Serge Galam nie, dans Le Monde, l’effet de l’activité humaine dans le réchauffement climatique. Accumulant les clichés, Serge Galam compare les scientifiques aux nazis, aux communistes, et aux bourreaux de l’Inquisition. Tout un programme.
J’ai repris, toute honte bue, le titre de l’article de
Timothée Poisot, pour l’adapter à la prose de Serge Galam. Après Claude Allègre dans L’Express, c’est la deuxième fois qu’une telle tribune est offerte aux avocats
de cette cause. Ce deuxième papier va cependant bien plus loin.
L’ancien ministre, quand il a commis sa tribune dans L’Express, n’avait pas eu besoin d’être présenté. Il s’est complètement discrédité dans l’affaire, mais cela n’a pas empêché Serge Galam de se lancer dans l’aventure. N’ayant pas été ministre, et étant donc moins connu, il est peut-être bon de parler d’abord un peu de lui.
Serge Galam est chercheur à l’Ecole Polytechnique en épistémologie appliquée, et physicien au CNRS. La conjonction de ces deux domaines donne un champ d’étude très intéressant, où les comportements collectifs sont analysés d’un point de vue physique : par exemple, il a été souvent question de la façon de modéliser le processus d’adhésion à des réformes[1]. Une requête sur ISI - Web of Science (un moteur de recherche pour publications scientifiques) avec le mot-clé « Galam » retourne un certain nombre d’articles basés sur son modèle de comportement individuel des citoyens, qui propose une interprétation sociophysique des résultats serrés (environ 50-50) auxquels nous ont habitués les élections présidentielles récentes. Notons, cependant, qu’il n’y a aucune référence à la climatologie : ainsi, nous pourrions nous attendre à ce que, quand Serge Galam parle du réchauffement climatique, il s’interroge sur la diffusion de l’idée dans l’opinion publique, le seuil critique au-delà duquel les politiques joignent le mouvement, ou encore sur l’inertie des larges sociétés par rapport à la réactivité de petits groupes. En bref, qu’il l’interprète en sociophysicien, position où son expertise est parfaitement reconnue, y compris par ses pairs au niveau international.
Relisons maintenant l’article : à part un très court passage[2] qui peut, de loin, s’y apparenter, il ne s’agit pas de sociophysique, mais d’une charge générale contre les climatologues, le GIEC, et tous ceux qui parlent des conséquences prévues de l’activité humaine sur le climat et des façons d’y remédier. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère.
Serge Galam commence par qualifier le GIEC de grand-messe qui a canonisé l’hypothèse de l’intervention humaine dans le réchauffement climatique. Le vocabulaire religieux n’est pas innocent, il s’en resservira.
Ensuite, dans un paragraphe déroutant, il se place dans l’hypothèse que le réchauffement n’est pas d’origine humaine : les efforts du GIEC et des écologistes à la Hulot nous placeraient alors dans une impasse dramatique, qui aboutira à la disparition totale de l’espèce humaine. Rien de moins ! Et pourquoi ? C’est là que le raisonnement devient vraiment beau : c’est que les ressources que nous affectons à la recherche sur le climat (immenses, à n’en pas douter) nous priveraient de la possibilité de démultiplier la recherche fondamentale et appliquée des moyens qui nous permettraient de vivre indépendamment des conditions climatiques (même au prix de risques écologiques et éthiques accrus). Vous ne rêvez pas : un physicien reconnu nous avertit, dans un journal de (moins en moins de) référence, que quelques centaines de climatologues nous empêcheraient de brûler du pétrole pour monter le chauffage ou la clim’ en cas de variation du climat. Et encore, je n’arrive même pas à mettre de mots sur les « risques éthiques » dont il parle. Je n’ose (allez si, j’ose) pousser jusqu’à répéter que ces climatologues, s’ils se trompaient en pensant que le réchauffement est d’origine humaine, nous orienteraient avec un tel contrôle qu’ils provoqueraient l’extinction de l’espèce humaine. Quelqu’un de volontaire pour lui dire qu’ils ont si peu d’influence qu’ils n’arrivent pas à faire changer les politiques même en ayant l’appui d’un économiste ?
Il s’embarque ensuite dans quelques considérations sur la science en général, et la climatologie en particulier, qu’on a déjà entendues, et combattues, mille fois. La seule différence étant que d’habitude, on a plus l’habitude de les lire sous la plume de pseudo-scientifiques payés par Exxon. La science, selon lui, constate à la fois un réchauffement avéré et une augmentation de la quantité de CO2 dans l’atmosphère, un point c’est tout. Vouloir relier les deux constatations dans une relation de cause à effet, sous le prétexte qu’elles sont corrélées dans le temps, n’a présentement aucune base scientifique. Il suppose donc que les climatologues n’ont rien fait d’autre, depuis plusieurs décennies








