Article publié le 17 janvier 2008
Un mot inquiétant, prononcé au seuil de l’année 2008, et qui ternit quelque peu les vœux[1] que
nous nous échangeons. Cette année, les prix vont augmenter plus vite
qu’il ne convient. La raison ? L’arrivée sur les marchés des pays
émergents, dont la consommation d’énergie et de matières premières va
fortement s’accroître. Nous allons être victimes de tensions sur les
ressources au niveau mondial. La baguette de pain est directement
concernée, chacun peut en être témoin. Le prix actuel du pétrole, il a
dépassé les 100 $ le baril, tout comme la lutte contre le réchauffement
climatique, conduisent à solliciter la biomasse pour nous fournir de
l’énergie, ce qui se traduit par une hausse générale des denrées issues
de l’agriculture. L’essence et le pain, produits indispensables
aujourd’hui, même combat.
Cette
perspective ne surprendra pas tous ceux qui n’ont pas oublié que
l’économie, malgré le poids des secteurs des services et de
l’industrie, reste fondée sur les entrants primaires, ceux que nous
prélevons dans la nature[2] :
produits extraits de puits, de mines ou de carrières, produits de
l’exploitation des forêts et des océans, produits des diverses formes
d’agriculture ou d’aquaculture. De l’eau douce aux métaux précieux, en
passant par le blé et le pétrole, tous ces ingrédients sont fournis au
départ par la nature. Une pression excessive sur ces ressources, et
toute l’économie en est affectée. Elles ont longtemps été abondantes[3],
et considérées comme inépuisables. Seules étaient prises en compte les
tensions conjoncturelles, les crises régionales, les difficultés
d’extraction, les retards éventuels dans les investissements
nécessaires pour en tirer profit, du type capacité de raffinage.
La
donne a changé ces dernières années. Autrefois immense, la planète est
devenue petite, comme nous le rappelle Bertrand de Jouvenel depuis 30
ans[4].
Nous ne réglerons plus nos problèmes d’approvisionnement en allant un
peu plus loin, ou un peu plus profond, chercher les ressources qui nous
font défaut. Le risque est grand, dans ces conditions, de voir
l’inflation entraîner des pressions sur les autres facteurs de
production, dans l’espoir d’une maîtrise de l’ensemble. Les salaires en
seront affectés, ainsi que les retraites, qui ne sont, faut-il le
rappeler, que des salaires différés. La crise sur les ressources, de
nature écologique, se répercutera sur la rémunération du travail,
question de nature sociale. Economie, écologie, social, nous sommes
bien dans une problématique de développement durable, avec des
interférences fortes entre les trois dimensions qu’il serait bien
imprudent et bien léger de traiter séparément. La discipline que le
développement durable nous impose conduit à une approche du système
dans son ensemble, et à dépasser les analyses strictement sociales,
économiques, ou environnementales. Il n’est pas durable
de sacrifier une dimension : la tension actuelle sur les ressources ne
doit pas conduire à sacrifier le volet social, et réciproquement. Il ne
faudrait pas que, pour maintenir un pouvoir d’achat[5] immédiat,
nous acceptions de prélever des ressources au-delà de ce que la planète
ne peut produire. Une tentation de ce genre, bien compréhensible, nous
conduirait à taper dans le capital productif au lieu d’en améliorer
l’efficacité, hypothéquant ainsi les capacités des générations futures
à répondre à leurs besoins, pour reprendre la définition du
développement durable donnée par le rapport Brundtland[6].
Il
faut donc gagner sur les deux tableaux à la fois, le social et
l’écologique. C’est le message du développement durable. L’économie
doit permettre de faire progresser à la fois la qualité de vie de nos
contemporains et le capital productif de la planète. La tension sur
l’énergie nous donne une piste identifiée depuis longtemps, mais pas
suffisamment explorée, celle de l’efficacité. Au lieu d’aller plus loin
chercher de nouvelles ressources, utilisons mieux celles que nous
avons. Si l’énergie est plus chère, faisons en sorte de mieux
l’utiliser et d’en utiliser moins pour le même profit. Le bas prix des
matières premières et de l’énergie ne nous ont pas incités à chercher à
en améliorer le rendement. Les gisements d’économies sont nettement
plus intéressants à exploiter que ceux que nous prospecterions pour
trouver de nouvelles ressources. C’est dans le savoir faire,
l’organisation sociale, la recherche scientifique et technique,
c’est-à-dire un pari sur les ressources humaines, que sont les
réponses, qui permettent de gagner pour l’environnement tout en
assurant une croissance non prédatrice, non destructrice de valeurs
humaines ou naturelles.
L’inflation
nous guette. C’est le signe d’une faiblesse dans nos capacités
d’anticipation. Nous n’avons pas su gagner en efficacité dans
l’utilisation des ressources sensibles, celles sur lesquelles les
tensions vont s’exacerber. Nous avons vu avec les pêcheurs en mer à
quel point la dépendance[7] par
rapport à une ressource comme le pétrole pouvait être fragilisante. Si
on prend les poussées inflationnistes pour l’équivalent de poussées de
fièvre, tâchons de soigner le malade et non la maladie, en agissant sur
le corps social, son patrimoine et ses capacités productives et non
uniquement sur cette dernière au détriment des deux autres. Cela ne
ferait que retarder l’échéance, en l’aggravant.
[1]Voir la chronique Vœux (07/01/2008)
[2]Voir à ce sujet la chronique Gratuit (30/04/2007)
[3]Voir la chronique Abondance (19/03/2007)
[5]Voir la chronique Achat (03/12/2007)
[7]Voir la chronique Dépendance (04/10/2007)
et comme nos si bien pensant médecins, on va tenter de faire baisser la fièvre (et laisser les pathogènes gangréner le terrain) plutôt que la laisser monter pour tuer les profiteurs.
malheureusement, ça, je doute que nos "élites" soient en état de le comprendre tellement ils sont dans la catégorie des ultra profiteurs : ils seront contre la supression de leur siège (avec leurs avantages), c’est évident.










