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Jean Ziegler dénonce l'échec du sommet de la FAO

Article publié le 9 juin 2008

images.1212932741.jpgObnubilés par l’irrésistible ascension du prix du pétrole, les opinions publiques occidentales se sont peu attardées sur le sommet de la FAO qui s’est clôturé à Rome le 5 juin. Le sujet abordé était pourtant crucial pour une grande partie de la planète : comment lutter contre la crise alimentaire mondiale et la flambée des prix des denrées de première nécessité ? L’appréciation sur les conclusions du sommet divergent radicalement. Satisfaction pour l’essentiel des pays membres. Un échec pour Jean Ziegler, l’ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation.

C’est par acclamation que les pays membres de la FAO ont choisi d’adopter la déclaration finale du sommet de Rome dans laquelle ils s’engagent à lutter contre la faim dans le monde en réduisant de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d’ici 2015. Selon le controversé directeur général de l’organisation, Jacques Diouf, le sommet a permis de recueillir plus de 6,5 milliards de dollars de promesses de dons pour lutter contre la faim et la pauvreté.

Il serait toutefois illusoire de penser que cette unité de façade a été acquise facilement. Elle résulte au contraire d’intenses tractations pour surmonter notamment les objections de l’Argentine et de Cuba. Point sans doute le plus délicat, la question d’une éventuelle régulation du commerce. La déclaration finale, ménageant la chèvre et le choux, stipule prudemment que les pays “encouragent la communauté internationale à poursuivre ses efforts en matière de libéralisation des échanges agricoles en réduisant les obstacles au commerce, et les politiques qui sont à l’origine de distortions des marchés”.

Or, l’une des causes de la situation actuelle réside dans la spéculation qui frappe désormais les produits agricoles, consacrant ainsi dans un domaine que l’on pensait préservé, le découplage entre la production et le commerce. L’absence de régulation, la libéralisation à tous crins démontrent pourtant aujourd’hui tous leurs effets néfastes avec des économies agricoles détournées de leurs fonctions vivrières au profit de cultures d’exportations. Une situation hallucinante dans laquelle les grandes puissances agricoles ont étouffé les productions locales en subventionnant largement leurs exportations.

Une tentative de réponse avait été apporté par Edgar Pisani, ancien ministre français de l’agriculture qui prêche à l’inverse pour la création de grands ensembles assurant l’autosuffisance alimentaire de leurs zones et la création d’une gouvernance mondiale destinée à réguler les échanges de matières agricoles.

A l’issue du sommet, Jean Ziegler n’a pas caché sa déception : “C’est la victoire des grandes entreprises, qui contrôlent environ 80% du commerce agricole dans le monde”, a-t-il asséné, en critiquant vivement le fait que les pays de l’Union européenne ne se soient pas engagés à réduire leurs subventions agricoles. Il a été rejoint dans son appréciation par le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, qui se sent lui frustré. “Il y a eu de grandes déclarations mais je n’ai pas senti cette cohésion unanime qui aurait été nécessaire” pour affronter un problème aussi grave que la faim dans le monde.

La barre avait semble-t-il était placée assez bas par les participants dont, pour la plupart, la seule tenue du sommet était déjà en elle-même une avancée significative. Désabusé, Jean Ziegler est particulièrement critique : “le résultat de cette conférence est totalement scandaleux : l’intérêt privé s’est imposé, au lieu de l’intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d’aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre.”

Jean Ziegler juge hypocrite l’objectif affiché par le sommet de réduire de moitié le nombre de personnes qui ont faim d’ici à 2015. “Selon la FAO, il y avait l’année dernière 854 millions de personnes gravement et en permanence sous-alimentées. Sans compter les 6 millions d’enfants morts de faim. Et il pourrait y avoir 100 millions de personnes de plus à tomber dans la sous-alimentation grave et permanente à partir de maintenant à cause de l’explosion des prix.

Interrogé par le quotidien Le Monde, l’ancien rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation a indiqué qu’il attendait trois décisions, “tout d’abord, l’interdiction totale de brûler de la nourriture pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l’agriculture vivrière, familiale et de subsistance.”

Plus surprenant, Jean Ziegler n’a pas hésité à mettre en cause personnellement le secrétaire général des Nations Unies, accusé de ne pas être à la hauteur en terme de propositions.

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