
Dans son édition de mars, le magazine Imagine
publie, pour la première fois, ce à quoi pourraient bien ressembler les
publicités automobiles d’ici peu. Sur le quatrième de couverture du
bimestriel belge, cette vraie fausse pub mettant en scène le très
symbolique 4x4 du président de la Commission européenne, José Manuel
Barroso, n’est en fait que la traduction graphique des propositions en
matière de publicité automobile adoptées à une large majorité par... le
Parlement européen, à Strasbourg fin octobre 2007.
Dans le rapport Davies,
qui apporte le son de cloche du Parlement sur la stratégie de réduction
des émissions de CO2 des voitures, les eurodéputés se sont clairement
prononcés pour « qu’un pourcentage minimum de 20% de l’espace [publicitaire soit] réservé à des informations relatives à la consommation d’énergie et aux émissions de CO2 ». L’hémicycle européen considère que « les
dispositions législatives exigeant l’apposition de mises en garde
sanitaires sur les paquets de cigarettes constituent un bon exemple » à suivre, et voit « le format A-G utilisé pour comparer l’efficacité énergétique de certains produits électriques comme un modèle ». Il suggère en outre « l’introduction d’un code de la publicité contraignant interdisant les allégations écologiques trompeuses ».
Le
rapport Davies n’est qu’une résolution du Parlement : il n’a pas de
valeur contraignante. Mais il devrait servir de feuille de route pour
amender le projet de directive « voitures et CO2 » que la Commission a déposé sur la table juste avant Noël. En vertu du principe de codécision,
le Parlement aura en effet le dernier mot, avec le Conseil des
ministres, sur ce dossier chaud dans lequel le lobbying industriel a
rarement atteint de tels sommets. Outre les constructeurs, le lobby des agences de pub et celui des... éditeurs de journaux – eh oui ! – ont commencé leur travail de sape en coulisses.
En
2006, l’industrie automobile a dépensé près de 6 milliards d’euros en
publicité rien qu’en Europe de l’ouest (1), dont 208 millions en
Belgique. Les mesures fracassantes du parlement européen relatives à la
pub auto n’ont pas fait l’objet d’une seule ligne dans les journaux
belges et français (2).
(1) Dans neuf pays : Belgique (208 millions d’euros), France (1595 M€), Allemagne (1300 M€), Italie (809 M€), Pays-Bas (253 M€), Espagne (569 M€), Suède (229 M€), Suisse (193 M€) et Royaume-Uni (805 M€). En Belgique, les 208 millions se ventilent comme suit : 83 M€ en presse écrite ; 52 M€ en télé ; 44,5 M€ en affichage urbain ; 24,5 M€ en radio ; et 4 M€ en cinéma (source : European Association of Communications Agencies).
(2) Recherche effectuée sur PressBanking.be et Internet entre le 20 et le 31 octobre 2007, notamment sur les titres suivants : La Libre Belgique, Le Soir, L’Echo, Vers l’Avenir, Le Vif/L’Express, Trends-Tendances, Cash, Knack, Bizz, Le Monde, Les Echos, Libération, Le Nouvel Observateur.
Pourquoi se limiter au CO2 ? Les véhicules rejettent biens d’autres polluants, au premier rang des particules pour les diesels.
Se concentrer sur les émissions de CO2 permet de continuer dans la logique consumériste en bonne conscience. Il est bien trop difficile de contrôler de manière rigoureuse une quantité de polluant suffisamment diversifiée pour être efficace.
L’apprentissage par l’expérience... (douloureuse !)









