ne manque pas d’arriver dans la conversation après des plaintes sur la fin des saisons et les températures anormalement élevées du moment. Hier soir, se tenait à Montpellier un Bar des Sciences consacré au réchauffement climatique avec plusieurs intervenants. Je n’ai pas regretté de m’être déplacée, pas tant pour ce que j’y ai appris sur le thème que pour l’observation de l’opinion des participants.

medium_bds-2006-2007.jpgLe Bar des Scineces est organisé depuis 1999 par la section montpelliéraine de la Société Française de Physique au rythme d’un par mois de novembre à mai. Le principe est simple. Après une brève introduction sur le thème de la soirée, la parole est rapidement donnée au public pour des questions et des commentaires. Des spécialistes du domaine abordé sont dispersés dans la salle et interviennent pour répondre aux questions et participer au débat.

Donc hier, le thème était le réchauffement climatique avec les interrogations habituelles : risque majeur du XXIè siècle ou pas, cause naturelle ou pas, l’homme responsable avec son mode de vie, les conséquences sur la vie quotidienne. Adolphe Nicolas, professeur émérite à l’université Montpellier 2, et auteur de deux livres sur le sujet, a rappelé dans l’exposé d’introduction les certitudes de la communauté scientifique, certitudes énoncées dans les deux derniers rapports du GIEC : oui, le réchauffement climatique est en cours, oui, l’augmentation du CO2 dans l’atmopshère est due à la combustion des énergies fossiles, oui, il y a des conséquences déjà visibles et oui, on peut faire quelque chose même si cela sera difficile et compliqué. La parole est alors passée à la salle. Entre cinquante et soixante-dix personnes étaient présentes (évaluation sommaire, je n’ai pas compté et ne suis pas très douée pour estimer à la louche), de tous âges, jeunes et moins jeunes, et d’horizons professionnels variés avec comme seul point commun un intérêt pour ce sujet, assez médiatique en ce moment. Un intérêt mais pas une conviction très profonde de la gravité du phénomène.
En effet, le scepticisme était dans beaucoup d’esprits avec un refus d’admettre la culpabilité de l’homme, un doute né de l’habitude des incertitudes de la science, et chez ceux qui avaient conscience de l’importance à donner au réchauffement climatique, un sentiment d’impuissance.

Que puis-je faire moi dans mon coin ? Je n’ai pas de poids, mes petites actions sont insignifiantes. Quelques-uns ont cité les arguments de Claude Allègre, d’autres des revues comme Fusion qui avance que le battage fait autour du réchauffement vise à empêcher le progrès. Je les ai sentis en proie à une certaine confusion. Lorsqu’on s’intéresse à un sujet, on lit beaucoup et la facilité avec laquelle on accède à toutes sortes d’informations peut amener à plus de questions que de réponses. L’information est bien une arme à double tranchant qu’il faut apprendre à manipuler.

On a eu droit aussi aux théories conspirationnistes du genre on instille la peur du changement climatique pour empêcher les gens de penser et permettre au système capitaliste de perdurer. Arguments vivement contestés par les intervenants présents qui réfutent tout complot des scientifiques mondiaux. Les pressions politiques sont en revanche elles bien réelles. Serge Rambal, ingénieur de recherches au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, a cité l’exemple d’un collègue américain ayant démontré que l’Alaska était passé de puits de carbone à source de carbone et qui a vu ses fonds diminuer. Ce n’est pas le seul cas loin de là.

Bernard Picon, sociologue, directeur de recherche au laboratoire ESPACE, a livré une analyse pertinente du problème du réchauffement climatique et des freins aux mesures pouvant atténuer ses effets. Depuis Descartes, nous avons séparé les sciences de la nature des sciences de l’homme, deux univers qui ne communiquent pas. L’homme doit soumettre la nature à son bon vouloir. Le progrès matériel et scientifique que nous avons connu découle de là. Or, le changement climatique est un problème à l’interface entre les deux. Il nécessite de réinventer des manières de faire de la politique et de la science, de nouveaux outils. « On ne peut pas recoudre un tissu avec les ciseaux qui l’ont coupé » a-t-il expliqué. C’est une nouvelle révolution des Lumières qui devra se mettre en place, une révolution de la pensée qui replace l’homme dans la nature. Les conséquences des actes devront être appréhendées avant la réalisation des dits actes. Cette révolution est en marche, on en voit des prémisses mais ce sont les catastrophes écologiques à venir qui favoriseront son émergence à grande échelle. C’est inévitable.

La soirée s’est terminée sur un élargissement de la réflexion : le changement climatique n’est pas la seule conséquence de la pollution due à l’activité humaine. Les problèmes de biodiversité, de qualité de l’air, de l’eau, des sols sont certes moins médiatiques mais tout aussi, sinon plus, cruciaux pour l’avenir de l’humanité.

Bookmark and Share
42 votes

commentaires
votez :
par léonard (IP:xxx.xx6.100.65) le 23 avril 2007 à 15H06

Bonjour, ce texte n’est qu’une goutte d’eau dans un océan d’informations mais l’auteur ne doit pas désespérer. La déchetterie hightec nous recevra bientôt, car les conséquence du saccage de la biosphère par une seule espèce est dénoncée depuis des décennies preuve en est le rapport du club de Rome en 68 qui posaité les problèmes et présentait plusieurs scenari incluant les paramètres suivant : pollution atmosphérique, croissance population humaine, consommation, etc... Il est trop tard et c’est la raison pour laquelle la défense essentielle de l’environnement, la gestion des ressources agraires et minières passent au 5iéme rang des préoccupations des français lord de l’élection présidentielle. Du reste les candidats en tête ne parlent en priorité du pouvoir d’achat lié au plein emploi et à la croissance, un contre sens des politiques à mener pour sauver ce qui reste "sauvable". Du reste pour rassurer nos compatriotes le nouveau(elle) présidente(te) de la République devrait charger notre très grand scientifique Allégre de diriger le ministère de la préventions aux risques et de l’éducation des masses(il a si bien réussi lorsqu’il était ministre de l’éducation nationale, n’est-ce pas)sur la puissance fabuleuse de la technoscience à résoudre tous les problème, lui qui défendit avec force les bienfaits de l’amiante et refute aujourd’hui que les 12 milliards de tonnes annuelles de CO2 diffusant dans l’atmosphère(je ne parle pas du protoxyde d’azote ni du méthane)ne serait pas une des causes majeures du réchauffement climatique. On croit toujours plus les bonimenteurs, les idiots, et les manipulateurs, car ils rassurent plus que des êtres qui prennent le risque d’être traités de défaitistes et de pessimistes car leur esprit rigoureux, scientifique même, et leur moral du vrai leur interdisent le mensonge. Pour ce qui est de l’action, à mon point de vue chaque individu peut contribuer par ses actes personnels à la décroissance, la réduction de la pollution à son echelle. rien n’interdit de vivre une vie en accord avec notre biotope. C’est peu être un peu dur au début mais quelle satisfaction de terrien conscient des enjeux. Et même si nous somme plus très loin du mur. Léonard simon

votez :
par Oliv’ (IP:xxx.xx9.1.41) le 23 avril 2007 à 16H01

Bonjour, par hasard j’ai achete le Newsweek du 16/23 avril 2007. Honnetement ca fait peur. En gros ce qu’ils disent c’est que Ok la terre va se rechauffer, mais l’homme est capable de s’adapter (il l’a deja fait dans les derniers millenaires). Il y a une jolie carte du monde, verte dans l’hemisphere nord, marron dans le sud. Le vert c’est la couleur des gagnants, le marron les perdants. Les heureux gagnants ont droit a un climat plus chaud, plus agreable, on va pouvoir se baigner dans la baltique, de nouvelles routes marines vont s’ouvrir dans le nord, des ressources naturelles vont apparaitre quand la glace va fondre ( 1/4 des reserves de petrole avec un peu de chance). Question eau pas de problemes, les pays vont s’adapter, pas de guerres a cause de l’eau en vue, tout le monde est beau et gentil. Cet article pourrait se resumer par : " ne changeons rien, au lieu d’aller sur la cote d’azur on ira se baigner a stockholm, gardons nos 4x4 y a pleins de petrole dans le Grand Nord". Ils sont sympas quand meme ils ajoutent deux trois mots sur les milliers/millions de victimes du Sud ( enfin pas trop, hein, faudrait pas non plus qu’on ait mauvaise conscience, ils ont qu’a s’adapter ou naitre ailleurs). On peut ajouter le rapport du Ministre de l’environnement du canada qui agite le spectre de la recession si le Canada venait a suivre le protocol de kyoto ( sacre ministre de l’environnement, en france c’est deja pas la fete, mais la il gagne le ponpon). Une derniere couche : le score minable des Verts a la presidentielle (si on emet l’hypothese qu’il y a un lien entre la conscience ecologique et le score du parti des Verts).

Tout cela me fait dire que nous sommes mal barre, et que le travail de pedagogie ne fait que commencer.

votez :
par Christoff_M (IP:xxx.xx3.62.195) le 24 avril 2007 à 00H05

Est ce que la température actuelle ne devrait pas alerter les gens plus que tous les rapports des experts !!

votez :
par Christine Didier (IP:xxx.xx8.236.90) le 24 avril 2007 à 00H44

Si ça devrait mais j’ai remarqué que la plupart de mes concitoyens aiment beaucoup la chaleur et qu’ils voient plutôt d’un bon oeil cette hausse des températures. 25° en plein mois d’avril ça les fait rêver. On en reparle à la canicule. Pas mal de personnes ne voient pas plus loin que le bout de leur rue et ne pensent pas aux conséquences pour l’ensemble de la planète.

votez :
par Pierre Michel ROUDNINSKI (IP:xxx.xx4.17.181) le 24 avril 2007 à 10H31

Bonjour, Je suis parfaitemet d’accord avec ce que je viens de lire quant à l’énorme responsabilié du système "libéral" - et non des individus qui ne sont que des "victimes" - dans la destruction de la planète.

Cependant, pour ce qui est du réchauffement, j’ai cru comprendre, à travers mes lectures, que les météorologues se posent encore des questions : est-ce l’effet de serre provoqué par l’homme, ou un de ces nombreux "cycles" de ces nombreuses variations climatiques comme la terre en a connu ?. Avec un ralentissement de l’intervalle entre ces cycles. La question mérite d’être posée quand on se targue de scientificité, non ?

votez :
par léonard (IP:xxx.xx6.100.65) le 25 avril 2007 à 09H22

Je réponds à votre question qui est un doute quant à la raison exacte du réchauffement climatique qui serait peut-être comme le dit Allégre la conséquences de variations concommitentes aux cycles solaires, planètaires, etc... lui imbu de "scienticité", il est sûr de son coup. Moi j’ai pas ses diplômes, malgré ma culture scientifique confortable, mais ce que je sais c’est qu’il est important lorsque l’on veut démontré scientifiquement un fait il est nécessaire de suivre un cheminement scientifique qui constate, décrit analyse, repete, confirme ou infirme, puis valide(pour faire court). 1 L’effet de serre existe démontré depuis plus de cent ans. 2 CO2, NO3 ET METHANE( les vaches pétent) sont des gaz qui jouent un rôle essentiel dans cet effet 3 C’est depuis l’industrialisation fin 19ème/début 20ème siecle que l’on constate une augmentation des températures 4 la brutalité(moins d’un siècle) de ces variations laisse à penser que ce processus qui pourrait(ou aurait pu)appartenir à un cycle "normal" est "l’une" des conséquences majeures de l’activité humaine qui balance plus de 12 milliards de tonnes de CO2/an dans l’atmosphère. ET le CO2 c’est un gaz costaud, mon gars car les liaisons chimiques entre O et C dans cette configuration atomique ça pètent pas comme ça( plusieurs dizaines d’années avant de se dégrader)d’où une accumulation gigantesque de ce gaz à effet de serre dans l’atmosphère...d’où une aggravation de son rôle dans cet effet. J’arrête là car j’ai l’impression de rabâcher une vieille histoire à des enfants qui croient encore au père noël de peur d’affronter la réalité en face. Oui, c’est vrai pour répondre à un autre commentaire, les politiques, les Français en général comme leurs collègues occidentaux se foutent des conséquences car ils sont chloroformés par une propagande qui leur rabâche que c’est grave d’accord, mais c’est pas si grave car la technoscience et les collègues dinosaures d’Allégre vont nous sauver, et qu’ainsi on peut croître encore, consommomer des conditionneurs d’air, des airbus A 380, bouffer des pesticides et acheter le dernier écran plasma transporté après achat dans son 4X4 chromé sans réelles conséquences. Ecoutez Sego et Sarko. Qu’est-ce qui disent : croissance, croisssance, donnez-nous de la croissance, bon Dieu ! Ils en veulent nos citoyens, la preuve c’est qu’il aident les vendeurs d’eau minérale à faire de plus en plus de profit. Merci de m’avoir lu jusqu’au bout. Ouf !

Léonard

votez :
par blaise (IP:xxx.xx3.165.253) le 27 avril 2007 à 15H58

Le GIEC est il la seule voie intéressante pour expliquer le réchauffement planétaire ? pour ma part malgré mes efforts personnel pour limiter ma trace énergétique je pense de plus en plus que le réchauffement climatique d’origine humaine est une vaste fumisterie visant a préserver les intérêts financiers des pays du nord en stoppant le développement au sud…L’écrasante campagne médiatique actuelle n’est elle pas plutôt l’illustration du fait que nous avons dépassé le « pic de Hubert » ? Je vous rappelle que le principal gaz a effet de serre est la vapeur d’eau et que le principal moteur qui influence cette vapeur d’eau est l’activité solaire. Il paraîtrait que la corrélation activité solaire / température est exacte alors que l’augmentation de la teneur en CO2 ne serait qu’une conséquence de l’augmentation de température ? Dans cette optique un très intéressant reportage qui me convainc un peu plus que le film d’Al Gore ! http://video.google.fr/videoplay?do...

Autre illustration ! http://www.solidariteetprogres.org/...

« Ces chimistes ont démontré que dans le passé, par exemple au cours de la période 1936-1944, la concentration atmosphérique de CO2 surpassait celle d’aujourd’hui, et représentait 393.0 à 454.7 ppm. Avec un taux d’erreur d’environ 3 %, des mesures de 375.00 furent prises en 1885 (Hempel à Dresde), 390.0 en 1866 (Gorup à Erlangen), et de 416.0 en 1857 et 1858 (von Gilm à Innsbruck). Fait curieux, tandis que l’augmentation du CO2 des années 40 correspond à une période de températures moyennes plus élevées, le professeur Beck et autres ont démontré que le réchauffement a précédé une plus forte concentration de CO2. »

votez :
(IP:xxx.xx0.236.245) le 7 mai 2007 à 15H07

Très bon site pour ceux qui n’y connaissent rien. Pour éviter la propagande autour de ce phénomène décidément trop médiatique : www.climat-sceptique.com Les "vrais" scientifiques qui font de la "vrai" science et qui ne partent pas dans du sensationnalisme à deux balles et qui les budgets faciles ont la vie dure. Je leur souhaite bien du courage et suis de tout coeur avec eux (pour cause, je compte les rejoindre bientôt dans leur combat).


Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)
  • [Se connecter]

Les Auteurs deSociété
Dynamicsauto - 28 articles
rcoutouly - 47 articles
Biosphère Blog - 44 articles
Marc Girard - 17 articles
Mobilité durable - 171 articles
Héloïm Sinclair - 43 articles
René HAMM - 2 articles
Littlecelt - 23 articles