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Le Parfum d'Adam

Article publié le 18 juin 2007

Je viens tout juste de terminer la lecture d’un roman : ’Le Parfum d’Adam’ de Jean-Christophe Rufin. C’est le premier ouvrage de cet auteur au parcours hétéroclite que je lis et celui-ci est présenté comme un ’thriller écologique’, voilà pourquoi il m’avait attiré l’oeil.

Jean-Christophe Rufin a commencé sa carrière en faisant de la médecine, c’est ainsi qu’il part avec Médecins sans Frontières en Ethiopie en 1976, puis avec Action contre la faim. Il travaille ensuite au Ministère de la Défense sur les questions relatives aux relations Nord-Sud, à la libération d’otages,...Puis il devient attaché culturel au Brésil, président d’Action contre la faim,..tout en écrivant plusieurs livres (voir Bibliographie à la fin).
La trame de l’histoire du Parfum d’Adam commence avec Juliette, une jeune écologiste française, qui va saccager un laboratoire de recherche et libérer des animaux. Mais ceci n’est en fait qu’une vitrine cachant un complot bien plus important et bien plus dévastateur...Ce sont Paul et Kerry, deux anciens agents de la CIA, qui vont devoir enquêter sur cette affaire à la demande de l’agence de renseignements privée Providence. Cela va les conduire au coeur du mouvement de l’écologie profonde et radicale.

Ce thriller est le prétexte pour l’auteur d’aborder les idées de l’écologie radicale et les dangers d’une telle philosophie. Il en profite également pour parler du monde des renseignements et en particulier de la tendance à la privatisation de ce secteur ces dernières années. Le style fait penser à John Le Carré, le maître incontestable du genre, même si Jean-Christophe Rufin est loin de l’égaler. Je m’attendais tout de même à un roman plus ’fracassant’ vu comme il était annoncé. Bien sûr le sujet abordé n’est pas rien, mais je trouve que cela reste quand même ’bien gentil’ dans l’ensemble. Au final c’est un livre plutôt facile et plaisant à lire, mais qui ne va pas si loin dans la réflexion que je l’imaginais au départ (ce n’était pas non plus le but de Rufin qui ne voulait pas écrire cette fois un essai mais bien un roman).
Ce livre est tout de même l’occasion de se pencher sur ces mouvements écologistes radicaux évoqués dans l’histoire qui prennent leurs racines dans les idées de l’écologie profonde (deep ecology), une branche de la philosophie écologique dont on entend peu parler en France mais qui a fait son chemain dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou certains pays d’Europe du Nord. Contrairement à l’écologie courante que l’on connaît dont l’idée générale est que ’les droits de l’homme demeurent premiers par rapport à ceux de la nature. Il s’agit donc d’une conception « humaniste » de la nature. Cette dernière n’a pas de droits ; ce sont les humains qui ont des devoirs envers elle et, en dernière instance, envers eux-mêmes.’, l’écologie profonde se rattache à l’idée que ’l’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme la partie s’insère dans le tout.’. A partir de cette philosophie, certains groupes radicaux veulent justifier des actes violents afin de rétablir l’équilibre naturel qu’il devrait y avoir entre l’Homme et les autres espèces. Notamment en se basant sur l’idée que l’Homme a éliminé tous ses prédateurs naturels et que la planète est maintenant victime d’une surpopulation.

Evolution de la population mondiale de 1800 à 2050, Laurence Saubadu pour l’AFP

Cependant, la position de Jean-Christophe Rufin vis-à-vis de cette idéologie et des problèmes démographiques ne me paraît pas très claire. Je l’ai rencontré il y a une semaine lors d’une dédicace et conférence où il rappelait les dangers d’une pensée radicale où la solution de la sauvegarde de notre planète passerait par l’élimination d’une bonne partie de l’humanité et notamment des pauvres. Jusque là j’étais bien d’accord avec lui pour dire que la survie de notre planète ne devait pas passer par de tels actes terroristes et ignobles, et surtout en s’en prenant à ceux qui ne sont pas responsables de ce désastre mais plutôt aux victimes. Mais là où je ne l’ai pas trouvé très clair c’est quand il a abordé la question démographique. Selon lui il n’y a semble t-il pas de problème de démographie galopante et donc pas de nécessité de mieux réguler les naissances. Il a l’air de penser que ce sont les progrès technologiques accessibles à tous qui nous permettront de régler les problèmes environnementaux et de continuer à vivre toujours plus nombreux sans épuiser la planète...Pour ma part, je vois mal comment on arrivera à régler tous les problèmes environnementaux et humanitaires si l’on ne contient pas cette explosion démographique (les spécialistes prévoient environ 9 milliards d’êtres humains pour 2050, actuellement nous sommes 6,5 milliards). Evidemment il faut aussi d’urgence modifier nos modes de vie et de consommation, en particulier et en premier dans les pays développés, mais la question démographique me semble importante d’être prise en compte.

Chappatte : ’Manque de neige en montagne’, Dessin paru dans le journal Le Temps, 19.12.06

Pour en savoir plus :
(1) L’écologie profonde sur Wikipédia : Ecologie profonde
(2) Travaux du fondateur Arne Naess : sur Wikipédia
(3) Dossier Sommet de Johannesburg par Radio Canada
(4) Blog Gaïa : bulletin de santé : droitdanslemur.blogspot.com
(5) Fondation pour l’Ecologie Profonde (anglais) : www.deepecology.org

Bibliographie de Jean-Christophe Rufin :
(1) Le Piège humanitaire, Ed. J.C. Lattès, 1986
(2) L’Aventure humanitaire, Ed. Gallimard, 1994
(3) L’Abyssin, Ed. Gallimard, prix Goncourt du 1er roman, 1997
(4) Rouge Brésil, Ed. Gallimard, prix Goncourt 2001
(5) Géopolitique de la faim : Faim et responsabilité. - P.U.F., 2004
(6) Globalia, Ed. Gallimard, 2004

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commentaires
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par marcel4 (IP:xxx.xx2.216.198) le 18 juin 2007 à 17H54

Vos doutes sur les "positions démographiques" de cet homme sont fondées. Il doit s’agir d’un humaniste,espèce ayant l’angélisme comme credo et déconnectée de la réalité. Pour ce doux rêveur,l’homme trouvera toujours automatiquement une solution à tout problème énergétique ou démographique(immeubles de 1000 étages,construction de villes sur la mer,terre capable de nourrir 12 milliards d’habitants et autres bilevesées))simultanément à sa survenance(qUELLE ARROGANCE° Ûne fois de plus,sans contrôle démographique drastique et fixation d’ objectifs de dépopulation mondiale,point de salut. D’accord avec vous pour revoir nos modes de vie et ses nombreux excès .

PS:la pensé radicale évoquée par l’auteur reprend sans doute les thèses du Pr Pianka(université de Texas)qui recommandait en 2006 l’extermination de 80% de la population mondiale par le virus ebola rendu "respiratoire" par manipulation en laboratoire.

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par MissPanda (IP:xxx.xx2.198.100) le 18 juin 2007 à 23H03

C’est exactement l’impression que m’a donné JC Rufin, prêchant la bonne parole et toujours confiant que l’on trouvera forcément une solution à tout problème. Il a l’air effectivement quelque peu déconnecté de la réalité, ce qui peut paraître paradoxal quand on voit tous les voyages qu’il a fait et le travail humanitaire qu’il a accompli..

Je ne connais pas les thèses du Pr Pianka mais ça à l’air de se rapprocher des idées qui ont inspiré Le Parfum d’Adam et notamment le thème des épidémies comme régulateur de l’espèce humaine. Au départ c’est visiblement le philosophe norvégien Arne Næss qui a lancé les idées de l’écologie profonde en 1973.

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(IP:xxx.xx2.199.206) le 19 juin 2007 à 14H13

Il est regrettable que le problème de la démographie humaine et mondiale ne soit pas plus traité sur Agoravox. C’est un thème d’importance majeure pour la survie de l’espèce humaine. Que sont à côté de cela les démêlés sentimentaix de segolène et hollande,la tva sociale,et autres fariboles.

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par miklos (IP:xxx.xx3.239.198) le 23 juillet 2009 à 16H31

Ce qui est vraiment génant dans le livre de Rufin (que par ailleurs j’apprécie comme auteur) c’est la tendance à l’amalgame et à la généralisation. Il confond de manière douteuse sur le plan intellectuel critique de l’anthropocentrisme et l’anti-humanisme. La présentation qu’il fait de l’écologie profonde relève du fantasme plus que de la réalité (il est clair qu’il n’a jamais rien lu de Arne Naess qui n’est nullement anti-humaniste). Il rejoint Luc Ferry pour tenter de discréditer par l’anathème et une forme de diffamation toute réflexion sur les questions démographiques. Tout le monde y est pour son grade : même les décroissants ! Dans ce livre il marque clairement une position idéologique de confiance absolue et aveugle dans le progrès. Le concept de monde fini lui semble complètement étranger. Par ailleurs, comme un commentateur l’a déjà signalé, il est révélateur qu’il ait choisi de dénoncer les menaces "potentielles" (et fantasmatiques) de l’écologie plutôt qu’aux crimes bien réels et répétés des mouvements anti-avortement aux Etats-Unis. A chacun ses fantasmes et ses ennemis !

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par miklos (IP:xxx.xx3.239.198) le 23 juillet 2009 à 16H38

pour une analyse détaillée de la manipulation intellectuelle qui conduit à assimiler écologie (et notamment deep ecology) et nazisme (manipulation dont Luc Ferry s’est fait le champion) lire cette article intéressant (lien ci-dessous). Il est clair (et regrettable) que Luc Ferry a beaucoup influencé Rufin...

http://www.reporterre.net/ecologie/...


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