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L'éducation au développement durable dans la loi du Grenelle

Article publié le 5 mai 2008

Contrairement à ce que nous pouvions craindre au début du processus, l’éducation n’a pas été oublié dans le projet de loi qui a été rendu public le 30 avril. C’est certainement une avancée même si les acteurs de la société civile resteront en attente d’une politique plus en phase avec la réalité et moins timide que ce qui se dessine.

Le projet de loi relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement fait état de « l’éducation au développement durable » dans son article 45 :« L’éducation au développement durable, intégrée dans les cursus d’enseignement des élèves, est portée par toutes les disciplines dans la globalité du fonctionnement quotidien des structures scolaires. De plus elle contribue, à travers ses dimensions éthiques et sociales, à la formation citoyenne ». Le même article, c’est le dernier de la loi, fait ensuite état de modifications dans l’enseignement agricole, dans la formation des professions de santé. Il fait également état de « plan vert » pour les campus et de mise en œuvre d’outils de la formation tout au long de la vie pour développer les métiers et filières de l’environnement.

C’est une grande satisfaction pour les acteurs de l’EEDD de constater que la question de l’éducation est prise au sérieux et qu’elle fait maintenant partie intégrante de la réflexion sur la question environnementale. C’est à n’en pas douter un progrès qu’on peut mettre au compte du processus du Grenelle, il faut rappeler que ça a été de haute lutte pour qu’enfin un groupe spécifique travaille sur ce thème.

C’est avec satisfaction également que nous constatons que sur la page d’accueil du site officiel du Grenelle le thème 5 se nomme désormais « gouvernance et éducation ». L’Etat nous montre là de façon explicite que les changements nécessaires passent par un travail culturel de fond, espérons que les contenus derrière ce mot « éducation » viendront et avec eux les moyens qui manquent toujours cruellement.

Une loi importante

La prise en compte de la question écologique par la loi répond à une attente de toute une frange de la population qui, les risques écologiques empirant, n’ira qu’en s’accroissant.

Les motifs exposés par le gouvernement reconnaissent la gravité de la situation. Deux constats font l’objet d’un consensus mondial : la dégradation de l’état de notre planète avec la crainte exprimée « d’une sixième grande extinction des espèces » (l’espèce humaine est comprise évidemment !) et l’urgence qu’il y a de réagir : « agir vite est impératif  ».

L’esprit de la loi est donné dans ses premières lignes : on est à la recherche d’une économie qui serait à la fois « sobre et compétitive ». La sobriété renvoyant à la sagesse et la compétition à la rivalité et à l’organisation du monde entre vainqueurs et vaincus… la synthèse ne sera pas simple à trouver. Ce point nous rappelle la stratégie européenne de développement durable qui pose comme objectif clé de « briser le lien entre croissance économique et dégradation de l’environnement ». Tout le monde n’est pas persuadé que cela soit possible !

La loi proposée est très technique posant des objectifs chiffrés dans de nombreux domaines. L’action est dirigée vers l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments, les transports, la protection d’espaces naturels, l’agriculture bio…

20% de bio à la cantine

Au chapitre de la gouvernance, à noter la généralisation pour les collectivités locales des plans climat et des agendas 21, la réforme des enquêtes publiques et du débat public dans le but d’améliorer la participation, la transparence des informations sociales et environnementales, la prise en compte du développement durable dans les rapports annuels des entreprises, l’information des consommateurs…

Sur l’éducation et ce qui s’y rattache, outre l’article 45 cité plus haut nous devons noter à l’article 2 : l’amélioration de l’information sur le coût écologique des produits, à l’article 6 : un grand programme de formation professionnelle dans les métiers du bâtiment, à l’article 26 : la réorientation des programmes de recherche et de l’appareil de formation agricole, à l’article 39 : l’objectif d’atteindre 20% de produits bio dans les cantines publiques à l’horizon 2012.

Préciser ce qu’est cette éducation

Nous noterons, et c’est une réelle difficulté pour tous les acteurs, qu’au niveau de la loi aussi il y a ce récurent problème de langage. Dans la synthèse des principales mesures on parle de « l’intégration de l’éducation à l’environnement » et dans le texte de la loi il est question d’ « éducation au développement durable ». Encore des difficultés en vue pour communiquer et construire du sens collectif. Ce point nous ramène à un aspect clé pour la suite : nous devons de façon urgente nous mettre d’accord tous sur ce qu’est cette éducation à l’environnement ou au développement durable dont on parle, nous mettre d’accord sur sa définition même.

Le texte du projet de loi, et nous ne pouvons que nous en féliciter, dit que cette éducation « contribue, à travers ses dimensions éthiques et sociales à la formation citoyenne ».

Divorce

Cela nous renvoie à un des textes le plus important de l’histoire de l’enseignement en France la « réforme de l’enseignement » de Langevin et Wallon de 1946. A cette époque aussi nous étions en crise. Les deux professeurs au collège de France y faisaient état de « l’inadaptation de l’enseignement à l’état présent de la société (qui) a pour signe visible l’absence ou l’insuffisance des contacts entre l’école à tous les degrés et la vie », ils dénoncent des études « trop souvent en marge du réel ». « L’école semble un milieu clos, imperméable aux expériences du monde  » Il est question de « divorce entre l’enseignement scolaire et la vie ». Ce divorce nous avons le sentiment de le vivre aujourd’hui à l’examen de ce qui est proposé pour l’éducation, dans les travaux du COMOP* 26. En effet aujourd’hui en 2008 comme c’était le cas en 1946 l’école a toujours cette difficulté à prendre en compte le réel.

L’existant de l’éducation à l’environnement aujourd’hui ce sont des projets qui impliquent des pratiques de terrain, du travail de groupe, de la transdisciplinarité, des projets qui font appel à la créativité des élèves, qui développe l’esprit d’initiative et débouche sur l’action concrète. Clin d’œil ici à l’article 1 du projet de loi qui parle de mobiliser « toutes les capacités d’innovation » innover cela s’apprend mais pas que dans les programmes, pas que dans le monde des connaissances accumulées via des disciplines entre quatre murs. L’existant ce sont des partenariats, des conventions signées en ce moment dans les territoires entre l’Etat, les collectivités, les associations et un jour à n’en pas douter les entreprises. C’est ça l’EE de notre pays elle est réelle, elle existe. Si c’est cette éducation à l’environnement la qui a germé ces trente dernières années malgré le manque d’intérêt de la société et la pénurie de moyens alors pourquoi ne pas aller délibérément et avec enthousiasme dans cette voie ouverte par des citoyens actifs et motivés ? Il y aurait pourtant a n’en pas douter des résultats.

Vison systémique

Si on se trouve dans cette situation dramatique aujourd’hui où il faut entendre les responsables de nos sociétés parler d’extinction de l’espèce et de bouleversements climatiques, c’est bien parce qu’on manque de vison systémique et qu’on est toujours dans le court terme…. Il faut aujourd’hui envisager les choses d’une façon radicalement différente.

Nous avons besoin d’un projet ambitieux pour une éducation allant vers la construction d’un citoyen pour qui l’attention à l’eau, à l’air, aux plantes, aux bêtes et à tout l’environnement va de soi. Un citoyen pour qui « participer » à la vie citoyenne du pays va de soi.

La semaine dernière nous avons appris que Philippe Starck mettait au point une éolienne individuelle qui coûtera moins de 400 euros et permettra de produire de 10 à 60 % de l’électricité nécessaire à une famille. Les prévisions de ventes sont par millions. C’est ça qui changera les choses, c’est ça l’action citoyenne, ce sont des prises d’initiatives… l’école doit tous nous y préparer par une formation adaptée pleine de projets et d’inventions.

L’enseignement dont nous avons besoin ne doit pas s’adresser qu’au cerveau, il doit parler au cœur aussi, c’est bien de cette sagesse dont nous parlons plus haut dont il est question à nous tous de contribuer pour la constituer et la répandre. Pour cela il faudra que la loi prévoie des moyens pour l’éducation aussi, pour une action éducative en lien avec la vie.

Roland Gérard

* Comop : comité opérationnel, le Grenelle en compte 33.

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commentaires
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par Rabatel Philippe (IP:xxx.xx0.222.214) le 8 mai 2008 à 19H34

1854, janvier, lors de l’assemblée des tribus d’Amérique du Nord, SEATTLE, grand chef des tribus Suquamish et Duvamish, porte parole de l’ensemble des délégations amérindiennes s’adresse dans ces termes au gouverneur Isaac Mc STEVENS, commissaire aux affaires indiennes, représentant le Président des Etats Unis FRANKLIN Pierce, : " Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux mêmes. Nous le savons, la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’est qu’un fil du tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui même.

Lorsque cette citation sera dans les livres d’histoire alors on aura fait un grand pas pour plus d’humanité. Quand l’esprit de SEATTLE sera dans toutes les consciences, alors un monde nouveau s’ouvrira .......

Et pour finir son discours, SEATTLE plante l’estocade !!!! "L’homme blanc lui-même ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être sommes nous tous frères. Nous verrons ?"

Edgar MORIN n’est que la réincarnation du grand SEATTLE !!!!


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